Fergie Chambers : les 7,5 millions de dollars envoyés en Tunisie intriguent Washington

Fergie Chambers
L’affaire Fergie Chambers, l’héritier américain engagé en faveur de la cause palestinienne, devenu un temps mécène du Club Africain en Tunisie, prend une nouvelle dimension. Arrêté le 10 juillet dernier à Ibiza à la demande des autorités américaines, il fait l’objet d’une procédure d’extradition vers les États-Unis.
Le dossier du millionnaire iconoclaste suscite une mobilisation inédite en Espagne. Les 5 et 6 septembre, des militants qualifiés d’anti-impérialistes par la presse espagnole se sont rassemblés dans le centre de Madrid pour réclamer la libération de Fergie Chambers.
Sous le mot d’ordre « Free Fergie Chambers ! », les manifestants ont dénoncé son arrestation et la demande d’extradition de l’administration Trump, en présentant le mécène comme un généreux donateur impliqué en faveur de Gaza. Cette mobilisation intervient alors que la justice espagnole doit encore se prononcer sur la procédure d’extradition et ajoute une dimension politique à un dossier déjà sensible, situé à la croisée des enjeux judiciaires américains, de la cause palestinienne et des activités philanthropiques de Chambers.
Parallèlement à cela, la récente révélation du contenu de la notice rouge d’Interpol apporte un éclairage sur le volet financier du dossier : Washington s’intéresse surtout à un transfert de 7,5 millions de dollars vers la Tunisie. Une opération que l’entourage de Chambers présente comme destinée à ses activités philanthropiques et sportives, notamment au profit du club de football tunisien de Bab Jedid.
Un virement international au cœur des soupçons
Selon les informations révélées par El País, la notice d’Interpol mentionne trois chefs d’accusation retenus par les autorités américaines : blanchiment d’argent, émeute et conspiration en vue de commettre une émeute. Le document fait également état de soupçons concernant le financement d’organisations opérant à Gaza et que Washington estime « susceptibles d’être liées au Hamas ».
Mais c’est le montant qui attire particulièrement l’attention en Tunisie. Selon Al Jazeera, Washington affirme que ces fonds auraient, in fine, servi à apporter un soutien financier au Hamas. L’acte d’accusation américain demeure toutefois sous scellés et les détails précis des griefs ne sont pas encore publics.
La défense de Chambers conteste vigoureusement cette lecture. Son épouse, Stella Schnabel, affirme que l’argent provenait des fonds personnels de son mari et avait été transféré en Tunisie parce que le couple y résidait. Une partie aurait notamment servi à financer des activités philanthropiques et à soutenir le Club Africain. Elle évoque le règlement de dettes et d’arriérés de salaires du club (champion de Tunisie 2025-2026), mais aussi la reconstruction du centre d’entraînement et le développement de terrains destinés aux jeunes.
De la Tunisie à Gaza, une affaire à forte dimension politique
Le volet tunisien s’inscrit dans une affaire beaucoup plus large. Chambers a consacré plus d’un million de dollars à différents projets humanitaires à Gaza, selon son équipe juridique. Son entourage affirme que ces financements ont notamment permis de soutenir des initiatives liées à l’alimentation, à l’eau et aux soins médicaux.
C’est précisément cet engagement qui nourrit la défense politique du milliardaire américain. Ses avocats, parmi lesquels figure l’ancien juge espagnol Baltasar Garzón, soutiennent que les poursuites américaines constituent une forme de « persécution politique » liée aux positions ouvertement propalestiniennes de leur client, mais aussi de l’actuel gouvernement espagnol. Son épouse estime par ailleurs que son arrestation pourrait créer « un précédent terrifiant pour les personnes engagées dans le soutien humanitaire aux Palestiniens ».
L’Espagne doit désormais examiner la demande d’extradition américaine. La question de l’éventuel caractère politique des poursuites pourrait peser dans cette procédure. En attendant, la Tunisie se retrouve au centre d’un dossier international où se croisent argent, football, militantisme propalestinien et accusations de financement de la résistance.
Pour le Club Africain comme pour la Tunisie, l’enjeu est désormais de savoir si les 7,5 millions de dollars correspondent effectivement aux opérations philanthropiques revendiquées par Chambers ou si les enquêteurs américains disposent d’éléments supplémentaires, encore couverts par le secret de l’instruction.
