« Les rôles qu’on me propose sont parfois malheureusement limités », Rabah Naït Oufella, acteur

 « Les rôles qu’on me propose sont parfois malheureusement limités », Rabah Naït Oufella, acteur

En bas à droite : Rabah Naït Oufella


A 26 ans, Rabah Naït Oufella ne cesse d’avancer dans sa carrière d’acteur. Il a décroché le premier rôle dans « Meltem », le film de Basile Doganis, actuellement dans les salles. « Meltem » raconte l'histoire de trois jeunes français en vacances en Grèce. Sur place, ils rencontrent un jeune réfugié syrien. Une rencontre qui va tout changer.


Comment s'est passé le tournage de Meltem ? 


C’était assez exceptionnel ! Difficile de se plaindre quand les conditions de tournages sont telles : nous avons tourné ce film sur la superbe île de Lesbos en Grèce. Toute l’équipe était incroyablement enthousiaste et généreuse, tellement motivée à  l'idée de participer à ce projet. Les journées passaient même trop vite ! Il y avait une telle cohésion au sein de l'équipe que j'avais l'impression que nous fonctionnions comme une seule personne.


Les seuls moments compliqués étaient dus aux conditions météorologiques parfois difficiles. Le meltem  (NDLR : le vent des cyclades) nous a même fait changer la scène finale mais tout va bien puisque je préfère ce choix au choix initial.


Quelques scènes en bateau étaient aussi compliquées à cause de ce vent étésien. Sinon, je retiens aussi de ce tournage les scènes que nous avons tournées avec de vrais réfugiés. Certains m'ont raconté un bout de leur histoire. J'ai eu du mal a contenir mes larmes. C'est un souvenir qui marquera ma mémoire à vie.


Ça fait quelques années que vous tournez dans des films et vous commencez enfin à avoir des premiers rôles. Est-ce difficile pour un acteur d'origine maghrébine de "percer" dans le milieu ? Est-ce qu'on vous propose toujours les mêmes rôles, ou les choses commencent enfin à bouger ?


Le premier film dans lequel j'ai joué date de 2008.  Cela fait donc 11ans que je participe à des tournages. Ce sont, ce qu’on appelle « des petits rôles ».  Je ne pense pas qu'il y a de petits ou de gros rôles : il y a juste des rôles interessants…ou pas. Quand je lis un scénario, je fonctionne au coup de coeur.


Ceci dit, oui en tant que Français d'origine maghrébine, les rôles qu’on me propose sont parfois malheureusement limités. C’est la même chose quand on est asiatique, noir(e), de petite taille, ou de forte corpulence. J'essaie de ne pas tomber dans ce piège en privilégiant à chaque fois que je  peux des rôles où on ne m'attend pas. Cela a été le cas dans « Grave », où j’interprète un étudiant gay en école vétérinaire. 


Heureusement qu’il arrive parfois que certaines réalisatrices ou réalisateurs ont l'intelligence de dépasser une apparence et offrir de beaux rôles à leurs comédiens. Je ne me victimise pas mais je n'ai pas envie de faire l'arabe de service non plus. Si certaines personnes créent des clichés, c'est qu'ils trouvent des personnes pour les interpréter. Il ne faut pas tout accepter. Le plus important et difficile, c'est de faire les bons choix.  




Qui vous a donné envie de faire ce métier ?


A 14 ans, le réalisateur de « Entre Les Murs » (NDLR : palme d'or au festival de Cannes en 2008) me propose un rôle dans son film. J'accepte pour l’expérience et aussi parce que c’est payé !, sans me douter du succès qu’allait avoir ce film.


De fil en aiguille, j’ai rencontré des gens qui m'en ont présenté d’autres,  etc. Aujourd’hui, c’est mon métier principal. Le déclic a eu lieu après avoir été choisi par Bertrand Bonello  dans son film Nocturama.  


Quels sont vos nouveaux projets ?


J’ai terminé il y a quelques jours le tournage « d’Ibrahim », le premier long métrage de Samir Guesmi. Il devrait sortir courant 2020, en attendant d’autres projets cinématographiques.

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.