La fermeture des frontières met à nu la dépendance aux saisonniers étrangers

 La fermeture des frontières met à nu la dépendance aux saisonniers étrangers


Les agriculteurs français espèrent voir rapidement les frontières rouvrir pour les saisonniers étrangers, la pénurie de main-d’œuvre s’aggravant à l’aube de la pleine saison des récoltes. En temps normal, ce sont plusieurs dizaines de milliers de saisonniers, venant principalement du Maroc, de Pologne, d’Espagne, de Tunisie ou encore de Roumanie, qui viennent travailler dans l'agriculture française.


Les agriculteurs ont accueilli avec soulagement la semaine dernière l’annonce par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner de « dérogations supplémentaires » pour franchir la frontière avec un pays européen, notamment « un motif économique impérieux » pour les travailleurs saisonniers agricoles.


Elle tarde toutefois à se concrétiser. Lundi, 200 saisonniers espagnols ont été refoulés à la frontière avec les Pyrénées-Orientales, a confirmé le préfet Philippe Chopin. La semaine précédente, 73 Bulgares – dont certains venaient travailler dans le maraîchage – avaient été refoulés à l’aéroport de Roissy.


Les étrangers représentent habituellement au moins un tiers de la main-d’œuvre saisonnière agricole, selon le premier syndicat FNSEA. Après la fermeture des frontières pour freiner l’épidémie de Covid-19, les besoins n’ont été que partiellement couverts par l’appel aux personnes en chômage partiel à rallier les champs, en dépit de l’afflux de candidatures sur la plateforme dédiée. Les agriculteurs eux-mêmes étaient réticents à recruter des néophytes dont la disponibilité n’était pas garantie au-delà du confinement.


 


Pas de dérogations à l’ordre du jour pour les Tunisiens et les Marocains


Pour faire tourner ses exploitations maraîchères, arboricoles et ses vignobles, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est particulièrement impatiente de retrouver la main-d’œuvre étrangère. D’ordinaire, plus de la moitié de ses saisonniers ne sont pas des résidents français, selon le président de la Chambre régionale d’agriculture et vice-président de Chambres d’agriculture France, André Bernard.


Il s’agit d’Européens (Espagnols, Portugais, Roumains, Bulgares…), mais aussi de nombreux Tunisiens et Marocains recrutés via les contrats de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Plus de 1300 Tunisiens ont été recrutés comme saisonniers en France en 2018. Quant aux Marocains, ils ont été 6000 à travailler dans les champs français en 2019. Or, aucune dérogation n’est attendue pour les « contrats OFII ». L’agriculture espagnoles, elle aussi très dépendante de la main d’œuvre marocaine, risque également de souffrir de la fermeture des frontières. Plus de 14 000 Marocains ont ainsi franchi le détroit de Gibraltar en 2019 pour travailler dans le seul secteur de la fraise andalouse.


Dans le Vaucluse, Frédéric Vève espère voir arriver d’Andalousie une quinzaine de travailleurs pour récolter ses cerises et préparer ses vignes : « On les attend avec impatience. Ils connaissent tout par cœur et on les apprécie beaucoup. »


Jusqu’ici, Frédéric Vève avait réussi à combler ses besoins avec des gens du coin. Surveillante scolaire, cantinière, charpentier… Mais, la plupart des personnes en chômage partiel vont progressivement reprendre leur activité avec le déconfinement. Et, même avec la meilleure volonté, ces novices n’égalaient pas la productivité des étrangers aguerris, renchérissant le coût des fruits et légumes.


Mercredi matin sur RTL, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a annoncé un arbitrage « dans la journée ou demain, car nous avons besoin de cette main-d’œuvre pour faire tourner l’agriculture française ». Les dérogations concerneraient « les ressortissants d’un pays membre de l’Union européenne munis d’un contrat de travail (…) avec une exploitation agricole établie en France », a-t-il ajouté. Les travailleurs maghrébins ne seraient donc pas concernés. D’autant plus que le Maroc et la Tunisie ont eux aussi fermé leurs frontières.


>> Lire aussi :

Rached Cherif