Il raconte.Le 7 mai 2017, l'élection d'Emmanuel Macron

crédit photos : Bertrand Guay/AFP-Alexandro Michailidis/SOOC/AFP

Le contexte : 

Au soir du 7 mai, Emmanuel Macron est élu avec 66 % des voix. Un exploit pour cet homme politique, jamais élu auparavant, et qui, à 39 ans, devient le plus jeune président de la République française. Sa campagne, riche en rebondissements, a été placée sous le signe d’un renouveau des hommes et des pratiques. 
Les réseaux sociaux et le Web ont métamorphosé la façon de faire de la politique. Le jeune candidat de La République En Marche a su en exploiter les atouts. A l’origine de la campagne en ligne d’Emmanuel Macron, un jeune Franco-Marocain de 33 ans à peine : Mounir Mahjoubi, devenu depuis secrétaire d’Etat chargé du numérique. Né à Paris, de parents d’origine marocaine, il représente au gouvernement cette diversité nouvelle génération qui se fonde sur les compétences et l’expérience.
 

Le Témoin : Mounir Mahjoubi

Ancien geek, selon sa propre expression, militant syndical, étudiant en droit et en économie, créateur d’entreprises, l’ancien soutien de Ségolène Royal et de François Hollande a été choisi par le nouveau Président pour porter les couleurs de La République En Marche aux législatives dans le XIXe arrondissement de Paris, face à un poids lourd, le secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis. Nous avons rencontré Mounir Mahjoubi quelques heures seulement avant sa nomination au gouvernement. Entretien avec un homme pressé, passionné, qui évoque sa plongée dans la “start-up Macron”, mais aussi les “Macron Leaks” et une campagne qui n’a laissé personne indifférent.

"J’ai rejoint Emmanuel Macron très tôt dans la campagne. On m’a demandé de me charger de sa campagne numérique. Un engagement qui s’est avéré palpitant et très prenant, mais qu’il faut replacer dans mon contexte personnel. En effet, on ne peut pas comprendre mon engagement actuel si on ne le place pas dans mon histoire de militant, d’abord syndical, puis entrepreneurial. J’ai commencé à travailler à l’âge de 16 ans, au centre d’appel de Club Internet, parce que j’en avais l’opportunité et que j’en avais besoin. Là-bas, je me suis rendu compte que les salariés étaient dans une souffrance au travail. J’ai rejoint le syndicat local. Le vrai engagement est né là. L’expertise du numérique vient aussi de là : j’étais un jeune geek. Ensuite, j’ai fait du droit et de l’économie car je voulais mieux comprendre comment fonctionnait l’entreprise. Quand il fallut ­choisir entre devenir salarié ou créer mon entreprise, j’ai opté pour la deuxième option. Pendant quelques années, j’ai monté plusieurs sociétés. L’une d’entre elles a bien réussi, c’est La ruche qui dit oui, laquelle permet d’acheter directement des produits frais et locaux auprès des producteurs.

Le virage vers la politique

Déjà, en 2006, j’avais été un militant de la campagne de Ségolène Royal. En 2012, j’ai également assisté François Hollande dans sa campagne numérique. Et c’est à mon poste de président du Conseil national du numérique que j’ai eu l’opportunité de rencontrer le futur président. A l’époque, il était ministre de l’Economie et tenait déjà un discours intéressant entre la nécessité de l’équilibre entre cette France qui libère et celle qui protège. Je me suis vite retrouvé dans ses valeurs. Quand il a décidé de ­quitter le gouvernement pour créer son nouveau mouvement, je n’ai pas hésité longtemps et je l’ai rejoint dans cette aventure qui n’était pas gagnée.

Emmanuel Macron est quelqu’un qui écoute beaucoup. A l’issue d’un rendez-vous avec lui, vous avez l’impression d’avoir tout dit, puis il pointe les points qui pourraient être plus forts. Il décide et on avance.

Dès le début d’En Marche !, Emmanuel Macron m’a demandé d’être son directeur pour la campagne numérique. Mon rôle dans cette campagne était d’“occuper” l’espace Web. J’avais une équipe de vingt personnes. Nous faisions en sorte qu’Emmanuel Macron soit près des gens grâce aux réseaux sociaux.

