Oscars : l’Académie accélère son ouverture au monde

L’entrée de Lamia Chraïbi et Karim Aïtouna au sein de la branche des producteurs constitue une reconnaissance du rôle grandissant joué par le Maroc
L’Académie des arts et des sciences du cinéma, l’institution qui décerne chaque année les Oscars, poursuit sa profonde transformation. En invitant cette année la productrice marocaine Lamia Chraïbi et le producteur Karim Aïtouna à rejoindre ses rangs, elle confirme sa volonté d’ouvrir davantage son corps électoral aux talents venus des quatre coins du monde.
Une Académie en pleine transformation
Fondée le 11 mai 1927 à Los Angeles avec seulement 36 membres, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS) est devenue l’une des organisations les plus influentes de l’industrie cinématographique. Si son nom reste indissociable de la cérémonie des Oscars, sa mission dépasse largement la remise des célèbres statuettes.
L’Académie œuvre à promouvoir l’excellence artistique et technique du cinéma, préserver le patrimoine cinématographique, soutenir la recherche et l’innovation, accompagner les jeunes créateurs et administrer l’Academy Museum of Motion Pictures.
Son influence est considérable. Ce sont en effet ses membres qui votent chaque année pour désigner les nominations puis les lauréats des Oscars, faisant de l’Académie l’un des principaux arbitres de la reconnaissance cinématographique mondiale.
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#OscarsSoWhite
Pendant longtemps, l’Académie a été accusée de ne pas refléter la diversité du cinéma mondial. La polémique #OscarsSoWhite, déclenchée en 2015 puis amplifiée en 2016 après l’absence de candidats issus des minorités dans les principales catégories d’interprétation, a profondément ébranlé l’institution.
En réponse, l’Académie a lancé la plus vaste réforme de son histoire. Son objectif : renouveler en profondeur son électorat afin d’y intégrer davantage de femmes, de professionnels internationaux et de créateurs issus de communautés historiquement sous-représentées.
Les chiffres illustrent l’ampleur de cette transformation.
La promotion 2026 en chiffres :
- 529 nouveaux membres invités.
- 42 % de femmes.
- 56 % de personnes issues de communautés sous-représentées.
- 53 % de professionnels provenant de 60 pays et territoires hors des États-Unis.
L’institution compte désormais :
- 11 319 membres au total.
- 10 338 membres votants appelés à élire les lauréats des Oscars.
- 36 % de femmes.
- 75 % de membres blancs, contre 92 % en 2015.
- 22 % de membres résidant hors des États-Unis.
En une dizaine d’années, l’Académie est ainsi passée d’environ 6 000 membres à plus de 11 300.
Deux parcours qui illustrent le rayonnement du cinéma marocain
L’entrée de Lamia Chraïbi et Karim Aïtouna au sein de la branche des producteurs constitue une reconnaissance du rôle grandissant joué par le Maroc dans les coproductions internationales et le cinéma d’auteur.
Installée entre le Maroc et la France, Lamia Chraïbi s’est imposée comme l’une des figures majeures de la production indépendante. Elle a accompagné plusieurs œuvres remarquées dans les grands festivals internationaux, notamment Mimosas, récompensé à Cannes, mais aussi Mica, Jahilya, Le Rif amoureux et Une urgence ordinaire. Son parcours illustre une vision exigeante du cinéma, ouverte sur les échanges entre les cultures.
De son côté, Karim Aïtouna s’est distingué par un important travail de coproduction internationale. Parmi ses réalisations figurent Poisonous Roses, I Am the People, The Night and the Kid ou encore La Controfigura, des films sélectionnés dans des rendez-vous majeurs tels que Cannes, Berlin ou Venise. Son engagement en faveur des collaborations entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient en fait l’une des figures reconnues de la production indépendante.
Cette double invitation dépasse le symbole. Elle consacre la montée en puissance d’une génération de producteurs capables de faire dialoguer les cinémas africain, arabe et européen, tout en participant désormais aux décisions d’une institution dont les choix influencent l’ensemble de l’industrie cinématographique.
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