Quatorze ans après la mort de leur fils Mounir en Australie, la famille Saad réclame une enquête publique

Mounir Saad, jeune Franco-Algérien de 22 ans, est décédé à Melbourne en novembre 2012. Quatorze ans plus tard, sa famille réclame une enquête publique. Photo : DR
Quatorze ans après la mort de Mounir Saad, un Franco-Algérien de 22 ans décédé en Australie, sa famille réclame l’ouverture d’une enquête publique afin d’éclaircir les circonstances de son décès.
En bref
- Mounir Saad est décédé à Melbourne le 11 novembre 2012, à l’âge de 22 ans.
- Les autorités australiennes ont conclu à un suicide.
- Ses parents contestent cette conclusion depuis quatorze ans.
- Ils demandent l’ouverture d’une enquête publique devant la Coroner Court de Victoria.
- La famille estime que plusieurs zones d’ombre n’ont jamais été éclaircies.
Melbourne, quai n° 3, gare de Flinders Street. Il est 17 h 20 quand Mounir Saad s’avance vers les rails. Sur les bandes de vidéosurveillance, on voit un jeune homme au crâne rasé, en combinaison grise, marcher d’un pas hésitant entre les deux lignes jaunes de sécurité. Quelques heures plus tôt, il a supplié sa mère au téléphone : « Ils m’ont eu, ils m’ont piégé, c’est fini, maman. »
Le 11 novembre 2012, ce Franco-Algérien de 22 ans, parti tenter sa chance Down Under avec un visa vacances-travail en poche, meurt happé par un train. Verdict des autorités australiennes : suicide.
Quatorze ans plus tard, ses parents, Nafissa et Hocine Saad, n’ont jamais accepté cette conclusion. Dans leur pavillon de Troyes, ils égrainent toujours les mêmes questions sans réponse : pourquoi ce garçon décrit comme équilibré, sportif, sans histoire de drogue ni d’alcool, a-t-il sombré en quelques semaines dans un délire de persécution ?
Qui sont ces « Brad », cette « Jenine », ce « Peter » qu’il accuse dans son dernier appel ? Où est passée la somme d’argent retrouvée éparpillée sur les voies ? Et pourquoi la police australienne n’a-t-elle jamais interrogé la femme qui, la première, avait vu Mounir « différent » après une nuit de boxe où il aurait été mis K.-O. ?
Aujourd’hui, la famille Saad relance le combat pour obtenir l’ouverture d’une enquête publique devant la Coroner Court de Victoria, la dernière chance, selon eux, de faire toute la lumière sur les dernières heures d’un fils parti construire son avenir à l’autre bout du monde, et jamais revenu.

Quatorze ans après les faits, pourquoi avez-vous décidé de reprendre la parole aujourd’hui ?
Parce que quatorze ans n’ont jamais effacé ni notre douleur ni nos questions. Nous ne recherchons ni la polémique ni la vengeance. Nous demandons simplement que toute la lumière soit faite sur ce qui est arrivé à notre fils. Tant que nous n’aurons pas obtenu de réponses, nous continuerons à parler.
Qui était votre fils Mounir avant son départ pour l’Australie ?
Mounir était un jeune homme de 22 ans, sérieux, généreux, sportif et plein d’avenir. Il poursuivait ses études avec détermination et rêvait de perfectionner son anglais en Australie pour construire son avenir. C’était un fils aimant, apprécié de sa famille et de ses proches, avec de nombreux projets.
À partir de quand avez-vous senti que quelque chose n’allait pas ?
Dès la fin du mois de février 2012, peu de temps après son arrivée à Sydney, nous avons senti que quelque chose n’allait pas.
Au téléphone, Mounir nous expliquait que ses amis ne voulaient plus lui parler et qu’il était accusé, à tort selon lui, de voler de la nourriture dans les réfrigérateurs des dortoirs.
La situation s’est fortement dégradée à partir de la mi-juin 2012, lorsque la personne partie avec lui en Australie a quitté les lieux pour rejoindre un autre site de cueillette d’oranges.
À partir de ce moment, Mounir nous a décrit un climat de harcèlement devenu permanent.
Selon ce qu’il nous a rapporté, des hommes seraient même venus l’intimider avec des couteaux de boucher, aussi bien sur son lieu de travail que dans le logement où il résidait.
Ces événements ont profondément inquiété notre famille et ont marqué le début d’une période de peur et d’angoisse qui s’est poursuivie jusqu’à son décès.
Que vous a-t-il dit lors de ce dernier appel, le matin du 11 novembre 2012 ?
Mounir nous a appelés, en état de panique. Il nous a dit :
« Si on te dit que je suis dans l’appartement, il ne faut pas les croire. J’étais dans l’appartement de Jenine. Elle a allumé de l’encens, et il y avait un autre homme. Ils m’ont eu, ils m’ont piégé, c’est fini, maman. J’ai vu le diable.
Ensuite, Brad Carter m’a baisé, le fils de pute. Il y a aussi Jenine, Denise et Peter. Va sur mon Facebook, mon mot de passe est Nafissa. Ils m’ont rasé les cheveux, ils m’ont humilié.
Ils m’accusent d’un crime que je n’ai pas commis. J’ai passé la nuit dans la forêt, puis j’ai pris le train jusqu’à Melbourne. Ils sont partout ! Ils m’ont eu, ils m’ont piégé, c’est fini, maman. »
Qu’est-ce qui vous semble aujourd’hui incomplet ou insatisfaisant dans l’enquête de police ?
Ce qui nous semble le plus insatisfaisant, c’est que de nombreuses zones d’ombre n’ont jamais été éclaircies. Nous avons le sentiment que certaines pistes n’ont pas été explorées jusqu’au bout et que plusieurs éléments importants n’ont pas fait l’objet d’investigations approfondies.
Depuis le début, nous demandons simplement qu’une enquête complète, indépendante et impartiale permette de répondre à toutes les questions restées sans réponse.
Ce combat pour obtenir une enquête publique, où en est-il aujourd’hui ? Comment vit-on, quatorze ans après, sans savoir ce qui est réellement arrivé à son fils ?
Quatorze ans plus tard, notre combat continue. Malgré les éléments que nous estimons troublants et les nombreuses démarches entreprises, nous attendons toujours qu’une enquête approfondie permette d’établir les faits.
Ce combat nous a coûté énormément : notre sérénité, une grande partie de notre vie de famille, notre santé et d’importantes ressources financières.
Vivre sans connaître toute la vérité est une souffrance quotidienne. Chaque matin, on se réveille avec les mêmes questions, et chaque soir, on se couche sans réponse.
Le temps n’efface pas la douleur. Tant que nous n’aurons pas le sentiment que tout a été fait pour établir les faits, nous continuerons à nous battre pour Mounir.
Vos questions sur la mort de Mounir Saad en Australie
Pourquoi la famille Saad réclame-t-elle une enquête publique ?
Elle estime que plusieurs éléments n’ont pas été suffisamment investigués par les autorités australiennes.
Quand Mounir Saad est-il décédé ?
Le jeune Franco-Algérien est mort le 11 novembre 2012 à Melbourne, en Australie.
Quelle a été la conclusion de l’enquête australienne ?
Les autorités ont conclu à un suicide.
Où la famille souhaite-t-elle obtenir une nouvelle procédure ?
Devant la Coroner Court de Victoria, en Australie.
Pourquoi cette affaire suscite-t-elle encore des interrogations ?
Les proches de Mounir Saad évoquent plusieurs zones d’ombre concernant ses derniers jours et les circonstances de sa mort.