Ça ressemblait beaucoup à une start-up. On avait une idée, un projet et des envies. Cela a nécessité du “crowfunding”, de créer des relais, d’entretenir une communauté et d’aller à la recherche de fonds. Nous avions tous les avantages d’une start-up : la rapidité et l’efficacité face aux poids lourds des autres partis politiques, peu enclins à ce genre de campagne.

“Macron Leaks” et attaques virales

Ca n’a pas été simple. On a été les victimes de plusieurs cyberattaques du même acabit que celles qu’a connues Hillary Clinton. Elles étaient de plusieurs formes : la plus dangereuse, c’était le “fishing”, des mails d’hameçonnage. Chaque semaine, on recevait un mail de quelqu’un qui se faisait passer pour un animateur de la campagne ou pour moi. Le message était le suivant : “Attention, on est en train de subir des attaques, mettez à jour votre mot de passe, cliquer sur ce lien et suivez la marche à suivre.” Certains ont donné leur mot de passe. Nous n’avons pas d’indices de la provenance de ces cyberattaques car nous avons très peu de moyens d’enquêter. Il y a eu une déclaration de la NSA aux Etats-Unis désignant la Russie, et un groupe de hackers russes très connu a été accusé, mais sans preuve matérielle. Certaines pistes nous amènent vers l’extrême droite américaine, certains groupes russes et une force conservatrice d’Europe.

La diversité à l’Assemblée nationale

Evidemment, on n’avait aucune certitude, que ce soit au premier ou au second tour. Quand on a vu que la participation était d’un bon niveau, on a soufflé. A 20 heures, ça a été la délivrance. On a crié de joie, on s’est pris dans les bras. C’était le travail de plusieurs mois qui était enfin récompensé. Mais à 20h02, nous étions de nouveau à l’ouvrage. Il fallait organiser l’événement : live tweets, images, etc. Ce n’est que vers minuit et demi qu’on a enfin pu se réjouir : “Waouh, ça y est !” Nous étions heureux et en même temps conscients : “On a une nouvelle responsabilité.”

Bien sûr, se retrouver face au Front national au second tour ne peut nous satisfaire, mais notre mouvement est en train de révolutionner la façon de voir la politique. Nous avons réussi à mettre des candidats de toutes origines : Noirs, Arabes, Chinois. Aujourd’hui, il est normal d’avoir un leader local avec des parents d’origine marocaine. Et ce qui va compter, c’est plutôt le CV, le parcours. C’est la première fois qu’on va voir arriver la France dans toute sa diversité à l’Assemblée nationale. C’était une volonté absolue d’Emmanuel Macron. Et c’est la clef pour en terminer avec le Front national et les extrêmes. Le seul moyen de stopper le ras-le-bol général des Français pour la politique, c’est de leur ressembler, d’offrir une vision nouvelle.

Des bons souvenirs de cette campagne, j’en ai plusieurs, mais certains m’ont particulièrement marqué. Quand nous sommes partis sur le site de Whirlpool, à Amiens, on ne pensait pas que l’échange serait aussi intense. Il y a aussi cette rencontre aux Mureaux, loin des caméras, quand, avec Emmanuel Macron, nous sommes allés voir une association de mamans. C’était formidable. Mais, dans cette campagne, je dois garder à l’esprit un moment d’une grande tristesse, celui où l’on a appris le décès de Corinne Erhel, la députée PS qui nous avait rejoints dès le début de la campagne. Cela reste un choc encore aujourd’hui car elle avait beaucoup travaillé avec les membres de la campagne numérique.

Du porte-à-porte et des marchés

Très tôt, Emmanuel Macron m’a donné une mission. Il me faut gagner une circonscription. Aussitôt après l’élection présidentielle, on a commencé la campagne des législatives. Avec une nouvelle équipe, on fait du porte-à-porte et on va sur les marchés. On commence d’ailleurs à me reconnaître dans la rue. Le XIXe, c’est un arrondissement que je connais bien car j’y habite, un arrondissement jeune et divers et qui a réussi un équilibre porteur avec une laïcité affirmée, des nouveaux arrivants. Nous avons beaucoup travaillé ces douze derniers mois, et nous avons une idée précise de ce que nous souhaitons faire et surtout des urgences à prendre en compte.”

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