Humanitaire (2/2) : Des femmes au sein du Secours Islamique France

 Humanitaire (2/2) : Des femmes au sein du Secours Islamique France

Sandrine Yangabangalo et Malak-Gabrielle Mahmoud Atieh (crédits photo SIF)

Marketing, action sur le terrain, accueil d’urgence, projets internationaux. Les femmes s’ancrent durablement dans l’action humanitaire, en allant sur le terrain ou en travaillant au siège. Avec 4 salariées du Secours Islamique France, nous avons tenté de comprendre leurs parcours, leurs motivations et leurs actions.

Le bâtiment en impose. Au milieu des nouveaux quartiers de Massy Palaiseau, l’association et ONG, Secours Islamique France (SIF) prépare ses actions de terrain que ce soit des projets d’assistance humanitaire et d’aide au développement en France comme à l’étranger. Sur le parking, les nouvelles boites de collectes de vêtements sont prêtes pour leurs futures installations. Les camions aux autocollants « Les tables du Ramadan », du nom de ces distributions de nourriture et de colis pendant le mois sacré, rappellent les actions à venir. Au rez de chaussée, un centre d’hébergement d’urgence pour les femmes leur apporte un peu de sérénité et de quiétude. Dans les bureaux, s’agitent les différents services d’une organisation créée en 1991 par Rachid Lahlou.

Elles sont 4 : Sandrine, Malak-Gabrielle, Karima-Karine et Sana. Après les portraits de Karima-Karine et de Sana, place à Sandrine et Malak Gabrielle. Sandrine Yangabangalo s’occupe du centre d’hébergement d’urgence pour femmes alors que Malak-Gabrielle Mahmoud-Atieh est chargée de Programmes pour le Desk Urgence. Avec leurs mots, on découvre la difficulté du terrain.

>> Lire aussi : De plus en plus de femmes dans l’armée française 

La « gêne » de Sandrine

Sandrine Yangabangalo s’affaire à vérifier les plannings, activités et autres occupations que nécessite un centre d’hébergement d’urgence pour femmes. « C’est un lieu de vie, ce qui signifie qu’il faut gérer de l’humain, nous indique la travailleuse sociale. Cela comprend un don d’écoute mais aussi de pouvoir faire en sorte de les mettre dans les meilleures conditions pour l’avenir. »

Native de la République Démocratique du Congo, elle rejoint, à l’âge de 4 ans, en 1987, son père installé dans la Marne. Elle apprend très vite que le don de soi est une vertu importante. « J’ai appris avec mes parents et notamment avec mon père, la notion de partage. J’aide de façon naturelle. Quand une personne est dans le besoin. Je le fais automatiquement. J’ai un sentiment de « gêne » de voir des gens avoir et d’autres non. Je me fie souvent à cette expression qui dit qu’on ne parle pas de chaussures devant un estropié.»

Ce « trouble » d’avoir quand d’autres n’ont pas, a guidé Sandrine dans sa jeunesse. Après son bac littéraire en poche, elle suit une filière sanitaire et sociale. Un moyen d’ancrer son travail dans le concret. Elle en sort avec un diplôme d’assistante sociale. Elle travaille alors au sein d’un centre hospitalier en aidant les usagers à obtenir les AME, la CMU « J’avais le devoir de résoudre tous les problèmes. Je me suis très vite rendu compte de la réalité. Pour certaines personnes, la réponse ne pouvait pas être dans l’immédiat et des fois, nous n’avions pas de réponse à donner.»

Sans se prendre pour une « super woman », elle en ressort avec de la joie quand la solution est trouvée. Souhaitant intégrer un travail au plus près du terrain, Sandrine rejoint le centre d’hébergement pour femmes du SIF à Massy Palaiseau dans l’Essonne. « J’ai tout de suite aimé ce travail car je pouvais au quotidien accompagner les gens. »

>>Lire aussi : Femmes ingénieures : Le Maghreb au top mondial, l’OCDE au flop !

