Rugby : « Si cette loi passe, je ne pourrai plus jouer » — les joueuses de Bobigny mobilisées contre l’interdiction des signes religieux

 Rugby : « Si cette loi passe, je ne pourrai plus jouer » — les joueuses de Bobigny mobilisées contre l’interdiction des signes religieux

Des joueuses de l’AC Bobigny (maillot gris) à l’œuvre lors d’un match du championnat de première division. (Crédit : Facebook / AC Bobigny 93 Rugby)

Elles jouent en première division féminine de rugby, s’entraînent sous la pluie, tombent, se relèvent, marquent, rient. Elles sont les filles de l’AC Bobigny 93. Mais aujourd’hui, leur avenir sur les terrains est menacé. Une proposition de loi votée au Sénat le 18 février 2025 pourrait les exclure des compétitions officielles, au seul motif de porter un voile. Elles témoignent, indignées mais debout.

« Les filles qui portent le voile ne sont pas là pour revendiquer quoi que ce soit, elles sont là pour jouer, progresser, aider leur équipe à gagner, et vivre pleinement leur passion, comme tout le monde », lance une joueuse du club de rugby de Bobigny.

Ce club historique de Seine-Saint-Denis évolue en première division féminine depuis 15 ans, et incarne une vision du sport où engagement, mixité sociale et inclusion sont des évidences.

Mais cette vision vacille. Depuis le 18 février, une proposition de loi votée au Sénat menace directement ces sportives. Le texte interdit « tout signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique ou religieuse » lors des compétitions départementales, régionales et nationales. Il sera bientôt débattu à l’Assemblée nationale.

Pour les joueuses concernées, le choc est brutal. « Si cette loi passe, je ne pourrai plus faire de rugby. Si cette loi passe, cela isolera beaucoup de femmes qui veulent être libres en faisant du sport tout en pratiquant leur religion », déclare une autre membre de l’équipe, la voix posée mais déterminée.

Derrière le vernis républicain de cette loi, la cible est évidente. Le ministre de l’Intérieur l’a confirmé dans une déclaration sans ambiguïté : « Vive le sport, et donc à bas le voile, bien sûr. »

Difficile de prétendre encore à la neutralité. Le sport devient le théâtre d’une bataille politique où les premières victimes sont des femmes, musulmanes, engagées, passionnées.

Déjà, lors des JO de Paris 2024, la France s’était distinguée en interdisant le port du voile à ses athlètes, en rupture avec le Comité international olympique et l’ONU. Aujourd’hui, le scénario se répète, à une échelle nationale.

Et pourtant, rien ne justifie cette exclusion. La laïcité, pilier de la République, garantit « la liberté de conscience » et le droit d’exprimer ses convictions tant que l’ordre public n’est pas perturbé. En quoi une joueuse voilée sur un terrain viendrait-elle troubler un match ?

Pour les membres du club, le sport doit rester un espace de liberté.
« Je crois que notre manière de fonctionner montre qu’il est possible de concilier liberté individuelle et travail collectif. Le sport, en tant que modèle social, devrait refléter cet esprit d’inclusion. La société, dans son ensemble, pourrait largement s’en inspirer », affirme un responsable de l’AC Bobigny 93.

Plus largement, ce texte de loi alarme le monde associatif et sportif : il risque d’éloigner des terrains des centaines de femmes, de jeunes filles, qui ont trouvé dans le sport un espace d’expression, de confiance, d’émancipation. Le club de Bobigny en est une preuve éclatante.

Face à cette loi, c’est tout un modèle qu’il faut défendre : celui d’un sport pour tous et toutes, sans distinction, sans condition. Car « ne faire qu’un », c’est aussi avoir le courage d’affronter celles et ceux qui veulent nous diviser. Et sur ce fil tendu entre passion et exclusion, les filles de Bobigny avancent. Unies. Résistantes.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.