60 ans de peinture au Maroc : des pionniers aux nouvelles écritures

 60 ans de peinture au Maroc : des pionniers aux nouvelles écritures

L’artiste plasticienne marocaine Ghizlane Agzenaï devant l’un de ses totems géométriques. Photo : Heditorial / Wikimedia Commons / Contrat de licence de libre diffusion Creative Commons CC BY 4.0 (Référence source d’hébergement : File:THAIS-VAUQUIERES.jpg).

Après Rabat, « 60 ans de peinture au Maroc » arrive à Casablanca. Dans quatre lieux, plus de 160 artistes racontent six décennies de création, des pionniers de la modernité aux écritures les plus contemporaines. Une traversée où les formes se déplacent, les influences se croisent et les langages se réinventent.

En bref

  • Plus de 160 artistes participent à cette grande traversée de la création plastique marocaine.
  • À Casablanca, l’exposition se déploie dans quatre espaces : la Médiathèque de la Mosquée Hassan II, l’École supérieure des beaux-arts, la Galerie Nadar et Mine d’Art.
  • Le parcours fait dialoguer plusieurs générations et plusieurs courants de la peinture marocaine.
  • Un ouvrage d’art accompagne la manifestation et en conserve la mémoire.

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Une histoire qui ne tient pas dans une seule école

Soixante ans de peinture ne racontent pas une histoire linéaire. Ils racontent des ruptures, des influences, des recherches et des filiations.

Organisée par le Syndicat marocain des artistes plasticiens professionnels, l’exposition revient sur cette histoire depuis les années 1960. À Casablanca, les œuvres sont réparties dans quatre lieux, offrant plusieurs entrées dans l’évolution de la création marocaine.

Farid Belkahia, La Main, 1979. Pionnier de la modernité artistique marocaine et figure majeure de l’École de Casablanca, l’artiste délaisse progressivement la toile au profit de la peau et des pigments naturels, faisant dialoguer formes et références au patrimoine marocain.

Des filiations et des déplacements

Farid Belkahia, Malika Agueznay, Mohamed Melehi et Mohamed Chabâa témoignent des recherches qui accompagnent l’émergence de la modernité picturale marocaine dans les années 1960 et 1970. Avec l’abstraction et les expérimentations de l’École de Casablanca, cette génération cherche de nouvelles formes pour inscrire la peinture marocaine dans la modernité.

 

 

 

 

Cette recherche se prolonge avec d’autres générations et d’autres écritures. Youssef Douieb, Meriam Benkirane, Ghizlane Agzenaï et Younes Khourassani témoignent, chacun à sa manière, de la persistance et du renouvellement de l’abstraction dans la création contemporaine. Les formes, les gestes, les couleurs et les supports évoluent, tandis que certaines préoccupations continuent de circuler d’une génération à l’autre.

60 ans de peinture au Maroc : des pionniers aux nouvelles écritures
Hicham Matini, jeune artiste de la scène contemporaine marocaine, il s’inscrit dans une démarche qui mêle référence historique et regard contemporain.

D’autres artistes élargissent encore le champ de la peinture. Abdelkrim Ouazzani fait dialoguer peinture, couleur et volume. Ahmed Hajoubi explore les rapports entre matière, relief et espace, tandis que Hassan Echair développe une pratique où la matière et la dimension sculpturale prennent une place importante. Plus jeune, Hicham Matini réinterprète notamment le motif de l’onde associé à Mohamed Melehi, en lui donnant une dimension contemporaine et satirique.

La sélection fait ainsi apparaître des filiations, mais aussi des déplacements : d’une génération à l’autre, la peinture change de formes, de supports et de langage.

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Le rôle de Casablanca dans l’histoire de l’art

Du 3 au 17 octobre, la Médiathèque de la Mosquée Hassan II accueille une première partie du parcours.

L’École supérieure des beaux-arts prend le relais du 6 au 25 octobre. La Galerie Nadar présente l’exposition du 7 au 30 octobre, tandis que Mine d’Art ouvre son espace du 8 au 28 octobre.

Ce parcours multisite permet aussi de rappeler le rôle de Casablanca dans l’histoire de l’art marocain. À l’École supérieure des beaux-arts, notamment, l’exposition réunit plusieurs générations d’artistes liés à l’établissement. La transmission ne passe donc pas seulement par les œuvres : elle passe aussi par les lieux où elles ont été pensées, enseignées et renouvelées.

Une mémoire à conserver

Une exposition de cette ampleur ne cherche pas seulement à réunir des œuvres pendant quelques semaines. Elle veut aussi laisser une trace. Un ouvrage d’art accompagne ainsi la manifestation et rassemble reproductions et éléments documentaires consacrés aux artistes et aux différentes étapes du projet.

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Une histoire qui continue de s’écrire

De Malika Agueznay à Ghizlane Agzenaï, de Mustapha Hafid à Younes Khourassani, l’exposition ne dessine pas une succession de styles bien ordonnés. Elle montre plutôt une peinture qui se transforme en avançant.

Les pionniers ont bousculé les codes de la peinture marocaine. Les générations suivantes ont repris certaines de leurs recherches pour les prolonger, les transformer ou s’en écarter. Aujourd’hui, les artistes exposés brouillent à leur tour les frontières entre peinture, matière, volume et installation.

À Casablanca, ces six décennies ne se referment donc pas sur un bilan. Elles ouvrent sur une création qui continue de chercher, d’expérimenter et de se réinventer.

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Mohamed Lekleti, artiste de la génération postérieure aux pionniers de la modernité marocaine, brouille les frontières entre dessin et peinture dans une œuvre nourrie de mythes et de littérature.
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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.