“Ses femmes me reboostent”

Après une inspection des locaux communs et des activités à mettre en place, la coordinatrice se rend à son bureau. Là, l’attend Aminata, une migrante qui est en situation médicale précaire et qui n’a pu obtenir un rendez vous à la préfecture. Sandrine s’en charge. « Au centre, j’ai appris à relativiser. De nature, je ne suis pas une personne qui se plaint beaucoup mais je vois des situations que je ne pensais jamais voir dans ma vie. Elles ont des problématiques qu’en tant que femme, je peux comprendre. Je ressens que j’apporte une plus-value. »

Pour elle, son combat dans l’humanitaire vient d’une sensibilité que connaissent les mères de famille et qu’elle a vécu : « Ces femmes me reboostent. Elles m’apportent de l’énergie pour continuer le combat. Elles font que je m’implique davantage. Il y a plus de femmes dans la précarité. Ca n’est pas un fantasme. » Parlant de « prise de conscience des femmes qui vont dorénavant sur le terrain », elle espère que l’on pourra venir en aide encore plus à ses femmes dans le besoin.

>> Lire aussi : Rachid Lahlou : “Nos valeurs, c’est aider tout le monde”

Le passé et la sensibilité de Malak-Gabrielle

Malak Gabrielle Mahmoud-Atieh est la fille d’un irakien qui a vécu les terribles années qu’a connu son pays (guerre Iran-Irak, 1ère guerre du golfe, embargo, etc..). Née en 1992 en Angleterre, elle arrive dans le Gard en France à l’âge de 10 ans. « Sans tout comprendre, je voyais mon père malheureux de cette situation. On aussi toujours relevé chez moi un coté hypersensible. Je suis très touché par ce qui nuit à l’être humain, mais aussi à tout ce qui concerne les vivants autour de nous. »

A 18 ans, à la suite d’une discussion avec une amie de ses parents, elle découvre sa voie. Ce sera l’humanitaire. Elle fait une formation complète de « gestion des projets humanitaires » à Montpellier et Aix-en-Provence. « C’était une évidence. J’ai l’impression qu’il n’y avait pas d’autres chemins pour moi. Je voulais bouger et agir autant que faire ce peut à mon échelle, dans des situations de besoin.»

humanitaire

Avec l’ONG Acted, elle va en Jordanie. Après un premier contrat de 6 mois, elle repart sur place et y reste pendant 3 ans. Elle s’occupe alors de deux camps de réfugiés syriens dont l’un des plus grands camps, celui de Zaatari. « Je venais d’Europe. J’ai pu comprendre comment marchait un camp, comment vivaient les réfugiés. Ca m’a appris sur le fonctionnement du système, de l’organisation des bailleurs sur le terrain. Mais j’étais aussi dans une situation particulière. Je voulais aller au Moyen-Orient de par mes antécédents familiaux. Ca a sûrement adouci les situations auxquelles j’étais confronté. »

>> Lire aussi : (Vidéo) Le Secours Islamique France invite tout le monde à sa table

Séparer le travail et le personnel

De retour en France pour des raisons personnelles, elle découvre « par hasard » le Secours Islamique France. En tant que chargée de programmes, elle coordonne des programmes d’urgence en Irak, Syrie, Kenya-Somalie et Indonésie. « Je ne pense pas qu’il y a plus de femmes que d’hommes dans l’humanitaire. Je n’ai pas envie de me dire que c’est parce que c’est une femme que je vais sur le terrain. C’est l’humain qui prime. Notre travail, c’est juste de tendre la main quand quelqu’un en a besoin.»

Avec le besoin d’être utile, Malak-Gabrielle souhaite que des plaidoyers et des actions continuent. Elle espère aussi qu’il y ait plus de bienveillance dans le monde. « Les humains ne méritent pas ces situations. Ce sont nous qui créons ces situations aujourd’hui et les conflits de demain. Ca m’a ouvert les yeux sur le fait que l’on peut agir en tant qu’humain. ». Si elle espère toujours aller sur d’autres terrains, elle aimerait le faire plutôt pour des situations d’urgence. Très sensible aux drames qui nous entourent, elle est aussi aidée par son mari. Elle évite ainsi de les ramener à la maison. « J’ai pu arriver à séparer ce qui se passe sur le terrain et mon espace privé personnel. C’est important de prendre un peu de recul pour pouvoir se stabiliser dans sa vie. Le travail humanitaire est sans fin ! »

Retrouvez la première partie du reportage : ici

 

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).