Migration. Sous pression, la France renonce à livrer des bateaux aux garde-côtes libyens

La France devait livrer 6 intercepteurs du constructeur Sillinger aux garde-côtes libyens (Image : Sillinger)

La ministre des Armées Florence Parly « a finalement décidé de ne pas livrer les embarcations à cet État », écrit le ministère dans un mémoire envoyé à la Cour administrative d'appel de Paris, saisie par huit ONG qui redoutaient des « crimes » contre les migrants. « La situation en Libye ne permet pas de réaliser ce don d'embarcations », a confirmé auprès de l'AFP le ministère des Armées.

La France avait prévu de renforcer les moyens d’interception des garde-côtes libyens en fournissant six vedettes semi-rigides rapides de 12 mètres, pouvant embarquer jusqu’à 2,5 tonnes en personnels et en équipements. L’annonce en avait été faite en février, suscitant l’inquiétude de plusieurs ONG, en raison des sévices et atteintes systématiques aux droits des migrants dans le pays. Huit d’entre elles avaient demandé devant la justice l'annulation de cette livraison.

Plongée dans une guerre civile, la Libye est actuellement secouée par un regain de tension entre les forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est, et son rival installé à Tripoli, le Gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par l'ONU. Dans ce contexte, les rapports alarmants sur la situation des migrants retenus dans les prisons libyennes se multiplient : tortures, extorsions, travaux forcés, viols y seraient monnaie courante.

En avril, le documentaire d’Arte « Libye : retour en enfer - Quand l'Europe ferme ses portes » avait mis en lumière les terribles conditions d’interception et d’enfermement de plusieurs milliers de personnes migrantes dans la région de Tripoli. Une série de reportages diffusés en septembre et novembre derniers sur France 24 avaient également exposé l’horreur des prisons libyenne et la situation chaotique de la Tripolitaine, à laquelle les migrants sont particulièrement exposés.

« Une victoire importante »

La décision de ne pas livrer les embarcations constitue « une victoire importante » obtenue « grâce à la pression publique » et doit « marquer un tournant dans les relations de la France avec la Libye en matière de politique migratoire », a réagi Lola Schulmann, chargée des questions migratoires chez Amnesty International, une des ONG qui avaient saisi la justice administrative en avril.

« Nous nous félicitons de l'abandon de cette initiative qui aurait fait de la France la complice officielle des crimes commis sur les personnes migrantes et réfugiées en Libye », ont salué les huit ONG, dont Médecins sans frontières et la Ligue des droits de l'homme, dans un communiqué commun lundi. Elles demandent désormais à Paris de poser « des conditions strictes à toute coopération bilatérale et européenne avec la Libye afin que les droits et la sécurité » des migrants « soient garantis et respectés ».

Dans son mémoire où il jugeait la demande des ONG « mal fondée », le ministère des Armées assurait de son côté que la cession des embarcations aurait eu « pour seul objectif d'accompagner l'État libyen dans le processus de consolidation de l'État de droit et de reconstruction des capacités militaires de sa marine nationale ». Selon le ministère, il n'existait donc pas de « lien suffisamment direct » entre le don de ces embarcations et la défense des migrants pour justifier le recours des ONG.

(Avec AFP)

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