Maroc. Essaouira : l’arbre de la médina est mort

Il veillait sur Essaouira tel un aïeul silencieux. Son histoire, vieille de 240 ans, est la même que celle des hommes qui viennent de loin pour ancrer leurs racines quelque part. Originaire d’Amérique du Sud, ce Phytolacca Dioïca avait au fil du temps fait oublier aux habitants son nom scientifique pour devenir tout simplement L’arbre de la médina. Un arbre qu’Essaouira vient de perdre.

«Symbole ancestral protecteur de la ville, cet arbre croissait parallèlement à l’imaginaire des habitants de la cité des Alizés, qui venaient le visiter et lui rendre hommage, comme à un aïeul de la famille, détenteur et dépositaire de souvenirs historiques et des légendes locales». Ainsi présente le communiqué de L’Association Marocaine de Protection des Animaux et des Végétaux (AMPAV) le seul Phytolacca Dioïca d’Essaouira qui vient de disparaître.

« Mêlant atouts esthétiques (forme du tronc, des frondaisons, des racines), dendrologiques (dimensions, âge) et culturels (valeur historique, ethnographique), tout contribuait à conférer à cet arbre une valeur patrimoniale authentique et rare », s’indigne Nour Eddine Ottmani, Président de l’AMPAV.

Déjà en 2010, un site touristique marocain en ligne, le Guido, qui avait présenté à plusieurs reprises les particularités de ce patrimoine végétal d’Essaouira, avait tiré la sonnette d’alarme : « Le plus vieil arbre de la ville, remarquable par ses dimensions et sa rareté se meurt, abandonné au fond de sa cour. Ses racines pourrissent, ses branches tombent, la cour au fond du centre artisanal du bastion de Bab Marrakech est fermée aux visiteurs et personne ne fait rien ! »

Une plainte auprès du procureur du roi

Plusieurs versions circulent sur les raisons de la disparition de cet arbre historique. Selon l’ingénieur paysagiste préfectoral d’Esaouiraa, c’est une fissure qui serait advenue lorsque des travaux dans le voisinage ont touché les racines de l’arbre, et qui aurait provoqué sa dégradation imminente.

L’AMPAV, elle, dénonce un acte volontaire et criminel : « au début de ce mois de décembre, des mains inconscientes et irresponsables ont commis l’irréparable, en massacrant cet arbre, dont l’histoire accompagnait celle de la ville, dont il était une partie intégrante et emblématique du patrimoine. »

L’Association, soutenue par l’Association Essaouira-Mogador, a donc décidé de se constituer partie civile et de porter cette affaire devant la justice, en déposant plainte auprès du procureur du Roi auprès du tribunal de première instance.

« Une démarche qui constitue une première dans les annales judiciaires de la ville, et peut-être même dans tout le royaume », rappelle le communiqué. Histoire de redire aux citoyens que leur destin est lié à celui des arbres, dans un pays qui délaisse les espaces verts, même quand ils font partie de son patrimoine.

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