À Toul, le projet de statue du général Bigeard suscite la polémique

 À Toul, le projet de statue du général Bigeard suscite la polémique

Résistant sous l’occupation et vétéran d’Indochine, le Général Bigeard est soupçonné d’avoir pratiqué la torture en Algérie. Photo Ministère des Armées

La petite commune de Toul en Meurthe-et-Moselle est le théâtre d’une vive controverse autour du projet d’installation d’une statue en l’honneur du général Marcel Bigeard. Celui qui a connu son heure de gloire en Indochine, mais également accusé de torture en Algérie divise profondément la communauté locale, mettant en lumière les débats sensibles sur l’héritage controversé du célèbre militaire français.

Toul, une petite commune paisible de Meurthe-et-Moselle, se retrouve au cœur d’une polémique en raison de la volonté de la commune d’installer une statue en bronze du général Marcel Bigeard. L’installation doit avoir lieu le 18 juin, date d’anniversaire du militaire. Mais, une partie des habitants et plusieurs collectifs entendent l’empêcher.

Marcel Bigeard, né à Toul et décédé en 2010, est à la fois un militaire de renom et une figure controversée de l’histoire française. Ancien résistant de la Seconde Guerre mondiale et vétéran de la Guerre d’Indochine, le général Bigeard est surtout connu pour son rôle central dans la répression brutale des nationalistes algériens lors de la « bataille d’Alger » (1956-1957), en tant que chef du 3e Régiment des chasseurs parachutistes.

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Son implication présumée dans des actes de torture et d’exécutions sommaires pendant les guerres coloniales en Algérie et en Indochine a suscité de vives critiques. L’enquête sur l’assassinat du militant Maurice Audin en juin 1957 a en effet révélé que le jeune résistant pro Algérie libre a été torturé et tué par les hommes du lieutenant Charbonnier, sous les ordres du général Massu et du colonel Bigeard. Mais, aucune enquête officielle n’a condamné les officiers supérieurs en question.

 

Au cœur de la machine répressive contre les Algériens et les Vietnamiens

Le projet de statue, financé par la Fondation Général-Bigeard et approuvé par la municipalité, a déclenché une opposition farouche de la part de certains résidents, notamment du collectif Histoire et mémoire dans le respect des droits humains. Pour eux, ériger une statue en l’honneur d’une figure associée à la torture et à la répression coloniale serait une insulte aux valeurs de tolérance et de solidarité de la ville de Toul.

Toutefois, le maire de Toul, Alde Harmand, soutient fermement le projet, arguant que Marcel Bigeard est un enfant de la ville et qu’il n’appartient pas à la collectivité de porter un jugement sur son passé. Malgré les protestations, la municipalité maintient sa décision et prévoit toujours d’installer la statue à proximité du monument aux morts.

Les opposants critiquent également les justifications du maire, soulignant que la participation de Bigeard à la torture n’a peut-être jamais été officiellement condamnée, mais reste un sujet de débat et de controverse. Ils rappellent également que ce n’est pas la première fois que des projets en lien avec Marcel Bigeard suscitent des contestations, soulignant ainsi le caractère sensible de cette question.

Rached Cherif