Radio Corona Internationale, « Mégaphone » du Hirak en temps de virus

 Radio Corona Internationale, « Mégaphone » du Hirak en temps de virus


Depuis le début de la pandémie et le confinement, les manifestants du Hirak ont été contraints de taire leurs revendications par la force des choses. C'est dans cette atmosphère particulière, qu'Abdallah Benadouda, journaliste algérien exilé aux Etats-Unis a lancé Radio Corona Internationale, une voix pour les gens du Hirak, sur les ondes des réseaux sociaux. Ses émissions sont très suivies tous les mardis et vendredis sur Facebook et Soundcloud.



Abdallah Benadouda est avenant, agréable et cordial. Malgré la distance (plus de 6000 kilomètres) et la connexion Internet, l'animateur et journaliste ne change pas vraiment de sa vraie nature. Né à Alger, ce fils de médecin et de mère au foyer, militants politiques a "baigné dans l'ambiance politique" dés son plus jeuns âge. Agé de 20 ans au moment du début de la décennie noire en Algérie, il a vécu cette période "en la prenant en pleine tronche comme tous les Algériens. On a découvert le multipartisme, le terrorisme et la dictature. Sans être dans un parti politique, j'ai toujours milité, dans la société civile, à la fac et enfin de part mon métier de journaliste."


Après s'être essayé à des études vétérinaires qu'il abandonne "en chemin", il se tourne alors vers l'édition. De là, il commencera sa carrière à la radio et à la télévision. "Je ne me serais jamais vu comme journaliste. Ce n'était pas une histoire à l'américaine. C'est venu par hasard et aussi – car le hasard n'existe pas – en provoquant les choses en étant curieux pour des domaines où l'on n'est pas destiné. J'aime El Hadra (la parole, ndlr)."


Souvent invité dans les émissions radio pour son aisance au micro, il devient petit à petit chroniqueur pour l'émission "Réactions en chaine"  sur la radio publique francophone, chaine 3. Aimant le foot et la politque, il fait des chroniques qui marchent très bien sur une webradio. Devenue la télévision satellitaire privée, Djazaïr TV, il obtient une émission quotidienne appelée "Système DZ".


"Lors d'une émission, j'ai revelé une information sur Bouteflika qu'il ne fallait pas. Le lendemain, je n'étais plus nulle part. J'ai été mis à pied, interdit d'antenne, licencié. Mon émission marchait bien. Je me suis dit que j'allais me rediriger vers d'autres chaines. En fait, j'étais blacklisté."  Au bout de quelques mois, il décide de s'exiler aux Etats-Unis avec sa famille.


Amoureux de la radio, il garde en souvenir une émission qui l'a marqué : Local Rock animé dans les années 90 par Mohammed-Ali Allalou. "Je trouve que le rapport qu'il y a entre le recepteur et l'émetteur à la radio, est plus fort et plus dans la connivence que la télévision. La voix transmets des choses, des relations qui naissent, des émotions qui se transmettent. C'est un média anti-ego. Le rapport à l'image est retiré. C'est aussi un média qui est très puissant par rapport aux moyens peu onéreux à mettre en oeuvre pour porter la parole à l'auditeur." 


C'est de cette expérience qu'il va lancer avec des collègues, Radio Corona Internationale, une possibilité de réagir et de parler politique en Algérie. Il a accepté de nous en parler en vidéo lors d'une interview et nous expliquer comment à partir d'un diner entre amis, un médium pour le Hirak est né. "Radio Corona Internationale est fait pour les gens du Hirak, pour que la parole puisse s'exprimer. Nous n'avons pas de studio ou d'argent de la CIA (rires). Nous faisons partie des initiatives qui permettent de garder la flamme allumée."


Chroniques, musique et débat sont les principales attractions de Radio Corona Internationale, découpée en deux parties (une politique et une autre plus culturelle). Avec la douzaine de correspondants en Algérie, France et son animateur aux Etats-Unis, Radio Corona Internationale a réussi l'exploit de réunir 11 000 followers pour différents directs. Des émissions à suivre le mardi et vendredi, jour hommage des manifestations du Hirak en Algérie.



Radio Corona Internationale tous les mardis et vendredis sur Facebook et Soundcloud.

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.