Le maire de Stains devant le tribunal pour sa banderole en soutien à Marwan Barghouti, « le Mandela palestinien »

 Le maire de Stains devant le tribunal pour sa banderole en soutien à Marwan Barghouti, « le Mandela palestinien »

Banderole en soutien à Marwan Barghouti


 


Depuis 2009, une banderole en soutien à Marwan Barghouti, surnommé « le Mandela palestinien », est installée sur le fronton de la mairie de Stains (93), sans qu’aucun habitant de cette banlieue située au nord de Paris, voisine de Saint-Denis n'y trouve à redire. « Au contraire, les gens sont plutôt contents de voir que la municipalité affiche son soutien à ce prisonnier politique, injustement incarcéré en Israël depuis 2002 », indique-t-on dans l’entourage du maire. 


 


Depuis, les choses se sont légèrement compliquées pour la ville de Stains et son maire communiste. Suite à la requête du Préfet de Seine-Saint-Denis qui demande à la ville de retirer la banderole, Azzedine Taïbi, l'édile est convoqué à 11h ce lundi 21 mars devant le tribunal administratif de Montreuil.  



Tout a commencé en 2014. Julien Mugerin, chef de l'opposition municipale, décide d’intervenir auprès du préfet de Seine-Saint-Denis pour lui demander la désinstallation de la banderole. « La prise de position de la ville constitue un frein pour le vivre-ensembleà Stains, si fragile dans une ville aussi riche de diversité : en important le conflit israélo-palestinien sur le territoire », se justifie alors l'élu UMP. Ce dernier estime que l’affichage de cette banderole est de nature à alimenter « une montée en puissance de l'antisémitisme et du communautarisme présents à Stains ».


Sans surprise, Julien Mugerin obtient gain de cause le 1er juin 2015. Sur son blog, il indique, ravi, que la sous-préfète de Seine-Saint-Denis a interpellé le maire de Stains, afin de lui « rappeler que le soutien à Monsieur Marwan Barghouti ne correspond à aucun intérêt local et qu’il est susceptible de porter atteinte à l’ordre public ».


La ville de Stains est donc sommée par le préfet d’enlever la banderole. « Parce que nous croyons en la liberté d’expression, nous avons décidé de ne rien lâcher », précise l’entourage du maire. « Nous sommes en désaccord sur le fait qu’afficher fièrement sur le fronton de l'Hôtel de ville les valeurs de paix et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ne serait pas dans l'intérêt des Stanois, et constituerait donc un trouble à l'ordre public », rappelle la municipalité. « De toute façon, pour certains, toute critique de la politique israélienne s’apparente à de l’antisémitisme. C’est absurde. Quand on critique le gouvernement de Pékin, personne ne traite les gens de « raciste anti-chinois », raille-t-on dans l’entourage du maire. 


Incarcéré depuis 2002, Marwan Barghouti a été condamné  par un tribunal militaire israélien, illégal au regard du droit international, à cinq peines de perpétuité pour son implication présumée dans des meurtres visant des civils israélien. Un “procès jugé non équitable”, comme le souligne un rapport de la commission des droits de l'homme de l'Union interparlementaire (l'organisation mondiale des Parlements des États souverains, NDLR). 


Ce lundi 21 mars à 11H, le maire de Stains se rendra donc devant la tribunal administratif de Montreuil pour défendre la position de la ville. Azzédine Taïbi propose aux Stanoises et Stanois qui le souhaitent de venir témoigner à l'audience. Ils sont invités à prendre contact avec le cabinet du maire sous les 48 heures.


Pour information: le 7 juillet 2015, le tribunal administratif de Montreuil avait annulé la délibération du conseil municipal (un vote à l'unanimité) d'Aubervilliers. Celle-ci avait élevé au rang de citoyen d'honneur de la ville, Marwan Barghouti.



Espérons que cette fois-ci, la justice française prendra en compte les arguments du maire de Stains. A défaut d'avoir le droit d'accrocher une banderole, on a toujours le droit de rêver…


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.