France. Le Sénat dit oui au droit de vote des étrangers

 France. Le Sénat dit oui au droit de vote des étrangers

Esther Benbassa

Très tard dans la soirée d’hier jeudi, le Sénat a adopté à 173 contre 166 la proposition de loi déposée par la majorité de gauche accordant le droit de vote aux étrangers non communautaires lors des élections municipales. Le débat qui a précédé le vote a été long et tendu entre les deux camps.

Symbole d’une opposition de toujours, hier jeudi, à quelques mètres de l’assemblée, deux manifestations avaient lieu. L’une pour défendre les droits des étrangers, l’autre pour s’y opposer. D’un côté Éva Joly, candidate EELV, de l’autre Marine Le Pen, la tête de liste du Front National.

En ce début d’après-midi, la question n’a pas attiré les foules, 300 personnes tout au plus garnissent les deux cortèges. Mais le décor est planté, les clivages entre droite et gauche sont exhortés par le débat. Immigration ou communautarisme, citoyenneté ou nationalité, nationalisme ou pluralisme.

Preuve du combat idéologique qui oppose les deux camps, le Premier ministre en personne a fait le déplacement pour ouvrir le débat. Dès ses premiers mots, François Fillon a exprimé sa ferme opposition à un « travail de sape d’un des fondements de notre République », avant de pointer «le risque de communautariser le débat public ».

En conclusion, le Premier ministre a encouragé les sénateurs à « veiller à protéger l’un des principes de la République française qui s’appuie sur une idée forte : pas de vote sans citoyenneté et pas de citoyenneté sans adhésion à la Nation ! ». Tonnerre d’applaudissements à droite.

Esther Benbassa se joue des sénateurs UMP

Sénatrice élue sous les couleurs EELV il y a peu, Ester Benbassa est montée pour la première fois à la tribune du palais du Luxembourg en tant que rapporteuse de la proposition de loi.

Elle se lance : « J’avoue ne pas être outrageusement choquée par la perspective de voir des étrangers, y compris non communautaires, voter pour les scrutins cantonaux et municipaux. À compter du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos loi, où ils vivent sur notre territoire depuis un temps minimum, par exemple de cinq années, je ne vois pas au nom de quelle logique nous pourrions les empêcher de donner une appréciation sur la façon dont est organisé leur cadre de vie quotidien ».

D’un seul homme, les sénateurs de droite se lèvent pour huer de toutes leurs forces. La sénatrice EELV profite de l’instant pour indiquer que le passage qu’elle vient de lire est un extrait du livre “Libre”, ouvrage publié en 2001 par… Nicolas Sarkozy. La gauche exulte, à droite on avait rien vu venir.

La rapporteuse continue, lisant à la tribune des déclarations passées en faveur de ce droit d’Éric Besson, Jean-Pierre Raffarin ou même Brice Hortefeux. « Ce sont d’autres discours que nous entendons désormais », critique celle qui possède la triple nationalité franco-turque-israélienne.

Un vote symbolique

« Comment justifier qu’un salarié algérien ou marocain qui vit régulièrement en France depuis des décennies ne peut voter ni être élu à aucune fonction ?», s’est emportée Elianne Assassi, élue PCF.

La gauche a fait bloc derrière un texte déjà voté en mai 2000 à l’assemblée sous le gouvernement de Lionel Jospin, bloqué ensuite par la majorité sénatoriale de droite.

Cette fois, le sénat a basculé à gauche, et une des premières propositions a été celle-là. Un signal fort envoyé à quelques mois de l’élection présidentielle.

La gauche qu’on a souvent taxé d’attentiste veut prendre les rênes et gagner avec ses thématiques. Même si Jean-Pierre Chevènement et ses alliés ont préféré voter contre, la gauche a reçu le soutien de François Bayrou et du Modem.

Le scrutin a été serré, 173 ont voté pour et 166 ont voté contre. Problème, ce texte n’a aucune chance de voir le jour avant les prochaines législatives. Deux amendements ont été adoptés, il devra donc retourner à l’Assemblée nationale.

Et même si par miracle, le parlement se prononçait pour, ça serait ensuite au chef de l’État de décider de la soumettre au référendum ou alors de la ranger dans un coin de son bureau.

Jonathan Ardines

Jonathan Ardines