Portrait. Il était une fois Halima Hamdane

 Portrait. Il était une fois Halima Hamdane

Halima Hamdane, conteuse et écrivaine marocaine. Photo : DR

Conteuse, écrivaine et passeuse d’histoires entre les deux rives de la Méditerranée, Halima Hamdane puise dans les récits de son enfance pour nourrir ses spectacles. Du Maroc aux scènes internationales, son parcours est celui d’une femme qui a fait du conte une langue de transmission et d’émancipation.

 

En bref

  • Halima Hamdane grandit à Sidi Kacem, entre les livres de la librairie de son père et les récits de sa grand-mère.
  • Après des études de lettres au Maroc, elle s’installe à Paris en 1986.
  • En 2000, sa rencontre avec le conteur Henri Gougaud marque un tournant dans son parcours.
  • Elle quitte progressivement l’enseignement pour se consacrer au conte et à l’écriture.
  • Ses récits mêlent français et darija et voyagent du Maroc à de nombreuses scènes internationales.

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Une enfance bercée par les contes à Sidi Kacem

Assise sur une peau de mouton, dans un petit coin de l’unique librairie de Sidi Kacem, la petite Halima passe des heures à feuilleter albums et autres livres.

« Gamine, j’étais un vrai garçon manqué et quand je faisais des bêtises, pour me punir, ma mère m’envoyait dans l’échoppe de mon père, l’unique libraire de la ville dans les années 50. » Ce doux châtiment reste gravé dans sa mémoire.

De même que les veillées au cours desquelles sa grand-mère maternelle rassemblait ses petits-enfants autour d’elle pour leur raconter des histoires. Celle qui l’a le plus marquée met en scène Hayna, une jeune héroïne qui triomphe de l’ogre.

 

« Les collines qui changent de couleur à son passage, sa beauté, le coq qui parle, tout cela me fascinait. »

 

Par ailleurs, son père recourt aussi aux contes mais dans un but plus éducatif, pour guider ses enfants face aux épreuves de la vie, leur transmettre des valeurs et les enseignements de la sagesse populaire.

Toutefois, la jeune Halima ne se rêve pas conteuse, métier dont elle ignore totalement l’existence, mais enseignante. Mariée trop jeune, à 17 ans, à la sortie du lycée, elle voit sa vocation contrariée par une union malheureuse dont elle parvient à s’extirper à une époque où l’ancien code de la famille rendait le divorce très difficile.

Une fois les liens du mariage rompus, son premier réflexe est de s’inscrire à la faculté pour reprendre ses études. Après une licence et une maîtrise de lettres modernes à Rabat, elle arrive à Paris en 1986 pour entreprendre un DEA à la Sorbonne.

Elle enseigne d’abord en lycée, puis devient professeure de méthodologie pendant dix ans à l’université d’Évry-Courcouronnes.

 

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La naissance d’une conteuse

C’est en 2000 qu’a lieu une rencontre décisive. Par l’intermédiaire d’une amie, elle franchit la porte d’un atelier animé par le flamboyant conteur et parolier Henri Gougaud.

Pensant s’inscrire à un atelier d’écriture, elle découvre à sa grande surprise que c’est la voix plutôt que la plume qui est sollicitée. Lors de sa troisième séance, alors que, depuis son arrivée dans l’atelier, elle se contente d’écouter en silence, Henri Gougaud l’interpelle devant tout le monde : « Installez-vous parce qu’aujourd’hui c’est vous qui commencez. »

Prise de panique sous les regards braqués sur elle, Halima Hamdane rassemble les coussins de la pièce par terre et s’assied à la façon de sa grand-mère. « Kan ya ma kan »… Pour retrouver son calme, elle recourt aux mots en arabe qu’elle a tant de fois entendus petite. Puis elle se lance dans un récit spontané, alternant français et darija. À la fin de sa prestation, le maître est bluffé :

 

« Vous êtes déjà conteuse. Vous pouvez dire que moi, Henri Gougaud, je vous ai dit que vous étiez conteuse. »

 

Malgré ses encouragements, elle poursuit cinq ans durant sa formation auprès de lui, perfectionnant sa technique, son jeu avec les silences et apprenant surtout à « élaguer » les contes traditionnels très longs pour n’en conserver que la quintessence sur scène.

Petit à petit, la conteuse est tellement sollicitée qu’elle fait le choix de quitter l’enseignement pour se consacrer à son nouveau métier.

 

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Quand les contes deviennent des livres

Pour autant, elle n’a pas renoncé à l’écriture, qui l’avait incitée à pousser les portes de cet atelier. Halima Hamdane est également l’auteure de plusieurs ouvrages. Qu’ils soient destinés à la jeunesse ou pas, ils mettent en scène des femmes ou des filles qui cherchent leur place.

 

« Dans mes livres, je dépose mon propre vécu et mes blessures, notamment celles liées à mon mariage et j’explore la liberté et l’indépendance », confie cette fringante grand-mère.

 

Sur scène, la matière intime cède la place à un patrimoine traditionnel qu’elle a reçu en héritage et qu’elle fait voyager du Maroc en France en passant par la Pologne, la Norvège ou la Roumanie.

Où qu’elle soit, pour que la magie opère, sa formule ne varie pas d’un iota. Ses récits, parsemés de mots de darija, débutent toujours par un immémorial « Kan ya ma kan ».

 

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Quelques ouvrages de Halima Hamdane
Quelques ouvrages de Halima Hamdane

 

 

 

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Fadwa Miadi