À Marrakech, la photographie marocaine regarde le monde

Sophia Loren à Venise en 1955, photographiée par Graziano Arici. L’actrice italienne apparaît ici dans une image emblématique du travail du photographe sur les stars du cinéma des années 1950 et 1960. © Archivio Arici / Bridgeman Images
Du 7 au 10 octobre, les Rencontres de la Photographie de Marrakech célèbrent deux siècles d’images. Mais leur 6e édition regarde surtout vers le présent : des échanges entre Maroc et Chine au travail critique sur l’Orient, jusqu’aux photographes de la diaspora et à une nouvelle génération marocaine, le festival déplace la question de celui qui regarde et de celui qui est regardé.
En bref
- La 6e édition se tient du 7 au 10 octobre à Marrakech, autour du bicentenaire de la photographie.
- La Chine et l’Italie occupent une place particulière dans cette édition, avec notamment Crossed Gazes: China/Morocco et plusieurs expositions consacrées à la photographie italienne.
- La diaspora marocaine et africaine est également présente à travers plusieurs parcours photographiques.
- L’appel à candidatures fait émerger une nouvelle génération de photographes, notamment marocains.

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Deux pays, deux regards
La photographie a deux cents ans. À Marrakech, le bicentenaire sert surtout de prétexte à une question très actuelle : que se passe-t-il lorsque les regards se répondent ?
L’exposition « Crossed Gazes: China/Morocco », présentée au Palais Bahia, en donne la démonstration la plus directe. Le projet réunit le Chinois Qi Hao et le Marocain Noureddine El Warari autour d’un échange photographique entre les deux pays. Des artistes marocains ont photographié la Chine ; des photographes chinois sont venus à leur tour observer le Maroc, ses paysages, sa lumière et sa vie quotidienne.
Le principe dépasse le simple échange culturel : chacun devient à la fois celui qui observe et celui qui est observé.
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Quand l’Italie passe par Tanger
L’Italie, pays invité, prolonge cette réflexion par le patrimoine et la mémoire.
Avec Massimo Listri, le regard italien se pose sur les palais des institutions italiennes à Tanger. L’architecture devient ici une archive des relations entre les deux rives de la Méditerranée. Le festival présente une sélection de ces photographies à l’occasion de la sortie du livre consacré à ce travail.
Avec Graziano Arici, changement d’époque et de décor. Bellissima replonge dans le cinéma des années 1950 et 1960 à travers ses figures féminines : Sophia Loren, Claudia Cardinale, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau ou Maria Callas. Des visages qui racontent à la fois une époque, une industrie et la fabrication de la célébrité.
Chez Priamo Tolu, l’image rencontre la musique. Entre 1983 et 1993, il photographie Miles Davis, Dizzy Gillespie, James Brown, Miriam Makeba ou Ornette Coleman. Mais plutôt que de saisir la scène dans son ensemble, il isole les visages, les silhouettes et les moments de concentration. Le concert disparaît presque ; il reste une présence.

Le Maroc regarde aussi depuis l’extérieur
L’autre déplacement majeur concerne les artistes qui travaillent depuis l’ailleurs. Le festival consacre notamment un focus à la diaspora marocaine, avec une sélection de photographes dont les parcours se construisent entre plusieurs territoires.
Cette circulation dépasse d’ailleurs le seul Maroc. Avec Cynthia Cooper, le festival ouvre aussi le regard vers les mémoires de la diaspora africaine. Dans Tombouctou, la photographe canadienne mêle photographie et techniques mixtes pour faire du paysage malien une archive de la mémoire.

Une scène marocaine qui s’affirme
Cette dynamique se prolonge avec l’appel à candidatures du festival. Vingt projets ont été sélectionnés pour être présentés à Marrakech, tandis que 35 photographes figurent parmi les finalistes. Plusieurs noms marocains apparaissent dans cette sélection, parmi lesquels Hiba Baddou, Ali Berrada, Najwa Benchebab, Said Hammouch, Yasmine Hatimi et Yasmine Laraqui.
Le festival ne se contente donc pas d’importer des regards venus d’Europe, d’Asie ou d’ailleurs. Il contribue aussi à rendre visible une génération qui produit ses propres images et ses propres récits.
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Marrakech, carrefour des images
Palais Bahia, Musée Yves Saint Laurent, Musée de l’Art culinaire marocain, Meydene, Mövenpick Marrakech : pendant quatre jours, la photographie investit des lieux très différents et fait circuler les œuvres dans la ville.
Deux siècles après son invention, la photographie n’a peut-être jamais autant compté sur celui qui tient l’appareil que sur la personne qui choisit le point de vue.
À Marrakech, du 7 au 10 octobre, les appareils seront donc braqués dans toutes les directions. Et c’est précisément ce croisement des regards qui donnera à la ville son image la plus contemporaine.
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