« Il faut arrêter de dire que le tennis n’est pas pour nous », Salah Kobbi, président du Club de Villeneuve-La-Garenne (92)

 « Il faut arrêter de dire que le tennis n’est pas pour nous », Salah Kobbi, président du Club de Villeneuve-La-Garenne (92)

Salah Kobbi, président du club de Villeneuve-la-Garenne (92), en compagnie de Gilles Moretton, président de la Fédération française de tennis, à Roland Garros, le 29-05-2024. Crédit photo : Nadir Dendoune.

Salah Kobbi est président du club de tennis de Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, une des villes les plus populaires du département, avec ses 55 % de logements sociaux. Cette semaine, il était de passage à Roland Garros avec des tennismen en herbe de son club. Entre deux matchs, il a pris le temps de répondre à quelques-unes de nos questions.

 

LCDL : On a l’impression que le tennis a encore du mal à attirer les jeunes des quartiers populaires…

Salah Kobbi : C’est vrai, mais les choses commencent tout doucement à changer. L’association « Fête le mur », créée par Yannick Noah, fait du bon boulot et essaie de promouvoir la pratique du tennis là où elle n’existe pas, là où on ne la connaît pas, comme dans les quartiers populaires. Aujourd’hui, cette association est présente dans une centaine de banlieues.

À Villeneuve, nous refusons tous les ans du monde car nous manquons de terrains couverts et d’éducateurs qui nous permettraient d’accueillir plus d’enfants. De plus en plus de parents comprennent que le tennis est un sport sain et que nos éducateurs prônent de belles valeurs.

L’immense majorité des gamins de banlieue veulent jouer au football et marcher sur les pas d’un Mbappé…

Oui, les jeunes de banlieue ont du mal à s’identifier aux champions de tennis : ils ont l’impression qu’ils ne leur ressemblent pas. Et puis, pour jouer au football, on a juste besoin d’un ballon et on peut jouer n’importe où.

Justement, si on développait l’Urban tennis (Ndlr : des mini-terrains où tout le monde peut venir avec une balle et une raquette pour jouer) dans les banlieues, cela pourrait être une belle première approche.

Pour avoir rencontré plusieurs fois le président de la Fédération française de tennis Gilles Moretton, je sais qu’il a aussi envie de développer l’Urban tennis, mais cela a un coût et certaines villes freinent un peu.

Justement, on entend beaucoup que le tennis est une pratique sportive de « riches »…

Ce n’est pas totalement faux, mais le tennis souffre aussi de clichés. Une certaine image élitiste reste collée à la semelle de ce sport, en raison notamment de ses origines aristocratiques britanniques, de ses tournois prestigieux, des country clubs ultra-selects, un peu comme le golf.

Il y a quelques mois, lors d’une réunion de quartier autour du projet de la nouvelle bulle de tennis, j’ai entendu une maman dire à son amie que le tennis n’était pas « un sport pour nous ». Il faut arrêter de dire que ce sport n’est pas pour nous. Il est pour tout le monde !

Tous les ans, j’essaie d’inviter un maximum de gamins avec leurs familles à Roland Garros. Je loue un car et, quand ils arrivent ici, ils sont surpris par le prix des places, ils pensent toujours que c’est beaucoup plus cher, que c’est hors de prix.

Les jeunes du club de Villeneuve-la-Garenne avec le président de la fédération Française de tennis lors de leur venue à Roland Garros, le 29 mai 2024. Crédit photo : Nadir Dendoune

La cotisation au club de Villeneuve est de 200 euros, et nous prêtons même les raquettes et les balles aux enfants. Ils peuvent jouer toute l’année sur cinq terrains, dont deux couverts. Ils peuvent même inviter de temps en temps des amis extérieurs au club. À Villeneuve, nous permettons même aux parents de jouer avec leurs enfants.

 

Comment expliquez-vous l’absence parmi l’élite de ce sport de jeunes issus des quartiers populaires ?

Il y a une différence entre jouer au tennis dans un club et faire carrière. Au début, les enfants jouent tous ensemble. Quand on s’aperçoit qu’un gamin est prometteur, on lui prête plus d’attention et on essaie de trouver des financements, comme des sponsors.

À Villeneuve, nous avons deux enfants de huit ans qui, s’ils étaient bien pris en main, pourraient devenir d’excellents joueurs. Après, quand ils vont prendre de l’âge, il va falloir ensuite payer des stages à l’étranger.

S’ajoutent à cela les leçons particulières avec un prof, qui peuvent coûter jusqu’à 100 euros de l’heure, les frais de transport, les dépenses de logement et les inscriptions aux tournois. Vous voyez, ce n’est pas simple. Et cela est bien dommage pour le tennis parce que la banlieue française regorge de sportifs de haut niveau.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.