Fès 2026 : quand le sacré passe du chant au geste

Affiche du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde, du 4 au 7 juin 2026, dédié aux Mâalemines et au patrimoine artisanal.
Du 4 au 7 juin 2026, la 29ᵉ édition du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde opère un déplacement discret mais significatif. En mettant à l’honneur les Mâalemines, le festival redéfinit son centre de gravité. Le sacré ne se donne plus seulement à entendre, il se fabrique, se transmet et s’incarne dans le geste.
Annoncée officiellement sur le site du festival, l’édition 2026 se tiendra du 4 au 7 juin à Fès, sous Haut Patronage royal, sur une durée désormais limitée à quatre jours. Elle portera pour thème : « Fès et les Mâalemines, Gardiens du Geste et du Patrimoine ».
Le zellige, nouvelle scène du sacré
Ce choix marque une inflexion notable. Là où les éditions précédentes privilégiaient des approches plus conceptuelles liées aux spiritualités du monde, celle-ci met au premier plan une figure concrète : celle du maître artisan marocain, dépositaire d’un savoir ancestral transmis de génération en génération.
Dans la vision développée par les organisateurs, les Mâalemines ne sont pas seulement des techniciens du beau. Ils incarnent une mémoire vivante, à la croisée du geste, du spirituel et du social. À travers eux, le festival entend interroger la manière dont les savoir-faire façonnent les espaces, les cultures et les imaginaires, en liant étroitement patrimoine matériel et immatériel. Le geste artisanal, qu’il soit celui du zellige, du bois sculpté ou du textile, est ainsi envisagé comme une forme d’expression spirituelle à part entière, au même titre que la musique sacrée.

Selon les premières informations, le festival adopte en 2026 un format plus court, concentré sur quatre jours, tout en maintenant une programmation substantielle. Au total, près de dix-huit spectacles sont annoncés, réunissant plus de cent soixante artistes venus de différents horizons.
Parmi les formations et artistes déjà évoqués figurent notamment des ensembles traditionnels issus de différentes spiritualités et traditions musicales, des maîtres du chant soufi, des troupes africaines de percussions rituelles, ainsi que des ensembles européens et asiatiques consacrés aux musiques sacrées. Le programme intègre également des compagnies de danse rituelle, dont une formation venue du Cambodge consacrée aux arts de l’incarnation et du geste sacré.
L’édition s’inscrit ainsi dans la continuité de la vocation historique du festival : faire dialoguer des expressions artistiques venues de plusieurs continents, de la tradition soufie aux formes contemporaines inspirées du sacré.
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Festival de musiques, forum d’idées
Au-delà des concerts, l’édition 2026 confirme l’importance du Forum de Fès, espace de réflexion qui accompagne chaque année la programmation artistique. Les discussions porteront notamment sur les liens entre artisanat et sciences, en explorant la géométrie du zellige ou encore la dimension symbolique du geste artisanal. Des expositions sont également prévues dans plusieurs lieux patrimoniaux de la ville, autour des matériaux, des techniques et des savoir-faire.
Créé en 1994, le Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde s’est progressivement imposé comme l’un des grands rendez-vous internationaux dédiés aux musiques spirituelles. Reconnu pour sa contribution au dialogue interculturel, il continue, à travers cette 29ᵉ édition, de faire évoluer son identité.
Sur le plan international, l’édition 2026 mettra à l’honneur les relations entre le Maroc et l’Allemagne, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de leurs liens diplomatiques. Une orientation qui s’inscrit dans la continuité du festival, régulièrement présenté comme un espace de diplomatie culturelle, distinction récemment renforcée par l’attribution du prix italien « Mercurio Alato ».

