Dossier du Courrier.Ménage, à deux c'est mieux

crédit photo : Michèle Constantini/Altopress/AFP

Il existe des couples au sein desquels les tâches domestiques sont préalablement définies. D’autres, plus flexibles, qui naviguent à vue. Si l’entraide est vitale pour bien s’entendre, chacun a son mode d’emploi. Des femmes témoignent (leurs compagnons, eux, ont préféré s’abstenir...). 

L’identification et la planification des tâches domestiques et parentales encombre particulièrement le ­cerveau des femmes. C’est ce qu’a démontré une bande dessinée (Fallait demander, de la dessinatrice et blogueuse Emma), qui a récemment connu un franc succès sur la Toile. Cette répartition inégalitaire de la charge mentale entre les deux sexes n’étonnera que ceux qui feignent d’ignorer qu’elle découle du désé­quilibre dans l’exécution des dites tâches.

Epuisée, jusqu’à la dépression

Une étude de l’Insee d’octobre 2015 estime en effet que 69,8 % des corvées ménagères sont effectuées par les femmes, ce qui les monopolise durant 3 h 28 par jour, (1 h 30 pour les hommes), et ce ­au détriment de leur carrière, d’un engagement citoyen ou de leur temps libre.

“Préparer le goûter pour l’école, acheter un cadeau pour l’anniversaire d’un petit camarade, mettre un mot dans le cahier de correspondance, penser à rendre les livres à la bibliothèque, réfléchir au menu, faire les courses, le ­ménage… j’ai l’impression que mon cerveau est sans cesse occupé à compiler les listes des tâches, que je sois en train de les exécuter ou pas”, explique Nabila, femme au foyer et mère de jumeaux, qui gère seule quasi tout ce qui ­relève de l’intendance du foyer et de l’éducation des enfants. Son mari, seul à travailler à temps plein, s’estime dispensé de toute contribution au bon fonctionnement du foyer au prétexte de faire bouillir la marmite. Epuisée par ce travail non-stop et non rémunéré, cette trentenaire a fini par traverser un épisode dépressif. “Il a fallu que je sois hospitalisée pour que mon époux se rende compte de l’ampleur de ce que j’accomplissais au quotidien. Depuis, il s’est mis à m’aider”, sourit-elle.

Aider est un mot qui fait pourtant rugir nombre de femmes, dont Karima… “Je ne supporte pas qu’on utilise ce terme, qui sous-entend que c’est moi qui devrait tout assumer au prétexte que je suis une femme et que j’ai enfanté. Je refuse de dire que mon compagnon m’aide. Il fait son ­devoir. Ce n’est pas un service qu’il me rend. Je dois préciser qu’il ne le fait pas spontanément. Je suis obligée de le sol­liciter. Il attend que j’exige de lui et je n’aime pas cette position qui me donne l’impression d’être sa mère. Il s’occupe des courses et des poubelles, mais, pour tout le reste, je dois demander, et ça dégénère souvent. Pourtant, mon compagnon n’est pas un macho, loin de là. Je me rends compte qu’il faudrait définir clairement les tâches de chacun, mais nous manquons de discipline”, déplore cette maman de deux enfants qui travaille à son compte.

Moins de disputes, plus d’intimité

Effectivement, la mauvaise répartition des tâches ­ménagères est la première cause de dispute dans le couple. Parce que des miettes qui restent immuablement sur une table ou une poubelle qui déborde désespérément peuvent nourrir des sentiments d’injustice et une rancœur de nature à mettre un ménage en péril. Selon Gleeden, site de rencontres extraconjugales, 73 % des femmes qui ont trompé leur conjoint invoquent sa faible implication dans les tâches du quo­tidien. Ce chiffre provient d’un sondage réalisé en ­novembre 2016 auprès de 10 081 femmes. Une autre étude, émanant de l’université d’Alberta, au Canada, révèle que les hommes qui mettent la main à la pâte ont une vie sexuelle plus épanouie. Et si le secret des couples qui durent résidait dans une répartition plus équitable des corvées domestiques et parentales ? 

TÉMOIGNAGE :

Sonia, 35 ans, mariée et mère de deux enfants : “Mon cerveau ne s’arrête jamais !”

“Dans mon couple, nous sommes loin de l’égalité dans la gestion et l’organisation des tâches ménagères et parentales. Je dois tout prévoir, de la liste des courses pour élaborer les menus à leur réalisation. Mon mari ne s’occupe que de l’achat des produits et des aliments nécessaires. Je suis aussi en charge de la relation avec la nounou des enfants et de toute la communication et autres imprévus la concernant, comme ses absences. Idem pour la femme de ménage. J’ai l’entière responsabilité de la dénicher, de la recruter, de la briefer et éventuellement de la remplacer.

Au quotidien, en plus des repas, je prépare la veille les vêtements de nos deux enfants que je renouvelle en anticipant à l’occasion des soldes. Ma charge mentale est en permanence activée, que je sois ou non en train d’exécuter une des tâches qui m’incombent. Par ailleurs, c’est moi qui ai attribué à mon mari la majorité de celles qu’il réalise : les courses, la gestion du linge (lavage, séchage, pliage) et les poubelles.

Je dois reconnaître qu’il s’occupe de tout le volet administratif parce que je refuse catégoriquement de m’y coller. La seule façon que j’ai trouvée pour le faire participer à l’intendance du foyer, c’est de lui assigner des tâches définies au préalable, et de manière définitive, afin d’éviter de devoir lui répéter au quotidien, ce qui serait désagréable pour nous deux. Tout ce qui relève des événements ponctuels (rendez-vous médicaux et planification des vacances, achats des billets et réservation) n’est pris en charge par lui qu’à ma demande.

J’ai conscience que celui-ci a une volonté certaine de s’investir pleinement dans la vie de nos enfants. Ainsi, il a fait le choix de travailler tard tous les soirs pour pouvoir s’occuper d’eux le mercredi et les conduire à leurs activités. Une victoire pour moi, certes… à condition bien sûr que le kimono de karaté de notre fils soit lavé...

Mon cerveau ne s’arrête jamais de lister les choses à faire. Même quand je suis couchée, il m’arrive de penser à ce qui m’attend le lendemain. Est-ce que la tenue de danse est propre ? Les affaires de piscine sont-elles prêtes ? Le cahier de correspondance a-t-il été signé ? Les devoirs ont-ils été vérifiés ?

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