Tunisie. Eau en bouteille : vers un retour progressif à la normale ?

Alors que les rayons d’eau minérale restent clairsemés dans de nombreux commerces et grandes surfaces, les autorités tunisiennes annoncent en ce début septembre un dispositif exceptionnel pour rétablir l’approvisionnement, via une double action des secteurs public et privé.
La pénurie d’eau minérale embouteillée, particulièrement visible ces derniers jours dans les étals des commerces et des grandes surfaces, pourrait progressivement se résorber. C’est en tout cas ce que promet le ministère tunisien du Commerce qui a lancé un plan exceptionnel afin d’augmenter rapidement les volumes disponibles et de reconstituer un stock stratégique en prévision de l’année prochaine.
Neuf millions de bouteilles injectées dans le Grand Tunis
Selon Ramzi Trabelsi, directeur de l’Observatoire national de l’approvisionnement et des prix au ministère du Commerce, quelque neuf millions de bouteilles ont été distribuées dans le Grand Tunis depuis vendredi dernier. Le rythme atteint environ 2,3 millions de bouteilles par jour, une cadence que les autorités présentent comme suffisante pour amorcer un retour graduel à la normale.
En présence du gouverneur de Tunis, une opération médiatisée a été organisée dans une grande surface de la banlieue nord de la capitale, mais elle ne fait pas que des heureux. A l’extérieur, un commerçant nous interpelle pour nous expliquer que selon lui, « il s’agit d’une injection en partie factice, dans la mesure où de grandes quantités qui nous étaient destinées ont tout simplement été détournées sous escorte policière pour être directement distribuées à la vente ici. Quel est le tort des petits commerces qu’on continue de suspecter de spéculation alors qu’on sait bien que le problème est structurel ? ».
Or l’enjeu ne se limite pas à remplir les rayons. La crise a révélé la fragilité de la chaîne d’approvisionnement face à une forte demande, aux aléas de production et aux difficultés de distribution. L’exécutif cherche donc à combiner une réponse immédiate — l’injection de quantités importantes sur le marché — avec une logique de prévention, via le renforcement des réserves disponibles.
Reste à savoir à quelle vitesse cette amélioration sera perceptible par les consommateurs. Dans un marché où les ruptures demeurent la règle malgré la baisse des températures, la régularité des livraisons vers les quartiers, les petites surfaces et les grandes enseignes sera déterminante. Le ministère assure toutefois que, si le rythme actuel se maintient, l’approvisionnement devrait retrouver progressivement son niveau habituel.
Délice Holding parie sur une capacité de production accrue
Au même moment, le secteur privé se repositionne sur le marché de l’eau minérale. Délice Holding a annoncé la création d’une nouvelle unité d’eaux minérales, représentant un investissement de 75,7 millions de dinars tunisiens. Le groupe agroalimentaire détenu par Hamdi Meddeb entend ainsi renforcer ses capacités industrielles et améliorer sa productivité.
L’investissement intervient dans un secteur considéré comme porteur, mais où l’augmentation réelle des volumes ne sera cependant pas immédiate. Délice Holding précise que « les effets commerciaux de cette nouvelle unité devraient se faire sentir après plusieurs cycles d’exploitation, le temps que l’outil industriel atteigne sa pleine capacité ».
Pour financer ce programme, le groupe a choisi de mobiliser sa trésorerie disponible et de privilégier l’autofinancement de ses besoins opérationnels courants. La décision traduit une volonté de consolider son activité sans recourir, à ce stade, à des financements extérieurs supplémentaires.
Au-delà de la réponse conjoncturelle à la pénurie, cette initiative illustre un mouvement plus large : l’intérêt des industriels tunisiens pour la valorisation locale des ressources naturelles. Dans un secteur longtemps marqué par la présence d’investisseurs étrangers (la Société de Fabrication des Boissons de Tunisie (SFBT) est détenue majoritairement par le groupe français Castel), l’arrivée ou le renforcement d’acteurs nationaux peut modifier les équilibres. La double mobilisation publique et privée ne mettra pas fin instantanément aux rayons vides, mais elle dessine une issue moins anxiogène à une crise devenue patente au quotidien.
