Dossier du Courrier.Ismaël Khelifa : "L'éducation est essentielle pour que ça change"

crédit photo : Rebekka Deubner

Dans un récent ouvrage, le journaliste, réalisateur et aventurier a recueilli la parole d’hommes hétérosexuels, afin d’interroger les remous autour de la masculinité.

Selon vous, les hommes ont-ils changé ?

J’ai passé beaucoup de temps avec des aventuriers qui sont l’archétype de l’homme du passé. Cette représentation caricaturale de la virilité repose sur une organisation sociale du pouvoir devenue obsolète, qui tourne uniquement autour des hommes, les femmes étant condamnées à une fonction subalterne. Certains pensent d’ailleurs qu’on a inventé l’instinct maternel pour glorifier leur rôle. Autrefois, les responsabilités étaient clairement définies, y compris par la loi. C’est fini. Aujourd’hui, les hommes ne sont plus obligés de se conformer à une virilité archaïque. Nos générations d’hommes occidentaux vivent des évolutions profondes, avec les femmes, au travail, etc. Je le constate autour de moi : copains, collègues, tous s’interrogent. Il y a une vraie remise en question.

Comment envisagez-vous ces changements ?

A partir du moment où les femmes peuvent s’assumer en toute liberté et être l’égal des hommes, je ne vois pas en quoi le changement serait une régression pour eux. Au final, ils y gagneront aussi. Comme les femmes, ils souffrent d’être enfermés dans un rôle, ­le leur étant fondé sur la performance. La pression pourra enfin baisser.

Comment faire évoluer les mentalités ?

En tant qu’homme, on doit arrêter de jouer le jeu des misogynes. On a la responsabilité d’agir quand certains dépassent les bornes. Si un collègue se comporte mal, nous devons le signaler. Il faut aussi et surtout ­arrêter de conditionner les petits garçons à devenir une caricature. L’éducation est essentielle pour que ça change. Partager les tâches dans le couple, témoigner de l’amour à ses enfants n’empêche nullement d’être un homme. Tout cela nous oblige à nous redéfinir. Néanmoins, l’image du mâle surpuissant attise encore les fantasmes. C’est plus simple de se dire que chaque sexe a un rôle attribué que d’accepter la complexité. L’émancipation des individus, hommes et femmes, est un sacré enjeu !

MÂLES D’HIER, HOMMES D’AUJOURD’HUI d’Ismaël Khelifa, éd. Seuil (avril 2018), 144 p., 17 €.

Voir aussi : 

La virilité est morte, vive la virilité !

Papa, qui t’es ?

La drague change de genre

« Nous ne sommes pas ceux que vous croyez »

A la recherche d’une nouvelle masculinité

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