Cinéma.Retour à Bollène, Spleen sans frontières

Presse

Pour son premier film en tant que réalisateur, le franco-marocain Saïd Hamich livre ici l’histoire d’un difficile retour au sources, sous forme de traité sociologique. 

Nassim, franco-maghrébin, la trentaine, vit avec sa compagne américaine à Abou Dabi, une ville factice et déterritorialisée où tout n’est que mirage. Il décide un beau jour de revenir en France pour revoir sa mère et la terre qui l’a vu naître. Celle qu’il a fuie. A Bollène précisément, cette ville du Vaucluse, au nord d’Orange et d’Avignon, désormais dirigée par l’extrême droite. Il retrouve là sa famille et son environnement. Le sentiment de décalage qui le hantait lors de sa vie à l’étranger le poursuit là encore...

Marquer sa différence avec ses origines

La formule “retour à” fait décidément fortune, permettant à chaque fois, il est vrai, d’évoquer simplement le trajet inverse d’une personne qui a quitté son milieu et son environnement social d’origine. C’était le cas du fameux livre Retour à Reims (2009) du sociologue Didier Eribon, mais aussi du documentaire Retour à Forbach (2017) du réalisateur Régis Sauder. Deux œuvres marquées elles aussi par le malaise palpable de leur auteur. Pour ce premier film en tant que réalisateur, Saïd Hamich applique donc ce principe à la fiction. Une fiction nourrie de réalité. En premier lieu, par le sentiment d’abandon, de relégation de zones et de communautés entières, mais aussi sur les conséquences intimes et politiques de ce déclassement. C’est aussi à cette aune qu’il faut voir la relation perdue entre le personnage de Nassim et sa famille. L’incapacité à échanger avec son père, comme le témoignage de vies ratées, incomplètes ou insatisfaisantes et sur lesquelles il n’y aurait en quelque sorte plus rien à dire. Ou encore lors d’une scène au restaurant quand Nassim nargue sa mère en commandant du vin pour marquer sa différence entre lui et ses origines. Quand ce ne sont pas ses amis ou sa sœur qui subissent snobisme et reproches.

Vide urbain et désespoir

Bien sûr, tout n’est pas aussi noir car malgré les difficultés, on sent que Bollène est aussi pour Nassim le seul véritable ancrage qui le relie au monde. A l’image d’un marin qui a toujours besoin d’un port pour se sentir appartenir au reste de l’humanité. Et son caractère odieux va finir petit à petit par se fissurer. Anas El Baz, son brillant interprète, transcrit bien à l’écran les tourments intérieurs qui frappent son personnage. C’est ainsi, sans fioritures, que Saïd Hamich donne aussi à voir la laideur de paysages bétonnés en pleine campagne et qu’il s’attache à montrer les visages au plus près de leur expressivité. Et faire, tel un précis sociologique, le lien entre vide urbain et désespoir. 

Retour à Bollène : un film franco-marocain de Saïd Hamich. Avec Anas El Baz, Kate Colebrook et Saïd Benchnafa. Durée : 1 h 07.

Voir aussi : 

Saïd Hamich : "Je veux faire du cinéma de "bourgeois" de banlieue"

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