Toulouse : plainte contre un médecin pour « agressions sexuelles »

 Toulouse : plainte contre un médecin pour « agressions sexuelles »

Hôpital Joseph Ducuing à Toulouse. Crédit photo : Google Maps

Malika*, 36 ans, habitante de Toulouse, accuse un médecin de l’hôpital Ducuing de l’avoir agressée sexuellement. Elle a porté plainte contre lui au commissariat de sa ville.

Vendredi 22 mai, la mère de Malika, une Marocaine de 73 ans, commence à se sentir mal. « Sa tension était très haute et elle confondait certains mots », lâche émue sa fille, courtière de profession. Elle appelle alors le 15. Un médecin débarque. Il la rassure très vite.

« Pour lui, ce n’était pas grave. Il disait que c’était lié au choc de la veille », raconte la jeune femme. Sa grand-mère est morte jeudi 21 mai. « Le lendemain matin, ma mère était toujours déboussolée. Elle a insisté pour aller à l’hôpital Ducuing parce qu’elle avait été très bien soignée lors de son passage en novembre dernier », précise Malika.

Sur place, samedi 23 mai, aux alentours de 15h30, les deux femmes sont prises en charge par un premier médecin qui les place dans « un box aves des rideaux ».

Elles doivent attendre plusieurs heures avant qu’un autre médecin, « membre de l’équipe de nuit » vienne s’occuper d’elles. Celui-ci s’approche alors de Malika et de sa mère.

Selon la jeune femme, le médecin, qui était « d’origine maghrébine, ne portait ni de masque, ni de gants, ni de blouse »« Il a ausculté ma mère alors que nous sommes en pleine pandémie du Covid. Il n’a à aucun moment posé des questions à caractère médical à ma mère », peste-t-elle.

Malika soutient que le docteur posait « d’un ton agressif des questions personnelles à sa mère au sujet de sa religion afin de savoir si elle était musulmane ». Le docteur aurait alors cherché à savoir si la maman « faisait le ramadan », avant de lui conseiller de prier.

La suite est lunaire. Malika, assise sur une chaise à côté de sa mère, est habillée d’une robe d’été à manche longue et affiche un « léger décolleté ». « Il s’est alors retourné vers moi. Il s’est rapproché alors à moins de cinquante centimètres. Il m’a demandé à deux reprises si je faisais le ramadan ou si j’étais dans le pêché », énumère Malika.

Dans sa plainte que le Courrier de l’Atlas a pu consulter, la jeune femme soutient que le médecin lui a demandé « si mon ramadan était valable dans une telle tenue ». « Au même moment, il a passé le revers de sa main sur le dessus de ma cuisse gauche », dénonce indignée la jeune femme. Un geste que le médecin aurait fait une seconde fois, « en remontant vers mon pubis sans le toucher ».

Il lui aurait aussi précisé de porter « des vêtements couvrants de la tête aux pieds », lui suggérant que sa tenue n’était pas respectable.

>>Lire aussi : Droits des femmes : #MeToo n’a pas tout changé

Sous le choc, et parce que Malika a peur que le médecin ne prenne pas bien soin de sa mère, elle garde le silence. « J’ai tenté de baisser ma robe un peu plus sur mes jambes, comme si j’avais quelque chose à me reprocher », dit-elle. « Il a voulu savoir si j’étais mariée. Et j’ai menti pour qu’il me foute la paix ».

Avant de partir, le docteur aurait juste donné un cachet pour faire redescendre la tension de sa mère, avant de lui conseiller de ne pas « manger de sel, ou de tajines ».

« Il n’en avait rien à faire de l’état de son état de santé. C’est ce genre de personnes qui salissent notre religion. Nos parents nous ont toujours appris la tolérance et appris à aimer nos prochains », fulmine Malika.

Lundi soir (25 mai), la jeune femme se présente alors au commissariat. A son arrivée, alors qu’elle commence à raconter ce qui lui est arrivé à l’hôpital deux jours plus tôt, le policier lui aurait annoncé qu’une plainte similaire a été déposée le jour même à l’encontre du même médecin dans le même hôpital.

Le lendemain de leur mésaventure, alors que l’état de santé de la maman ne s’améliore pas, Malika l’emmène chez son médecin traitant. Celui-ci, très inquiet, ordonne à la famille d’aller dès que possible dans un autre hôpital pour faire un scanner et une IRM. Le toubib soupçonne un AVC. Il voit juste.

>>Lire aussi : « Nous sommes des soldats dans une guerre, et à sa fin, on nous oubliera »

Entre temps, « le médecin de l’hôpital Ducuing » aurait appelé mercredi au domicile des parents pour « prendre des nouvelles » avant de leur proposer de revenir à l’hôpital pour un scanner. « Il cherchait à se justifier et a insisté pour savoir dans quel service se trouvait ma mère », explique Malika. Inquiète après cet appel, Malika appelle l’hôpital où est désormais hospitalisée sa mère afin de leur demander de ne « donner aucun détail ».

Malika a déposé plainte pour agression sexuelle.  « C’est beaucoup trop grave pour laisser passer. Nous n’avons pas envie que cela arrive à d’autres », martèle-t-elle déterminée. Un courrier va être également adressé à l’ordre des médecins « parce que pour nous, le docteur n’a pas fait correctement son travail. Il a manqué de discernement avec ma mère ».

Du côté de l’hôpital Ducuing, on affirme « qu’à ce jour, la direction n’est informée d’aucun fait ou d’aucune plainte pour ‘agression sexuelle’ à l’encontre de ce médecin qui travaille au sein de notre centre hospitalier ».

La police confirme « qu’une enquête est en cours sous l’autorité du Parquet de Toulouse » et ne souhaite pas faire d’autres commentaires. Le médecin mis en cause n’a pour le moment pas donné suite à nos demandes d’interviews.

>>Lire aussi : Une syndicaliste hospitalière mise à pied pour “climat de crainte”

* Le prénom a été modifié.

 

 

 

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune