Brice Lalonde : « Il était temps de prendre une décision pour le nucléaire »

 Brice Lalonde : « Il était temps de prendre une décision pour le nucléaire »

Brice Lalonde (crédit photo Ad Luminem)

Le président de la République, Emmanuel Macron a prévu la création prochaine de 6 EPR en France. L’ancien ministre et candidat à la présidentielle, Brice Lalonde estime qu’il était « important de prendre la décision ». Dans son livre « Excusez-moi de vous déranger » aux Editions de l’Aube, il revient sur la crise climatique et souhaite sortir des idées reçues.

Le Courrier de l’Atlas : Que pensez-vous de la démarche du président de la République d’annoncer la création de 6 EPR en France ?

Brice Lalonde : Il était temps de décider. Le grand problème de la France est qu’il n’y avait pas de pilote depuis un moment. De nombreuses questions restent en plan : décarbonner, réindustrialiser, etc.. On sort de 20 années de « nucléaire bashing ». Décider est très important surtout pour l’énergie, car le processus est long.

LCDA : Pour remettre à niveau les centrales nucléaires, on parle d’un coût de 150 milliards d’euros. Faut il les démanteler ou passer à de nouvelles énergies ?

Brice Lalonde : Le coût de la décarbonisation est moins élevé que celui du changement climatique. On est obligé de choisir. L’installation au départ du nucléaire ou des énergies renouvelables est très capitalistique mais coûte moins cher avec le temps.

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LCDA : Est ce que l’EPR est la solution quand on sait que le premier, celui de Flamanville, a coûté plus que prévu et n’est toujours pas en marche ?

Brice Lalonde : Personnellement, je n’étais pas spécialement favorable à l’EPR mais pour l’instant, c’est tout ce que l’on a sur l’étagère. Celui de Flamanville est de l’artisanat et coûte donc très cher avec les normes. C’est pour cela qu’on a fait l’EPR2 comme en Finlande par exemple. Je ne pense pas que ce soit « la » solution mais on n’en a pas d’autres. Nous n’avons pas le choix pour maintenir notre mix énergétique.

LCDA : Vous n’êtes pas tendre avec Europe-Ecologie les Verts. L’écologie est-elle de gauche ou de droite ?

Brice Lalonde : L’écologie appartient à tous les partis. Il s’agit d’un combat fondamental qui est au dessus de la politique. En revanche, les partis politiques peuvent faire des propositions. La gauche dit que c’est l’Etat qui va régler le problème, la droite que c’est le marché. Je n’ai jamais été favorable à ce qu’il existe un parti vert. Dés lors que vous en faîtes un, vous vous fâchez avec tout le monde car vous prenez des voix à d’autres partis. Le but est de rassembler sur ces questions. Je pense que Yannick Jadot est sérieux mais il a beaucoup de mal avec son propre parti et les positions extrémistes en son sein. Il faut encourager les pas en avant quelqu’en soit l’instigateur.

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LCDA : Vous avez beaucoup travaillé aux différentes COP. Est-ce le bon moyen pour améliorer le climat ?

Brice Lalonde : Le changement climatique va dépendre des orientations de chaque gouvernement dans son pays. C’est évident qu’il faut un accord mondial. Si la France arrive à zéro carbone alors que les autres pays ne le font pas, ça ne servira à rien.

LCDA : Est-ce que les COP sont efficaces ?

Brice Lalonde : Non. C’est un peu brutal mais il a fallu du temps depuis le sommet de la terre à Rio en 1992 pour arriver aux accords de Paris. Ce n’est pas nul mais ce n’est pas assez efficace. Le G20 peut être un bon vecteur. Il faut des coalitions qui vont permettre des changements.

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LCDA : Faut il de la coercition ?

Brice Lalonde : Il en faut quand les lois ne sont pas respectées.

LCDA : Nous nous rapprochons de l’élection présidentielle. Vous avez été candidat par le passé. Que pensez vous des différentes propositions comme la planification énergétique ?

Brice Lalonde : Nous sommes dans un régime présidentiel et les décisions qui nous attendent sont primordiales. Tous les partis ont mis l’écologie dans leur programme, ce qui n’était pas le cas avant. Je suis partisan de la planification. Le chef de l’Etat en a fait de même hier. Nous devons baliser le futur. Nous sommes dans un système économique et politique qui souhaite des résultats en 2 ans. Le tempo politique est compliqué car nous sommes face à des sujets qui réclament de la constance et de la persévérance. Cela s’étale sur plusieurs années, voire décennies. Elle peut indiquer les chemins à suivre pour décarboner. Jean-Luc Mélenchon a des propositions intéressantes mais il veut sortir du nucléaire en trop peu de temps. Décarboner notre économie que ce soit pour l’électricité, l’hydrogène ou les carburants de synthèse va demander de l’énergie supplémentaire. Il ne faut pas se tromper.

Excusez moi de vous déranger, Brice Lalonde
Excusez moi de vous déranger, Brice Lalonde, Editions de l’Aube.
Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.