Humanitaire (1/2) : Des femmes au coeur du Secours Islamique France

 Humanitaire (1/2) : Des femmes au coeur du Secours Islamique France

Sana Hassan lors d’une mission et Karima-Karine Bensaadi (crédit photos SIF)

Marketing, action sur le terrain, accueil d’urgence, projets internationaux. Les femmes s’ancrent durablement dans l’action humanitaire, en allant sur le terrain ou en travaillant au siège. Avec 4 salariées du Secours Islamique France, nous avons tenté de comprendre leurs parcours, leurs motivations et leurs actions.

Sandrine, Malak-Gabrielle, Karima-Karine et Sana. Toutes salariées de l’ONG, elles participent à renforcer la solidarité et l’entraide. Karima-Karine Bensaadi est coordinatrice de gouvernance associative alors que Sana Hassan gère le marketing direct. Découverte de ces deux femmes, qui nous explique comment elles se sont engagées et d’où leur viennent leurs passions pour « l’autre ». (Retrouvez les portraits de Sandrine et Malak-Gabrielle ici)

>>Lire aussi : De plus en plus de femmes dans l’armée française

Du luxe à l’humanitaire

Née à Paris en 1981 de parents d’origine pakistanaise, Sana Hassan se rendait souvent dans le pays de ses parents plus jeune. Retenant dans son éducation familiale qu’il « faut aider son prochain », elle se souvient de son grand-père qui divisait son salaire par 3, dont un tiers allait à la solidarité. Retenant que ce sont avant tout des valeurs universalistes, elle ne sent pas un aspect féminin derrière la générosité et le don de soi. « Les pakistanais dans leurs pratiques de la religion, donne de l’importance à ce qui est moral et bon comportement. Ce mélange de culture, de religion et de liens familiaux a fait partie intégrante de ma vie. »

Après son bac, Sana étudie à la Sorbonne avant de finir en master de « gestion des industries du luxe ». Un domaine qui est bien loin de l’humanitaire ! Elle travaille même pendant 8 ans au sein de la maison haut de gamme de tissu d’ameublement, Pierre Frey. La guerre en Syrie la touche particulièrement. « Le contexte des informations de l’époque m’a amené à penser autrement. J’ai voulu tourner la page de cette période du luxe. Je pensais alors faire du bénévolat sans penser une seconde en faire ma profession. »

De fil en aiguille, celle pour qui travailler « donne du sens » peu importe le domaine, ne supportait alors plus d’ « observer ce qui se passait et d’en parler ». Tentant de se ranger dans le camp des personnes qui agissent, elle souhaite « faire sa part. » Alors donatrice du Secours Islamique France, elle propose bénévolement d’aider par ses compétences en gestion et en marketing. Par un concours de circonstances et une rencontre fortuite avec la responsable du plaidoyer, elle intègre le Secours Islamique France.

>>Lire aussi : Femmes ingénieures : Le Maghreb au top mondial, l’OCDE au flop !

Des similarités entre le marketing du luxe et de l’humanitaire

Travaillant sur le contenu et la manière de le diffuser au plus grand nombre, elle définit les messages, les courriers aux donateurs et d’agir en coordination avec les différents pôles. « Le marketing du luxe et de l’humanitaire sont similaires. Dans le haut de gamme, on vend du rêve et les codes d’un produit à un prix très élevé. L’appartenance à la marque est plus dans un code qu’à une chose bien concrète. Dans l’humanitaire, on est dans la même veine. Des donateurs donnent de l’argent pour une chose qui n’est pas concrète, ni physique. Avec l’humanitaire, on est dans le sentiment d’appartenance et la volonté d’acquérir un sentiment de générosité et d’être utile. On peut expliquer l’impact des dons et de ce que ça fait concrètement dans la vie des gens.»

Observant que des études dans l’humanitaire montrent que les femmes sont plus généreuses en tant que donatrices, Sana travaille dans le pôle Marketing communication, un service 100% féminin. « Notre empathie féminine est très utile dans la manière dont on va s’adresser à notre public. Il y a un élan aussi chez les femmes bénévoles à se rendre disponible. Pour ma part, j’espère continuer à être utile et faire la différence à mon infime échelle. Ce sont la somme de ces efforts qui permettent d’avancer. »

>>Lire aussi : (Vidéo) Le Secours Islamique France invite tout le monde à sa table

De la banque au Secours Islamique France

Depuis 20 ans au Secours Islamique France, la native d’Orléans, Karima-Karine Bensaadi a étudié le contrôle de gestion au sein d’une école de commerce à Amiens. « Plus jeune, je me voyais aider les personnes en difficulté, indique la quarantenaire. Je pensais plus au bénévolat. Je ne pensais pas en faire mon métier. J’avais même choisi une autre voie. » Marquée par une éducation familiale et religieuse qui « souhaite donner la main à celui qui n’a pas », Karima-Karine se rappelle des visites à une personne âgée pour lui signifier son attention et sa présence.

Après un passage dans le domaine bancaire, elle se rend compte au bout de 5 ans que cela ne correspond pas à ses objectifs. « Au sein des banques, j’aidais les personnes aisées en leur faisant des remises sur certains frais et je ne pouvais pas le faire pour les plus démunies. Je me rendais compte que je pouvais apporter autre chose. J’ai alors postulé au Secours Islamique France. »

>> Lire aussi : Rachid Lahlou : “Nos valeurs, c’est aider tout le monde”

Une évolution dans l’humanitaire qui se professionnalise

En accord avec le fait de gagner moins d’argent, Karima-Karine cherche alors à apporter aux autres. Son objectif : donner « plus de sens » à ce qu’on réalise dans sa vie. Arrivée en 2001 au sein de la structure, elle est alors responsable marketing et projets, où elle travaille sur la traçabilité du don. Evoluant en même temps que l’association, elle devient directrice administration et finances avant de devenir directrice adjointe. Pour mieux gérer sa vie familiale, elle devient coordinatrice de gouvernance administrative. « L’humanitaire est prenant. Travailler dans l’associatif n’est pas toujours « cool ». Nous avons des responsabilités. Nous gérons l’argent des donateurs. »

Constatant que l’évolution de l’humanitaire a poussé vers plus de professionnalisation, elle n’a pas observé un nombre croissant de femmes dans le domaine pour autant. « Quand je suis arrivé, il y avait déjà beaucoup de femmes. La différence, c’est qu’il y en a plus aux postes de responsabilité qu’avant par la force des choses. Je ne pense pas que travailler dans l’humanitaire soit une question de genre. Ce sont les compétences qui sont à mettre en avant.» Persuadée que de nouvelles vocations peuvent naître dans l’humanitaire, elle conseille aux futures candidates d’être rigoureuse dans leur travail, d’être engagée et de savoir proposer des solutions et participer à leur mise en œuvre.

Retrouvez la suite du reportage : ici

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).