Immigration légale : Stop aux fantasmes

Des dossiers de titres de séjour en France illustrant les chiffres de l’immigration légale et les statistiques 2025. (Jc Milhet/Hans Lucas via AFP)
Révélés fin janvier, les chiffres de l’immigration en France en 2025 donnent à voir une continuité par rapport aux années précédentes. Et témoignent d’une réalité bien différente de celle construite par les discours racistes qui se sont fait entendre à cette occasion.
Numéro 210 – Mars 2026
En bref ;
- 384 230 titres de séjour délivrés en 2025
- Une hausse liée principalement à l’immigration humanitaire
- L’immigration économique reste stable voire en baisse
- Les étudiants constituent le premier motif d’entrée
- Les discours de “submersion migratoire” sont contredits par les chiffres
Un chiffre, donné le 27 janvier dernier par la Direction générale des étrangers en France du ministère de l’Intérieur (DGEF), a provoqué l’émoi de nombreux acteurs : 384230. Il s’agit du nombre de premiers titres de séjour accordés en 2025 aux étrangers dans l’Hexagone. Car les décennies s’empilent et le sujet demeure un objet d’instrumentalisation politique majeur en France. Lors des législatives de mars 1978, déjà, le Front national avait lancé un slogan qui a fait date : « Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop ! La France et les Français d’abord ! »
Presque cinquante ans plus tard, Jordan Bardella, probable candidat du Rassemblement national à la présidentielle du printemps 2027, est exactement sur la même ligne. « Notre pays subit une submersion migratoire insoutenable. Ce qui nous menace, si nous continuons dans cette voie, c’est l’éclatement de la France telle que nous la connaissons ». Le trentenaire a lâché ces mots à l’annonce des chiffres de la DGEF.
Passons sur le terme de « submersion » : 385 000 personnes arrivant dans un pays de 67 millions d’habitants. C’est l’équivalent de 0,5 % de la population en plus, selon ces chiffres. Même en y ajoutant l’immigration clandestine, par définition inchiffrable, cela s’apparente plutôt à une vaguelette. Il est plus intéressant de se pencher sur cette « France telle que nous la connaissons ». On sait de quelle France parle Jordan Bardella. Celle d’un pays blanc, chrétien, uniforme et replié sur ses « traditions » censées être immémoriales. Lui et les siens préfèrent cette vision, totalement fantasmée, à celle d’une France bien réelle. Une France où son grand-père italien, Guerrino Bardella, et avant lui (comme l’a révélé le journal Jeune Afrique en 2024), son arrière-grand-père algérien kabyle, Mohand Seghir Mada, sont arrivés comme immigrés économiques.
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Une immigration structurée par des mécanismes légaux
Or, n’en déplaise à toutes celles et ceux qui ont saisi l’occasion pour resservir leur couplet moisi sur le « grand remplacement ». C’est bien de cette France-là que parlent les statistiques de l’immigration de la DGEF. Ils nous disent que la France est toujours une terre d’immigration, que la nature de cette immigration n’est plus la même qu’au temps des aïeux de Bardella, et que tout ne va pas très bien sur la planète.
Il y a, en premier lieu cette « immigration ordinaire, liée à des mécanismes légaux » dont parle le sociologue et démographe François Héran, caractéristique de l’immigration légale (Avec l’immigration : Mesurer, débattre, agir, éd. La Découverte, 2017) et dont « les motifs d’entrée » sont identifiés de longue date : économique (51190 titres en 2025, soit 12 % de moins qu’en 2024) ; familial (91100, même chiffre qu’en 2024) ; étudiant (117 970, soit 6,4 % de plus en un an) ; et 31 360 personnes qui ont obtenu un titre pour des « motifs divers ».
