Education nationale. De plus en plus de professeurs démissionnent

 Education nationale. De plus en plus de professeurs démissionnent

Illustration – COLLANGES / BSIP via AFP

En 2021, selon les chiffres de l’Education nationale, 1 400 enseignants ont démissionné de leur poste, un nombre qui aurait triplé en dix ans. Alors que l’année vient de s’achever et en pleine pandémie du Covid, ils sont de plus en plus de profs à exprimer leur malaise, notamment sur les réseaux sociaux où de nombreux groupes ont été créés…

 

C’est le cas de Martial qui craint de retourner en classe en cette veille de rentrée scolaire : « Je dois prendre la route demain (6 h de voiture) pour remonter en région parisienne reprendre mon travail dans un établissement que je déteste, dans une région que je déteste, loin de mes proches. J’essaie de me faire à la situation depuis la rentrée, mais exercer là-bas est un combat de tous les jours. Je n’ai pas réussi à travailler durant ces vacances ni même à ouvrir ma boîte mail tellement j’ai en horreur mon quotidien professionnel actuel », écrit celui qui entame pourtant que sa première année d’enseignement.

Il ajoute : « pourtant, j’ai adoré mon année de stage dans mon académie d’origine. Mais cette année, dans un énorme collège REP (NDLR : quartier zone prioritaire) avec un climat délétère et à des centaines de kilomètres de mes proches, je sombre. J’en pleure mais je ne peux pas me résoudre à me mettre en arrêt, j’ai trop peur des conséquences sur ma carrière … Je ne veux pas passer pour un fainéant ». 

Enrika, elle, est professeure de lettres depuis 23 ans. Elle affirme être « actuellement à bout de souffle » et pense sérieusement à démissionner. Alors, elle demande de l’aide à ses amis. « Je cherche à renouveler mon CV qui date un peu mais je ne sais absolument pas à quoi peut ressembler un bon CV actuel. Je suis tellement perdue que je ne sais même pas quelles compétences mettre en avant… impression de ne savoir rien faire finalement, alors qu’avant d’avoir mon CAPES, j’étais débrouillarde et avais expérimenté plusieurs petits jobs », lâche-t-elle dépitée.

Noé, lui, a été prof de musique dans le public pendant 21 ans, sans jamais avoir pu obtenir un temps plein. Il vient de démissionner de l’Education nationale. Il s’explique : « J’aime mon métier, j’aime mes élèves, tout se passe très bien, mais depuis plusieurs années je ne m’épanouis plus. Je ne supporte plus toutes les incohérences de l’Education nationale. Sans rentrer dans les détails, je ne supporte plus d’être complice d’un système qui fait des économies sur le dos des élèves, et sérieusement marre des élèves qui ne font plus rien ! ». 

Ce désamour des profs pour leur profession ne date pas d’hier. Déjà en 2017, une étude de l’Education nationale montrait que les enseignants étaient plus exposés que les autres salariés aux risques psychosociaux. Et beaucoup se plaignaient du manque de soutien hiérarchique et des moyens nécessaires pour bien faire leur travail, « tant au niveau du matériel que de la formation », notait ainsi l’étude.

Un sondage réalisé par le syndicat Se-Unsa en 2018 auprès de 7 500 enseignants relevait que 76% des enseignants estimaient que leur activité professionnelle avait des répercussions sur leur sommeil. 27% d’entre eux jugeaient leur métier « épuisant », 51% des déclaraient avoir déjà eu un arrêt de travail lié à leur métier, 46% déclaraient avoir des problèmes de voix et 32% d’audition.

La même année, dans une note réalisée pour la FCPE  (Fédération des conseils de parents d’élèves), la sociologue Anne Barrère revenait sur le malaise enseignant. D’abord lié selon elle au salaire : les enseignants français sont payés en moyenne 20 % de moins que leurs collègues européens. Et puis, la dureté des relations humaines expliquerait aussi le malaise.

« Les risques du métier d’enseignant sont très majoritairement liés à cette usure relationnelle, parfois émaillée de conflits plus ou moins graves, auxquels le succès médiatique du thème de la violence scolaire a pu donner un écho. La solitude des enseignants reste grande à cet égard, accentuée par une culpabilité latente devant ce qui est perçu comme un indice synthétique de compétence professionnelle », écrivait ainsi la sociologue.

Autre raison évoquée par Anne Barrère : le sentiment d’impuissance pédagogique. « Malgré l’accent mis par les textes sur les compétences pédagogiques de motivation, d’adaptation et de remédiation, bien des enseignants ont le sentiment d’échouer à faire réussir les élèves », expliquait-elle alors.

En 2017, quand 90% évoquaient une charge de travail qui « augmente d’année en année », 31% envisageaient de changer de métier.

Il semblerait donc que 4 ans plus tard, la situation s’est aggravée…

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.