Danse.Hip-hop des origines

Crédit photo : Charlotte Audureau

Dans “Näss (les gens)”, le chorégraphe Fouad Boussouf relie deux des cultures qui constituent son esthétique hybride : le hip-hop avec les danses et musiques traditionnelles d’Afrique du Nord. 

Face à un mur gris qui s’élève jusqu’au plafond, les sept interprètes de Näss (les gens) semblent se livrer à un rituel ; à une prière, peut-être. Mêlées à un battement électronique, des percussions rythment leurs gestes d’abord timides, de plus en plus amples. D’emblée, on retrouve le thème de la métamorphose, déjà traité par Fouad Boussouf dans Transe (2013), où danse hip-hop, chants soufis et poèmes de l’écrivain Mahmoud Darwich interrogeaient l’effet d’événements tels que les Printemps arabes sur les corps et les esprits. Sur l’individu et le collectif. Otant leur pull, soulevant leur tee-shirt, les danseurs se livrent en effet à une sorte de mue. A un effacement des habitudes qui marque l’ouverture d’un dialogue entre passé et présent. Entre Maghreb et Occident.

Danse contre la fatalité

Comme chacun de ses spectacles depuis la création de sa compagnie Massala en 2006, Näss (les gens) témoigne du riche parcours de Fouad Boussouf. Né au Maroc, arrivé en France à l’âge de 7 ans, il découvre très tôt le hip-hop. Une formation en danse jazz et une en danse contemporaine viennent enrichir sa pratique, et inscrivent le jeune chorégraphe dans le mouvement de démocratisation et de décloisonnement du hip-hop. Plus jeune que Mourad Merzouki, Kader Attou et les autres pionniers de cette évolution de la danse urbaine, il propose son métissage personnel. Sa manière de faire cohabiter hip-hop et traditions marocaines.

Dans Näss (les gens), Fouad Boussouf s’inspire notamment de Nass El Ghiwane, une formation de cinq artistes qui a bouleversé le paysage musical marocain dans les années 1970, en opposant aux rengaines sentimentales de la chanson “âsriya” un souffle nouveau, volontiers contestataire. Des bribes de Mahmouma (La Tourmentée), un des titres les plus célèbres du groupe, se confondent régulièrement à l’électro minimaliste qui unit les danseurs dans un mouvement saccadé et répétitif. Chez Fouad Boussouf, la danse est un remède contre le désespoir. Une source où puiser l’énergie nécessaire à la résolution des conflits.

Entre ciel et bitume

En cercle, en ligne, parfois répartis aux quatre coins du plateau, les danseurs forment un clan uni. Peut-être un peu trop. Si leur marche est parfois interrompue par des solos typiquement hip-hop – ceux de Maxime Cozic, élastique et aérien, sont magnifiques –, le mariage du street art et des danses traditionnelles du Maroc (et d’ailleurs) est présentée sous la forme d’une rencontre sans heurts. Dès le début de la pièce, le mysticisme de la tradition gnawa, le reggada du nord du Maroc, l’ahidous du Moyen Atlas ou encore les danses taskaouines sont en effet parfaitement fondues au hip-hop. Comme si leur union était naturelle. Une lutte aurait permis de mettre davantage en valeur les pratiques et les corps différents des interprètes, tous excellents. Et de donner plus de profondeur à la performance. 

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