Chloroquine : “Plus on attend, plus on risque d’avoir des morts”

 Chloroquine : “Plus on attend, plus on risque d’avoir des morts”


Après l’annonce du Dr Didier Raoult d’une possible guérison du coronavirus par la chloroquine et de son utilisation par plusieurs pays avec des résultats concluants, le ministère de la santé et plusieurs médecins se sont voulus prudents et attendent les résultats d'une vaste étude. Or, en France, la société FAMAR, seule enregistrée pour délivrer le marché français en Nivaquine (chloroquine) est actuellement en redressement judiciaire. Basée à Saint-Genis-Laval dans le Rhône, elle attend les commandes avant  juin-juillet sous l'épée de Damoclès de la fermeture définitive de l'usine. Nous avons interviewé Christophe-Daniel Le Page, délégué CFE-CGC FAMAR sur les incidences du coronavirus sur l'entreprise.


Vous êtes la seule entreprise française à produire de la chloroquine…


(il coupe) nous sommes la seule entreprise enregistrée, c’est à dire que le laboratoire Sanofi a une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour mettre le médicament Nivaquine sur le marché français. Nous sommes déclarés comme site de production pour cette spécialité pharmaceutique.


 


Quel a été le parcours de l’entreprise FAMAR ?


On a été vendu en 2004 à une famille grecque (Marinopoulos) qui rachète différents laboratoires pharmaceutiques à Roche, Aventis, etc.. A l’époque, nous étions encore Aventis avant leur rachat par Sanofi. On produit le Nivaquine 100 en deux présentations : 20 comprimés pour le marché France et exportation et en 100 comprimés pour le marché hôpital. La société a ensuite été cédée à un fonds d’investissement KKR qui a fini par vendre tous les sites de la zone France, Canada, Espagne, Grèce et Pays Bas.


 


Que s’est il passé pour l’entreprise lors de la revente ?


L’année dernière, le 24 juin 2019, le directeur de FAMAR a décidé de mettre l’entreprise en redressement judiciaire. Cela concerne près de 300 salariés. Ce qui était prévu, c’était la liquidation non pas pour cessation de paiements car on a une très bonne trésorerie mais pour cessation d’activités car on n’aurait plus de commandes. Nous étions censés finir les commandes vers juin 2020.


 


Est ce que le coronavirus peut avoir une incidence sur la société ?


Cela dépend des laboratoires Sanofi qui sont propriétaires de la mise sur le marché et nous passent des commandes complémentaires pour cette spécialité pharmaceutique que ce soit pour la France ou le marché export. Nos médicaments peuvent aller en Europe, en Afrique et même en Asie.


 


Demandez vous à être nationalisé par l’Etat ?


Cette question me dépasse. Je ne pourrais pas répondre.


 


Souhaitez vous que cette production médicale reste basée en France ?


Oui tout à fait mais surtout que cet outil médical français ne ferme pas ! On produit 12 médicaments thérapeutiques majeurs de santé publique (contre la lèpre, le diabète, système nerveux central, etc..). On a un savoir-faire, un outil industriel. On est très bien placé car nous sommes en région lyonnaise. C’est dommage d’avoir un bel outil comme celui-là, des gens compétents pour ensuite tout arrêter.


 


Du coup, vous attendez juste une décision de Sanofi pour la production ?


Oui, nous attendons une décision de Sanofi pour savoir si l’on y va ou pas sachant que les autorités américaines se sont prononcées jeudi dernier pour recommander l’utilisation de la chloroquine dans le traitement du COVID 19 qui diminue fortement la virulence. Ca peut sauver des vies alors que nous ne sommes pas encore au pic. Il y aura plus de malades et il risque d’y avoir plusieurs pics,… Il existe de nombreux éléments qui nous font dire que ce serait utile que Sanofi se bouge et relance les commandes.


 


Est ce que l’activité continue dans l’entreprise ou est-elle à l’arrêt ?


La production ne s’est jamais arrêtée même depuis la période de redressement judiciaire. On n’a jamais autant bossé. On fait toutes nos commandes pour que les clients fassent des stocks de sécurité avant notre arrêt. Je peux vous assurer que la production marche bien. Les gens sont assez fiers d’être sur un site qui est utile et qui pourrait l’être pour la collectivité. Cela fait partie de leurs motivations pour faire le maximum.


 


Y’a t’il une possibilité pour que la production s’accélère si le besoin s’en fait ressentir ?


Pour tout cela, il faut organiser la production. Il faut commander les principes actifs. Nous l’avions fait pour tous les produits de  notre plan de production jusqu’en juin-juillet. Si nous devons faire des productions supplémentaires de Nivaquine, il nous faut commander dés maintenant les principes actifs, les excipients, les articles de conditionnement, etc.. Tout cela s’organise, avec des délais. C’est pour cela que plus on tarde à prendre les décisions, plus on tarde à passer les commandes, plus on risque de laisser des patients sans médicament, voire même sans doute des morts.


 


Voir aussi : 


La France risque de ne pas pouvoir produire de la chloroquine


 

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).