Moussem d’Assilah : une petite ville marocaine au cœur des grands débats

 Moussem d’Assilah : une petite ville marocaine au cœur des grands débats

Depuis 1978, les murs de la médina d’Assilah deviennent des espaces de création à ciel ouvert. Chaque édition du Moussem invite des artistes à y laisser leur empreinte.

Du 2 au 18 octobre, Assilah accueille la session d’automne de la 47e édition de son Moussem culturel international. Dans cette cité de la côte atlantique, artistes, écrivains, chercheurs et diplomates se retrouvent autour de l’Afrique, du monde arabe et de la création.

En bref

  • Le 47e Moussem culturel international d’Assilah se déroule du 2 au 18 octobre 2026.
  • Plus de 400 personnalités des mondes de la diplomatie, de la culture, des arts et des médias sont annoncées.
  • Les 2 et 3 octobre, un colloque s’intéresse aux enjeux énergétiques et hydriques en Afrique.
  • Les 5 et 6 octobre, le Moussem rend hommage à Toni Maraini, historienne de l’art et spécialiste des arts nord-africains.
  • Les 10 et 11 octobre, les débats porteront sur le monde arabe à l’horizon 2030.
  • Expositions, gravure, peinture, lithographie, littérature et poésie complètent cette session d’automne.

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Petite ville, grande histoire culturelle

Assilah est une cité balnéaire du nord-ouest du Maroc, posée sur la côte atlantique, à environ 30 kilomètres au sud de Tanger. Sa médina fortifiée, ceinturée de remparts notamment hérités de la période portugaise, est devenue indissociable de son identité artistique.

C’est donc dans cette ville que Mohamed Benaïssa, ancien ministre marocain des Affaires étrangères et figure politique et culturelle locale, et le peintre Mohamed Melehi lancent le Moussem en 1978. Leur idée : utiliser l’art et la culture pour faire vivre la cité et éviter qu’elle ne soit réduite à une simple destination touristique.

Les murs de la médina deviennent alors des espaces de création. Des artistes viennent y peindre, tandis que débats, expositions et rencontres investissent progressivement les différents lieux de la ville. Près d’un demi-siècle plus tard, cette formule reste la marque du Moussem.

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L’Afrique ouvre cette nouvelle édition

Les 2 et 3 octobre, le premier temps fort de la session porte sur une question stratégique : « Les enjeux énergétiques et hydriques en Afrique et les projets stratégiques : vers une nouvelle géopolitique ».

Eau, énergie, infrastructures : derrière ces sujets se jouent une partie des transformations économiques et géopolitiques du continent. Le Moussem les aborde avec des personnalités issues de la diplomatie, de la recherche et du monde économique.

Œuvres de Mohamed Mrabti, artiste plasticien marocain, exposées à Assilah à l’occasion de la 47e édition du Moussem culturel international.

Toni Maraini, une figure essentielle de l’art marocain

Les 5 et 6 octobre, le Moussem rend hommage à Toni Maraini, autour de son rapport à la scène des arts plastiques au Maroc.

Née à Tokyo en 1941 dans une famille italienne, Toni Maraini arrive au Maroc en 1964 et y reste plusieurs décennies. Historienne de l’art, écrivaine, poète et anthropologue, elle accompagne l’effervescence artistique du Maroc de l’après-indépendance.

Elle enseigne notamment l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca et travaille aux côtés de figures du modernisme marocain comme Farid Belkahia, Mohamed Melehi et Mohammed Chabâa. Elle contribue également aux revues Maghreb Art, Integral et Souffles.

Le monde arabe à l’horizon 2030

Les 10 et 11 octobre, place aux transformations de la région avec le colloque « Le monde arabe à l’horizon 2030 : défis, mutations et perspectives ».

Le programme s’intéresse aux changements politiques, économiques et sociaux qui traversent les sociétés arabes et à leurs perspectives pour les prochaines années. Après les enjeux africains, le Moussem élargit ainsi son regard à l’ensemble du monde arabe.

Des œuvres de Younes El Kharraz, artiste originaire d’Assilah, dont le travail est présenté dans le cadre du 47e Moussem culturel international.

Sur les murs de la médina…

La réflexion ne fait pas disparaître la vocation artistique originelle du Moussem. Cette session propose des ateliers et des rencontres autour de la gravure, de la peinture à l’huile et de la lithographie, une technique d’impression artistique, avec des artistes marocains, arabes et étrangers.

La galerie Mohamed Benaissa des beaux-arts accueillera les œuvres de Mohamed Mrabti et Younes El Kharraz, artistes plasticiens marocains.

Au Palais de la culture, une exposition photographique sera consacrée à Mohamed Benaïssa. Une exposition collective présentera également les travaux réalisés dans le cadre de « Talents du Moussem ».

La littérature prend le relais

Le Moussem accordera aussi une place à la littérature. Le 13 octobre, la Tente de la créativité accueillera une rencontre autour de l’écrivain marocain M’barek Rabi, consacrée à la question de l’authenticité de l’écrivain.

Le 15 octobre, un hommage sera consacré à l’écrivain tunisien Hassouna Mesbahi. La poésie prendra ensuite le relais avec une rencontre consacrée aux jeunes poètes du monde arabe, puis avec la 8e édition du Prix Buland Al Haidari, le 17 octobre.

Une ville qui a fait de la culture son paysage

C’est ce qui distingue Assilah. Ici, le Moussem n’est pas installé à côté de la ville : il en est devenu l’un des paysages. Les remparts, les ruelles de la médina, les galeries et les lieux de rencontre portent les traces d’une histoire artistique commencée en 1978.

Cette année encore, le programme navigue entre géopolitique, arts plastiques, littérature et poésie. Une manière, pour cette cité atlantique, de continuer à jouer un rôle culturel largement disproportionné par rapport à sa taille.

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Dans la médina, une porte peinte en bleu se détache sur un décor en trompe-l’œil qui évoque les briques et les murs de terre.
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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.