Avec son seul-en-scène, Smaïl Chertouk raconte une autre Algérie

 Avec son seul-en-scène, Smaïl Chertouk raconte une autre Algérie

Sur scène au Théâtre Le République, Smaïl Chertouk incarne L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes ! : un seul-en-scène vibrant, entre humour, mémoire et transmission, où l’Algérie se raconte debout, plurielle et vivante, les 29 mars, 26 avril, 24 mai et 28 juin 2026. Photo : DR

Comment raconter un pays sans le réduire à une caricature ? Comment transformer un livre en moment collectif, vibrant, presque physique ? Le 29 mars à 17h15, au Théâtre Le République, Smaïl Chertouk revient sur scène avec L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes !, adaptation incarnée de son livre publié il y a deux ans. Après un premier succès le 8 février devant 300 spectateurs, le spectacle s’installe désormais une fois par mois jusqu’en juin.

 

Consultant en innovation, scientifique de formation, auteur de sept ouvrages, rien ne prédestinait cet homme de réflexion aux exigences du seul-en-scène. Et pourtant… À force de rencontres autour de son livre, il a compris que son texte appelait la scène. Que l’Algérie devait se dire debout.

 

LCDL : Pourquoi passer du livre à la scène ?

Smaïl Chertouk : À chaque rencontre, ça dépassait le cadre prévu. Les débats s’animaient, les souvenirs affluaient, les rires fusaient. On me disait : “On passe un super moment.”

J’ai compris que le livre avait une énergie scénique.
Mais il était hors de question de faire une simple lecture. J’ai réécrit, restructuré, rythmé. La scène impose sa propre dramaturgie. C’est devenu une œuvre autonome.

Rien ne vous destinait au stand-up…

Rien du tout. Je viens du monde scientifique, des conférences construites, des raisonnements balisés. Sur scène, tout est plus exposé. Il faut tenir un rythme, apprivoiser les silences, sentir les respirations du public. C’est engageant, presque physique.
Mais cette fragilité donne une liberté immense.

Je n’aurais jamais franchi le pas sans le Théâtre Le République, qui a parié sur moi dès le début. Cette confiance change tout. Le comédien algérien Niddal Mellouhi m’a aidé à travailler la mise en scène, à trouver le bon rythme, la bonne posture. Et puis il y a les partenaires qui soutiennent le spectacle : le Collectif Day Z, le média Dzdia et la Librairie Aïcha. Un seul-en-scène, oui. Mais un projet collectif.

Comment avez-vous vécu la première représentation ?

Une semaine avant, seul dans la salle vide, j’ai mesuré le risque. Là, le trac est arrivé.
Le 8 février, trente minutes avant d’entrer en scène : trou noir. Plus rien. Puis j’ai avancé. La salle était pleine. L’accueil, d’une chaleur inattendue.

Une fois sur scène, quelque chose bascule. Je ne suis plus dans la performance, je suis dans la transmission. Le sujet me dépasse. L’Algérie me porte.

Pourquoi ce spectacle aujourd’hui ?

Parce que l’Algérie reste méconnue. On la regarde à travers des filtres médiatiques, souvent réducteurs. Je voulais en montrer la richesse culturelle, les paradoxes, l’humour, les tensions aussi.

Si le spectacle ouvre une brèche, s’il suscite la curiosité ou nuance un regard, alors il a rempli sa mission.

Le contexte politique joue-t-il un rôle dans l’engouement ?

Oui. Certaines prises de position en France — celles de Bruno Retailleau, Éric Zemmour ou Jordan Bardella — ont ravivé des tensions. Mais elles ont aussi réveillé une fierté.

À une forme d’algérophobie répond aujourd’hui une algérophilie assumée. Je ressens un besoin fort : reprendre le récit, raconter notre histoire par nous-mêmes. Le spectacle s’inscrit dans cet élan.

Pourquoi mêler plusieurs langues sur scène ?

Parce que c’est la réalité algérienne. Le français, le kabyle, l’arabe littéraire, la darija. Chaque langue porte une mémoire, une musicalité, une émotion particulière.
Raconter l’Algérie dans une seule langue aurait été la trahir.

Que souhaitez-vous laisser au public ?

Du rire, d’abord. De l’émotion, ensuite.
Et surtout une envie : découvrir l’Algérie autrement.
Si quelqu’un sort en se disant : “Je veux aller voir par moi-même”, alors le pari est gagné.

 

Dates : 29 mars – 26 avril – 24 mai – 28 juin 2026

Lieu : Théâtre Le République

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.