Il était une fois la chronique du Blédard

 Il était une fois la chronique du Blédard

Akram Belkaid

11 ans. Cela fait onze ans, chaque jeudi, qu’Akram Belkaid nous livre un nouvel épisode de sa chronique du blédard. Né à Alger en 1964, Akram Belkaid, ingénieur de formation est journaliste depuis plus de 25 ans. Arrivé en France en 1995, il collabore notamment au Monde diplomatique et à Orient XXI. Depuis avril 2005, il publie donc chaque jeudi dans le Quotidien d’Oran sa « Chronique du Blédard ». Un ovni dans le paysage morose médiatique.


LCDL : Comment est née la Chronique du blédard ?


Akram Belkaid : Je venais d’arriver en France en 1995. Dans le RER D, en direction de Sarcelles, une bande de jeunes, assez agressifs, sont montés dans la rame, cherchant plus ou moins la bagarre avec les autres passagers. Je lisais La Nation, un hebdomadaire algérien auquel je collaborais et qui a disparu depuis. Comme j’ai dû montrer que j’étais indisposé par le chahut, un des jeunes m’a demandé si je n’étais pas content mais l’un de ses acolytes lui a demandé de me laisser tranquille en lui disant « Laisse tomber, tu vois bien que c’est un blédard ! ».

Dix ans plus tard, en avril 2005, quand j’ai publié ma première chronique hebdomadaire dans le Quotidien d’Oran, j’ai repris ce terme. Je sais qu’il est souvent utilisé de manière négative mais j’aime bien l’idée de le détourner. Pour moi, il signifie juste que je suis un « nouvel arrivant ». D’ailleurs, ce terme a d’autres significations. La première concernait les soldats français qui avaient participé à la conquête de l’Algérie… 


Comment arrive-t-on à pondre chaque semaine depuis onze longues années une chronique ?


On l’écrit quand on peut mais on y pense en permanence ! Souvent, je l’écris le dimanche ou bien alors le mardi soir. Il m’est arrivé de la rédiger dans l’urgence dans un aéroport ou dans un trou perdu quelque part dans le monde arabe. Exception faite des jeudis où le Quotidien d’Oran ne paraissait pas pour cause de jours fériés, le rendez-vous a toujours été tenu. 


Quels thèmes développez-vous dans votre chronique ?


Au début, il s’agissait de « raconter » la France avec le regard d’un journaliste algérien en s’intéressant notamment aux questions d’identité, d’immigration et de politique intérieure. Mais, très vite, j’ai décidé qu’il n’y aurait aucune limite et qu’il fallait sortir du cadre. Je dois remercier pour cela le directeur du Quotidien d’Oran, Mohamed Abdou Benabbou qui ne m’a jamais, mais vraiment jamais, imposé le moindre sujet ou la moindre limite. Une semaine, je peux parler de Bob Dylan et passer ensuite aux élections américaines avant de composer un petit texte littéraire sur une scène quotidienne de la vie parisienne. 


Avez-vous déjà pensé à arrêter ?


A dire vrai, jamais. Je pense que c’est dû au fait que j’ai toute la latitude pour choisir mes sujets et pour user de tel ou tel style. Cette liberté, aucun journal en France ne me l’accorderait. Cette chronique, c’est une respiration.


Y a t-il parfois la peur de la page blanche ?


Non. Par contre, il m’est souvent arrivé de craindre de ne pouvoir l’envoyer en raison des caprices de l’internet ! 


Quels conseils donneriez vous à quelqu'un qui aimerait se lancer dans ce genre d'exercice ?


D’une part, se faire plaisir. De l’autre, s’éloigner du consensus et du prêt à penser. Il ne faut pas avoir peur de fâcher les gens.


Quelles ont été les chroniques qui ont provoqué le plus de débat ?


Ce que j’écris sur le monde arabe est souvent source de discussions vives notamment parce que je fais partie de celles et ceux qui continuent de défendre l’idéal démocratique tel qu’il a été porté par le Printemps arabe de 2011. Cela m’attire les foudres des adeptes de la théorie du complot et des idolâtres de Poutine. Sinon, on me parle souvent de mes démêlés avec un ancien consul général d’Algérie. Bien avant la pagaille des passeports biométriques, j’avais décrit des scènes vues dans la salle d’attente du consulat. Cela m’a valu deux droits de réponse… J’ai également écrit un texte en hommage au poète palestinien Mahmoud Darwich après sa disparition et, de cela, on m’en parle souvent. D’ailleurs, s’il ne me fallait retenir que quelques chroniques, ce sont celles en faveur des droits du peuple palestinien à la vie et à la dignité que je retiendrai. 


Son blog pour retrouver les Chroniques du blédard : http://akram-belkaid.blogspot.fr/


Propos recueillis par Nadir Dendoune


 

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune