« Vers une nouvelle Algérie ? »

 « Vers une nouvelle Algérie ? »


A l'Institut du Monde Arabe, le rendez-vous d'actualité, animé par Rachida El Azzouzi, journaliste à Médiapart, était consacré à l'Algérie et à la situation actuelle. A la tribune, le politologue Hasni Abidi et l'islamologue Razika Adnani qui ont évoqué plusieurs paradigmes : armée, partis politiques, transition démocratique,.. Retour sur ses questions avec les deux intervenants


1- Les forces en présence :



Le Courrier de l’Atlas : Quelles sont les forces en présence en Algérie à l’heure actuelle ?


Hasni Abidi : Aujourd'hui, nous avons deux forces importantes : d'abord l'institution militaire détentrice d'une légitimité révolutionnaire. La seule institution stable et disciplinée dans le pays et qui a les caractéristiques d'une institution forte. Depuis le 22 février, nous avons une nouvelle force, un nouvel acteur, c'est la mobilisation populaire, ou la rue algérienne qui a pris la place du pole présidentiel disqualifié et l'autre acteur, qui est devenu important, celui des hommes d'affaires Ce qu'on appelle les groupes d'intérêt qui ont soutenu Bouteflika et qui a évacué la scène politique depuis le 22 février


 


2- Le rôle de l'armée



Le Courrier de l'Atlas : L'armée algérienne va t'elle intervenir dans le débat ?


Hasni Abidi : L'armée algérienne est déjà intervenue. Elle est au coeur même de cette séquence politique puisque grâce à la mobilisation populaire; elle a accéléré le départ du président Bouteflika en lui indiquant la sortie par l'article 102 de la constitution. Aujourd'hui, c'est elle qui par défaut, doit jouer le rôle de garant de la transition, sans être forcément un acteur ce cette transition Ce n'est pas dans l'intérêt de l'armée de s'immiscer dans des affaires politiques, économiques et sociales



Le Courrier de l'Atlas : L'armée algérienne peut elle user de violences contre les manifestants ?


Razika Adnani : Si le peuple se divise ou entre dans une violence, évidemment, l'armée trouvera un alibi pour intervenir. Dans le cas actuel, je pense que l'armée ne peut pas intervenir pour son image mais aussi pour ce qu'elle a vécu dans les années 90. Donc l'armée aussi ne veut pas revivre cela. Elle ne veut pas voir l'Algérie revivre cela. Evidemment quand je parle de l'armée, il n'y a pas que Gaid Salah. Il y a beaucoup d’autres hommes et femmes qui représentent le corps de l'armée


 


3- Société civile, partis politiques et hommes d'affaires



Le Courrier de l'Atlas : Pourquoi y' a t'il autant d'arrestations d'hommes d'affaires ?


Hasni Abidi : Il y a une pression populaire qui fait que l'armée est obligée de répondre à ses revendications concernant les hommes de la bande, ceux qui ont pillé l'économie du pays selon les manifestants. Il y a deux niveaux : le premier est une réponse à la population, une opération mains propres pour moraliser la vie politique et dire que l'armée agit après les demandes du peuple. Le 2ème niveau est qu'il ne faut pas oublier que parmi les hommes arrêtés, certains étaient des soutiens proches du président Bouteflika mais la question, ce n'est pas l'armée bien sur, mais c'est le parquet qui est derrière ces décisions, comme il le dit. Ce n'est pas à l'armée d'interférer dans des questions de justice


 



Le Courrier de l'Atlas : La révolution peut elle se faire sans les femmes  ? 


Razika Adnani : Il y a des forces conservatrices qui essaient de créer des problèmes pour que la femme rentre à la maison et ne sorte pas le vendredi. Je crois que ce n'est pas gagné car les femmes continuent de sortir et c'est très important. Cette révolution ne peut pas être une réussite sans les femmes. Imaginez s'il n'y avait que des hommes dehors ? Elle ne pourrait pas réussir.Donc, les hommes et les femmes font la révolution ensemble et c'est important.


 



Le Courrier de l'Atlas : Pourquoi les partis politiques ne prennent pas le relais ?


Hosni Abidi : On assiste à une absence de leadership même si les partis politiques se réunissent de manière régulière. Il y a une absence de formulation politique, de plateforme signée par tous les partis politiques qui traduit les demandes répétées tous les vendredis et mardis par la population algérienne. Les partis politiques devraient avoir ce rôle de plateforme, de passerelle entre la mobilisation citoyenne et le seul pouvoir, le grand décideur du pouvoir politique à savoir l'institution militaire


 


4- Transition démocratique en Algérie



Le Courrier de l'Atlas : La transition peut elle être démocratique en Algérie ?


Hasni Abidi :La transition n'est pas forcément un passage vers la démocratie. Elle est d'abord la sortie d'un régime autoritaire. Elle exige beaucoup de conditions et d'élements, de la patience. C'est un moment d'incertitude. Elle demande des sacrifices sur le plan économique et politique mais ca vaut le coup de la commencer car c'est le seul chemin pour embrasser la démocratie que de passer par ce chemin de la transition. Le propre d'une transition démocratique, c'est la recherche d'un compromis. Ce sont les négociations avec le pouvoir. On ne négocie pas pour qu'il se maintienne mais pour qu'il parte.

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Réalisateur de documentaires pour France 5.