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La hausse marquée de l’immigration humanitaire
Mais l’évolution la plus significative dans les statistiques de l’immigration en France est celle du motif humanitaire, selon les données officielles. En 2025, la France a accordé 92610 titres de séjours pour cette raison : réfugiés et apatrides (54 230), protection subsidiaire (35000) et étrangers malades (2930). Un bond de 65 % par rapport à 2024, où les autorités françaises n’avaient délivré que 56115 titres de séjour pour motif humanitaire. Ce différentiel de 36000 entrées explique à lui seul la progression globale de 11 % des premiers titres de séjour délivrés entre 2024 (345587) et 2025. Et, s’il en était encore besoin, il invalide totalement la thèse des étrangers venus « voler le travail des Français », si chère à la famille Le Pen. Sur les quatre dernières années, l’immigration économique en France stagne, sinon baisse.
Le premier motif d’admission sur le sol français reste les études, suivi par les liens familiaux et, donc, l’humanitaire, dans le cadre de l’immigration légale. Le fait que ce dernier explose – avec notamment une protection subsidiaire (un statut un peu moins-disant que celui de réfugié) en augmentation de 132 % – dit, en revanche, une chose. Malgré le durcissement incessant des lois sur l’immigration, la France est bien contrainte de continuer à accueillir une partie des personnes fuyant les guerres ou la répression. Les demandeurs d’asile sont en premier lieu d’origine ukrainienne, congolaise (RDC) et afghane. Mais les premières demandes d’asile ont baissé entre 2024 et 2025, avec 157 552 dossiers contre 151 665.
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Des fantasmes politiques contredits par les statistiques
Autre fable raciste mise à mal par les chiffres de l’immigration en France en 2025 : celle d’une immigration qui serait chaque année plus importante que la précédente. C’est faux ! En 2021, la France avait délivré 382 726 premiers titres de séjour, soit sensiblement la même chose que cette année. Le chiffre est ensuite redescendu autour de 340000 pendant trois années consécutives avant de remonter en 2025 à ce niveau pour les raisons évoquées plus haut. Une continuité que l’on retrouve aussi dans les principaux pays d’origine des immigrés. Comme en 2024, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont les trois pays dont les ressortissants se sont vu délivrer, dans cet ordre, le plus grand nombre de premiers titres de séjour en 2025.
Pas de « submersion », pas de marché du travail débordé, pas de déséquilibre majeur. Juste une histoire des flux migratoires qui se poursuit dans un monde toujours plus inégalitaire et violent.
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Une réalité migratoire mondiale loin du discours alarmiste
« A l’échelle mondiale, la grande majorité des migrations est sûre, légale et ordonnée. Les migrants sont des étudiants, des travailleurs de la santé, des ouvriers agricoles, des entrepreneurs et des aidants ; des contributeurs, des décideurs et des parents essayant de protéger leurs enfants. Pourtant, cette réalité est noyée par un discours toxique et sensationnaliste qui réduit la migration à une crise, au chaos et à la menace ». Amy Pope, la directrice générale de l’Organisation internationale pour les migrations, a récemment déploré ces faits dans une tribune (Le Monde du 13 février). Elle y rappelle que la mer Méditerranée est « la route migratoire la plus meurtrière au monde ».
Mi-février, déjà 484 migrants y avaient été signalés morts ou disparus. Plus d’un tiers du chiffre global de 2025 en à peine un mois et demi. Si un jour l’Europe doit être submergée, ce ne sera pas par des migrants. Cela aura lieu par sa honte de les avoir laissés mourir à ses portes, selon cette analyse.
FAQ
Les chiffres de l’immigration en France explosent-ils en 2025 ?
Non. Les données montrent une relative stabilité. Une lègère hausse est principalement due à des raisons humanitaires.
Quel est le principal motif d’immigration en France ?
Les études arrivent en tête. Elles sont suivies du regroupement familial et des motifs humanitaires.
L’immigration économique augmente-t-elle ?
Non, elle stagne ou diminue légèrement sur les dernières années.
La France fait-elle face à une “submersion migratoire” ?
Les statistiques ne confirment pas cette idée. L’augmentation reste limitée à l’échelle de la population.
