L’IMA nous fait découvrir les “Trésors de l’Islam en Afrique”

 L’IMA nous fait découvrir les “Trésors de l’Islam en Afrique”

Exposition “Trésors de l’Islam en Afrique” – Institut du Monde Arabe


Présentée à l’Institut du monde arabe (IMA) jusqu’au 30 juillet, l’exposition “Trésors de l’islam en Afrique” vous embarque pour l’expérience unique d’une traversée historique et passionnante de treize siècles d’échanges culturels et spirituels.


Il s’agit là d’un sujet inédit, rarement traité avant. Il est d’autant plus pertinent de faire une exposition sur l’islam en Afrique dans un contexte actuel qui vient tâcher l’image de la religion musulmane. Cette exposition a pour but de contredire “ces événements qui viennent détruire des traditions beaucoup plus anciennes d’un islam qui a été au contraire ouvert et tolérant” nous explique Nala Aloudat, co-commissaire de l’exposition, “et c’est important pour nous aujourd’hui de montrer que ce qui a fait la force de ces cultures là c’est leur ouverture.”


Du Maroc au Sénégal en passant par l’Ethiopie, le Kenya et bien d’autres pays, l’IMA nous offre un panorama de la richesse des échanges culturels et spirituels entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabo-musulman.


Treize siècles d’histoire nous sont racontés à travers l’exposition de 300 pièces archéologiques, photographies, peintures mais aussi boubous, amulettes, cuirs, bijoux … Quoi de mieux qu’un mélange de pièces historiques rares et de créations artistiques contemporaines pour mieux montrer la diversité et la richesse de ces cultures.


Le voyage débute au VIIIe siècle. Dans cette première partie vous aurez l’occasion de découvrir comment l’islam s’est propagé par le biais des commerçants et comment celui ci est devenu par la suite un moyen de s’insérer dans un réseau mondialisé. Plus que ça, l’islam devient le symbole d’une forte position sociale.


Contrairement à ce qu’on a longtemps voulu croire, l’Afrique subsaharienne ne se résume pas à l’oralité” affirme Nala Aloudat. Dès le XVIe siècle, des manuscrits circulent sur le continent et de grands centres d'enseignement émergent comme Kano au Nigeria, Harar en Ethiopie, ou encore Djenné et Tombouctou au Mali. Une collection assez rarement présentée des fameux manuscrits de Tombouctou est d’ailleurs exposée à l’IMA. Un trésor qu’on aurait pu ne jamais voir, et pour cause, la ville est sous l’emprise des djihadistes. A ce sujet, vous pourrez également regarder un petit documentaire qui raconte comment en 2012, certains ont pris le risque de les exfiltrer dans le plus grand secret vers Bamako.


Le sujet très sensible du djihad est aussi abordé avec une grande pédagogie. “Sous la pression coloniale l’islam est vu comme un moyen de s’unir… Le djihad était un moyen de résistance à la colonisation” nous explique Nala devant une vitrine où l’on peut voir des lances et des armes de l’époque. Toujours avec cette approche d’art contemporain on peut voir la différence entre le djihad historique et celui d’aujourd’hui, à travers l’exposition de trois photos de l’artiste sénégalais Aboubacar Traoré, qui remplace la tête de jeunes  recrues djihadistes par des boules noires, pour symboliser le néant intellectuel et le non-sens de l’idéologie terroriste.


La visite se poursuit, on plonge dans une ambiance culturelle peu connue, qui témoigne d’une véritable identité musulmane africaine. On pourra d’ailleurs observer dans cet espace, des vidéos de différents rituels de cérémonies, notamment féminines, des masques de bois ou des amulettes qui traduisent les frontières très fines avec le magique et le surnaturel.


“Au delà de la religion on voulait montrer l’art et l’artisanat propre aux cultures musulmanes subsahariennes” nous précise Nala Aloudat. On découvre dans cette dernière partie l’influence de l’islam sur les savoirs-faires artisanaux avec d’incroyables boubous brodés, des bijoux, des tapisseries et autres, qui témoignent de la créativité des artisans musulmans.


L’exposition “ Trésors de l’islam en Afrique” porte bien son nom. “Ce qu’on appelle trésor, on l’appelle comme ça parce qu’on n’a pas assez d'éléments pour l’expliquer dans le cadre de l’histoire, ce sont des choses que l’on découvre et qui n’ont pas été assez étudiées” affirme Nala, s’inspirant d’une citation de François-Xavier Fauvelle, historien et archéologue français spécialiste de l’Afrique. C’est sur cette idée là que l’exposition s’est faite, à travers l’exposition “de choses peu étudiées et apparaissent comme des trésors parce qu’elle sont nouvelles aux yeux du public”.


Au croisement de l’art et de l’histoire, mêlant art traditionnel, architecture, créations contemporaines mais aussi tout un patrimoine immatériel, l’exposition “ Trésors de l’islam en Afrique” est intéressante et étonnante. Plus de 1 000 mètres carrés, et 300 œuvres qui témoignent de l’immense créativité au travers de laquelle l’islam s’est développé. Une exposition qui nous enrichit autant qu’elle nous interroge.


Emna Guizani

Emna Guizani