Portrait. Feriel Fodil, une nomade de la culture

Fériel Fodil, directrice de la Villa Hegra, institution culturelle franco-saoudienne installée à AlUla, en Arabie saoudite. Photo : DR
À la tête de la Villa Hegra, institution culturelle franco-saoudienne installée dans le désert d’AlUla, Feriel Fodil défend une approche de la culture fondée sur l’écoute et le dialogue. Un engagement nourri par un parcours international, d’Alger à Paris, en passant par Washington et Abou Dhabi.
En bref
- Feriel Fodil dirige la Villa Hegra, institution culturelle franco-saoudienne installée à AlUla.
- Ouverte en octobre 2025, la villa accueille des résidences artistiques, des ateliers, un cinéma et un centre dédié à la danse.
- Sa programmation privilégie le dialogue entre artistes saoudiens et internationaux.
- Son parcours l’a conduite d’Alger à Paris, Washington et Abou Dhabi, avant de rejoindre le château de Chantilly.
- À la Villa Hegra, elle défend une approche culturelle fondée sur l’écoute et le respect du patrimoine saoudien.
Des nattes de sol entièrement tissées de fleurs de jasmin et d’autres plantes traditionnellement présentes dans le trousseau de la mariée chez Reem Al Nasser. Un ventilateur dont les pales ont été remplacées par des couteaux de cuisine, dans une installation vidéo de Reem Ali. Deux œuvres, deux artistes saoudiennes et deux façons d’explorer la condition féminine.
Présentée à Asia NOW, du 20 au 24 octobre, l’exposition collective Tables Around, Six Proposals from Saudi Arabia témoigne du bouillonnement de la scène artistique saoudienne. Réunies par la Villa Hegra, ces femmes artistes invitent à regarder autrement la société d’où elles viennent.
Quinze jours à Paris, quinze à AlUla et quinze autres dans le reste du monde. La directrice de la Villa Hegra mène une vie de nomade. À la tête de cette institution culturelle franco-saoudienne, membre du réseau de résidences artistiques Viva Villa, aux côtés notamment de la Villa Médicis, Feriel Fodil défend une programmation attentive aux sensibilités locales, sans renoncer à faire émerger des voix singulières.
Comment attirer un public sans heurter les mœurs d’une société réputée conservatrice ? « J’applique une boussole fondée sur l’écoute et le respect du patrimoine millénaire saoudien », explique-t-elle. Pas question d’imposer un modèle occidental préconçu. Elle privilégie les binômes binationaux, convaincue que la confrontation des regards peut pousser les artistes à sortir de leur zone de confort.
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D’Alger à AlUla, un parcours entre culture et diplomatie
Installée dans deux maisons jumelles rénovées et ouverte en octobre 2025, Villa Hegra abrite des résidences artistiques, des ateliers gratuits, un cinéma et un centre dédié à la danse. La programmation fait la place belle à la musique, langage universel à même de susciter l’émotion au-delà des mots. Pour Feriel Fodil, l’idée est de créer des passerelles sans importer de recettes venues d’ailleurs.
Ce goût pour le collectif fait écho à l’une de ses premières passions : le basket. Adolescente à Alger, elle était devenue championne dans son pays. Une carrière professionnelle aurait pu s’ouvrir à elle, mais ses parents — un père diplomate algérien et une mère infirmière française — l’encouragent à privilégier les études. Elle garde de ces années la discipline et l’esprit d’équipe, deux atouts qui l’accompagneront le long d’un parcours où elle navigue d’un pays à l’autre et d’un univers à l’autre.
Le départ d’Algérie, en pleine décennie noire, reste gravé dans sa mémoire. « Je me souviens très bien, c’est l’assassinat des moines de Tibhirine qui nous pousse à partir. » Elle a 15 ans lorsqu’elle arrive à Versailles. Après une scolarité en arabe, elle doit rattraper son retard en français et en anglais. « On a été un peu arraché à cette jeunesse heureuse. Il a fallu travailler dix fois plus que les autres », poursuit cette bosseuse qui s’est accrochée jusqu’à intégrer une grande école de commerce, l’ESCP.
Son parcours professionnel la conduit d’abord chez PwC, à Paris, puis chez Freddie Mac, à Washington. En 2009, elle rejoint l’île de Saadiyat, à Abou Dhabi, pour participer au développement financier de ce vaste projet culturel, qui accueillera notamment le Louvre Abu Dhabi. Elle y découvre les enjeux de la genèse d’institutions et de partenariats culturels internationaux. Une expérience qui s’achève en 2014. De retour en France, elle rejoindra le château de Chantilly pendant sept ans d’abord en charge des finances puis en assurera la direction.
Loin des forêts domaniales de Chantilly et des jardins dessinés par Le Nôtre, Feriel Fodil a désormais le sable et les falaises d’AlUla pour horizon. Au cœur de ce territoire au patrimoine archéologique exceptionnel, son défi est de faire vivre la culture dans une région que les conflits n’épargnent pas.
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Vos questions sur Feriel Fodil et la Villa Hegra
Qui est Feriel Fodil ?
Feriel Fodil est la directrice de la Villa Hegra, une institution culturelle franco-saoudienne implantée à AlUla, en Arabie saoudite. Son parcours professionnel l’a menée notamment chez PwC, Freddie Mac et au château de Chantilly.
Qu’est-ce que la Villa Hegra ?
La Villa Hegra est une institution culturelle franco-saoudienne consacrée à la création contemporaine, aux résidences artistiques et au dialogue interculturel. Elle a ouvert en octobre 2025 à AlUla.
Où se trouve la Villa Hegra ?
La Villa Hegra est installée à AlUla, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, au cœur d’un territoire connu pour son patrimoine archéologique.
Quelle est la programmation de la Villa Hegra ?
La Villa propose des résidences artistiques, des ateliers gratuits, des projections de cinéma, des activités musicales et un centre dédié à la danse.
Quelle approche culturelle défend Feriel Fodil ?
Elle privilégie l’écoute, le respect du patrimoine saoudien et les collaborations binationales, afin de favoriser le dialogue entre les sensibilités locales et internationales.
