Émergences : 50 artistes font vibrer Casablanca à la Villa des Arts

 Émergences : 50 artistes font vibrer Casablanca à la Villa des Arts

Le photographe et artiste visuel ghanéen Abdulsalam Nuhu, connu sous le nom d’Elroy Salam. Son travail photographique accorde une place centrale aux individus, à leur personnalité et aux récits que portent leurs images.

Du 4 novembre au 17 décembre, le Salon Émergences réunit à Casablanca une nouvelle génération d’artistes marocains et africains. Pour sa troisième édition, il mise sur la rencontre entre création émergente, échanges professionnels et ouverture sur les scènes artistiques du continent.

En bref

  • 43 artistes sélectionnés pour l’exposition principale, parmi 120 candidatures.
  • Une représentation féminine en progression et des talents issus de 18 villes.
  • Une résidence panafricaine, un prix et des rencontres professionnelles au programme.

>> Lire aussi : Arts plastiques. 60 ans de peinture marocaine à l’épreuve du temps

Une scène artistique qui gagne en diversité

La Villa des Arts de Casablanca accueille une nouvelle génération de créateurs. Pour sa troisième édition, le Salon Émergences met en avant la diversité des pratiques et des parcours. Organisé par l’association BASMA, en partenariat avec la Fondation AL MADA, il rassemble des artistes aux univers et aux démarches singuliers.

La sélection 2026 est issue de 120 candidatures reçues en français, en arabe et en anglais. Elle compte 43 artistes, dont 20 femmes et 23 hommes. Plus de la moitié ont moins de 30 ans. Autre évolution notable : leur provenance géographique. Les participants représentent 18 villes, dont 15 au Maroc et trois à l’étranger.

La représentation féminine progresse également. Elle atteint 46,5 %, contre 36,8 % lors de la précédente édition. Ces chiffres traduisent un élargissement du vivier de la création émergente et une présence plus équilibrée des femmes dans la sélection.

De la visibilité à l’accompagnement

Exposer ne suffit pas toujours à faire connaître un artiste. Encore faut-il pouvoir rencontrer des galeristes, des commissaires d’exposition, des collectionneurs et d’autres acteurs du secteur.

C’est sur cette dimension professionnelle que le Salon entend agir. Au-delà des œuvres présentées, sa programmation prévoit des ateliers, des conférences, des masterclasses et des rencontres ouvertes au public. L’objectif est de rapprocher les créateurs des professionnels susceptibles de soutenir leur travail et d’en favoriser la diffusion.

Le Prix AL MADA – Émergence, créé en 2025 par BASMA et la Fondation AL MADA, s’inscrit dans cette démarche. Il distingue trois artistes parmi les participants et apporte une reconnaissance supplémentaire à des démarches encore en construction.

Soukaina Bouali, artiste autodidacte basée à Casablanca, développe un travail autour de la fibre et de l’art textile. Son œuvre primée, Tenant, est un vêtement crocheté qui associe laine brute filée à la main et argile.

 

À Rabat, l’exposition « Trilogy One » prolonge cette initiative. Elle réunit les trois lauréats de 2025 : Karim Largou, Soukaina Bouali et Mehdi Ait El Mallali. Leurs univers s’y croisent à travers la peinture, le textile et la photographie.

Une fenêtre ouverte sur les scènes africaines

L’ouverture continentale constitue l’autre volet marquant de cette édition. La résidence panafricaine ToCasa accueille quatre artistes venus d’Éthiopie, du Ghana, de Côte d’Ivoire et du Nigeria.

Ashenafe Mestika, artiste plasticien éthiopien, nous invite à découvrir un univers artistique profondément humain.

 

L’artiste ivoirien Koffi Doubbin Jonas transforme des bouteilles et des fragments de verre récupérés dans les rues en matière picturale.

 

Ashenafe Mestika Negash explore la fragilité humaine. Le Ghanéen Abdulsalam Nuhu, connu sous le nom d’Elroy Salam, travaille sur l’identité, la spiritualité et la santé mentale. L’Ivoirien Koffi Doubbin Jonas intègre des fragments de verre récupérés dans les rues à sa pratique picturale. Le Nigérian Oluwatobiloba Moses Fasalejo développe, quant à lui, une peinture intimiste autour de la présence et de l’absence dans l’espace domestique.

Sélectionnés parmi 80 candidatures venues du continent, ces artistes ont bénéficié d’une résidence à Casablanca. Leurs travaux rejoignent la programmation du Salon. Une confrontation de sensibilités et de regards qui ouvre la scène marocaine à d’autres expressions contemporaines africaines.

À travers cette troisième édition, Émergences défend une ambition qui dépasse le temps d’un accrochage. Faire découvrir de nouveaux talents, certes, mais aussi leur donner accès à des réseaux, à des espaces de rencontre et à des perspectives de diffusion. Car une scène artistique ne se construit pas seulement avec des œuvres exposées, mais avec des artistes qui, peu à peu, trouvent leur place et imposent leur regard.

Le peintre nigérian Oluwatobiloba Moses Fasalejo explore la présence et l’absence dans l’espace domestique. Une peinture intimiste qui prend pour territoire les scènes de la vie quotidienne.

 

Avatar photo

Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.