« En tuant Shireen Abu Akleh, Israël envoie un message aux journalistes », Walid Batrawi

 « En tuant Shireen Abu Akleh, Israël envoie un message aux journalistes », Walid Batrawi

Obsèques de la journaliste palestinienne d’Al-Jazeera Shireen Abu Akleh, abattue par l’armée israélienne alors qu’elle couvrait un raid sur le camp de réfugiés de Jénine en Cisjordanie occupée, le 11 mai 2022. JAAFAR ASHTIYEH / AFP JAAFA

Walid Batrawi a été longtemps journaliste en Palestine. Il participe en ce moment à la 15ème édition des Assises internationales du journalisme qui ont lieu à Tours. Il forme aujourd’hui des journalistes.

Walid Batrawi a notamment travaillé pour la BBC, mais aussi pour Al-Jazeera. C’est là qu’il a connu Shireen Abu Akleh. Cette journaliste de 51 ans, correspondante pour la chaine qatarie a été abattue d’une balle dans la tête par l’armée israélienne, dans la nuit de mardi à mercredi, alors qu’elle couvrait des heurts entre des Palestiniens et l’armée israélienne. Entretien.

Vous avez travaillé avec Shireen Abu Akleh …

Effectivement. Je l’ai connue en 2006. Nous avons travaillé pendant plus d’un an et demi ensemble à Al-Jazzeera. Je la voyais tous les jours. Nous étions dans le même bureau à Ramallah.

Comment était-elle ?

C’était la gentillesse incarnée. D’une grande humanité. Très sympa et tout le monde l’aimait. Elle était aussi très drôle. Mais le plus important, c’est qu’elle était courageuse et très intègre. C’était une grande professionnelle. Elle allait partout, ne refusait jamais de couvrir un événement. C’était une grande femme.

Sa mort a provoqué un vif émoi en Palestine …

Oui. A la hauteur de ce qu’elle représentait en Palestine. Elle était la plus célèbre et respectée des journalistes palestiniennes. Shireen Abu Akleh était la voix de la Palestine. Après la mort de Yasser Arafat, ce sont les plus grosses funérailles qu’a connues la Palestine. Aujourd’hui, Jénine, Ramallah et Naplouse lui ont rendu hommage. Et demain, il y aura ses funérailles nationales à Ramallah, avec la présence du président palestinien.

Sa mort vous a-t-elle surpris ?

Je suis d’abord très choqué. Je n’arrive toujours pas croire qu’elle est partie, mais je ne suis pas surpris. Chaque journaliste qui couvre un conflit peut être tué. Et Shireen connaissait les risques. En Palestine, j’ai déjà été confronté à des situations très dangereuses avec l’armée israélienne.

Pour vous, c’est définitif : Shireen Abu Akleh a été tuée par l’armée israélienne ?

Oui. En regardant la vidéo, il ne fait aucun doute. Il n’y a pas de tirs croisés. L’armée israélienne lui a tiré dessus de manière délibérée.

Pourquoi selon vous, l’armée israélienne aurait eu intérêt à tuer Shireen Abu Akleh ?

Tous les journalistes palestiniens sont en danger. En la tuant, Israël envoie un message aux journalistes : en couvrant l’occupation et la colonisation de la Palestine, vous prenez le risque de mourir.

La journaliste d’Al-Jazeera Shireen Abu Akleh tuée d’une balle dans la tête par l’armée israélienne

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.