Ancien de l’ONB, Aziz Sahmaoui se souvient d’Idir

 Ancien de l’ONB, Aziz Sahmaoui se souvient d’Idir

Crédit photo : Manuel Lagos Cid


Avant de créer son groupe University of Gnawa, le chanteur et compositeur marocain Aziz Sahmaoui a co-fondé le groupe l’Orchestre National de Barbès (ONB), connu pour ses hits Poulina, Soudani ou Alaoui. Il se remémore son enregistrement de Tiwizi 2 et le concert avec la légende berbère à l'Olympia. Il garde aussi en tête un poète qui a été capable de « nourrir l’âme » et d’une « fragilité qui nous soigne »


Que représente, selon vous, Idir ?


Si Fayrouz est la voix des arabes, Idir est pour moi, la voix des berbères et des maghrébins. Tout le monde connaît Idir. Sa musique a révolutionné notre culture. C’est un lien entre notre tradition musicale et sociale au vu des causes qu’il défend comme les femmes, la tradition. Son élan avant-gardiste a tracé ce pont d’amour entre les cultures qui fait que tout le monde l’aime.


 


Quand et comment l’avez vous connu ?


Je l’ai connu comme chanteur. Dans le cadre de notre groupe de l’Orchestre National de Barbès, il nous avait invité à enregistrer un morceau. Nous sommes au Studio. On arrive au refrain de la chanson Tiwizi. Il pensait que nous allions marmonner. Je lui ai dit que nous voulions le chanter avec lui en berbère. Il était ravi. C’est comme ça que notre échange musical, culturel et humain a commencé. Il en a gardé comme nous un souvenir intarissable. Par la suite, nous avons chanté avec lui à l’Olympia. Le morceau a tellement marché qu’on l’a rejoué une deuxième fois.


 


Vous avez en commun la poésie et la volonté de transmission du patrimoine culturel traditionnel…


Oui, Idir était un poète. Il parle de sa maman qui était aussi dans la poésie. Il évoquait souvent les images qu’elle a pu lui transmettre, les anciens et toute cette culture berbère. Quand il chante les oliviers, la terre, la femme, on sentait un être épris de bon sens. Il faisait partie de ceux qui nourrissent l’esprit, l’âme et notre société. On a besoin de ce genre d’hommes. « L’autre » était important pour lui. Il donnait du temps aux gens. Après un concert, il allait rencontrer ses fans, discuter avec eux pendant des heures. C’était un être pétri d’amour. C’est une fragilité qui soigne. Il donnait du sens à ce qu’il faisait. Il était capable d’embellir et de vous rendre fort et à croire en nous.


 


Au niveau du patrimoine musical et culturel, qu’est ce qu’on va retenir d’Idir ?


C’est ce qui est magique avec Idir et ses chansons. On part de ce patrimoine humain, berbère qui s’étend au Maghreb, au monde arabe, en Europe et bien au delà. C’est un artiste qui a pu réunir les gens, c’est à dire réunir les berbères et les arabes. Les Maghrébins chantent les chansons d’Idir. Les Arabes également. Qui ne connaît pas A Vava Inouva ? Elle a été traduite dans de nombreuses langues. Ce qui est beau, c’est que sans être berbère, tu adhères. Tu t’enrichis par cette mélodie, par ces chants. Même quand on ne comprend pas, et c’est là la magie de cette musique et de ce patrimoine, c’est qu’elle transcende son particularisme pour réunir les gens et donner de la force à l’être humain. Il en ressort l’importance de la vie et de l’instant.


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Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).