Parole de Dieu : pilier des trois religions monothéistes

Une partie de la miniature du Siyar-i Nabi (« Vie du Prophète ») – © Musée du Louvre, Paris.
Torah, Évangiles, Coran… S’il s’agit de la même essence spirituelle, de la parole de Dieu, l’adaptation et l’interprétation des textes saints, ainsi que leur application, relèvent du génie de chaque peuple. Des relations existent cependant et se tissent encore entre ces trois grandes religions monothéistes.
En bref
- Torah, Bible et Coran partagent une origine spirituelle commune
- Chaque religion interprète différemment la parole de Dieu
- Le Coran est considéré comme une révélation directe
- La transmission des textes varie selon les traditions
- Des liens existent malgré des divergences profondes
Et si le Coran était un livre destiné aux Hébreux et aux chrétiens avant d’être le texte sacré des musulmans ? Jugeons-en : si le prophète Mohamed est vénéré par les musulmans — qui n’hésitent jamais à donner son nom à leur premier garçon —, le Coran ne le cite que rarement, alors que d’autres prophètes sont davantage présents dans le livre sacré : Moïse, sous le nom arabe de Moussa, est cité à 136 reprises, alors que Jésus — Issa ou Aissa en arabe — apparaît 93 fois.
Les messages de l’ange Gabriel dans la révélation du Coran
La Vierge Marie, considérée dans l’islam comme « la plus grande des dames et la plus pure du monde », est omniprésente. Une sourate entière porte son nom — Myriam. L’histoire de la mère du Christ y est contée avec des détails qui couvrent son parcours et ses liens familiaux.
Ce passage fait de Jésus un prophète choisi par l’Éternel pour une grande mission. Plus encore, le texte saint revient sur la vie des Israélites et sur les péripéties qu’ils ont connues au cours de l’Exode, comme il s’attache à reprendre des aspects de la loi hébraïque pour les expliquer en détail : « Ce Coran expose aux fils d’Israël la plupart des sujets sur lesquels ils divergent » (Les Fourmis, verset 76).
Certaines questions, en apparence techniques et réservées aux spécialistes, sont pourtant fondamentales. Elles permettent d’approfondir les relations entre chrétiens et musulmans, mais aussi entre juifs et musulmans.
La question du rapport aux Écritures et à la parole de Dieu est commune aux trois religions. Mais, dans le cas du Coran, le texte saint est une émanation directe du Seigneur.
Des messages divins sont reçus par son prophète sous forme de « descentes ». Une forme de révélation divine.
Le Coran utilise ainsi le terme de « descente ». Les versets sont descendus par fragments, Allah ayant « fait descendre » telle sourate ou tel verset sur le Prophète.
Ces descentes ont eu lieu sur une durée de 23 ans. Parfois, le prophète lui-même semblait désemparé par les vides entre chaque révélation.
Le Coran, un texte qui “sonne le rappel”
Ainsi, dans quelle mesure le texte saint de la troisième religion monothéiste diffère-t-il de la Torah, de la Bible hébraïque et des Évangiles chrétiens ? Le Coran n’a pas d’autre prétention que celle de sonner « le rappel », comme y font référence pas moins de 55 versets qui citent les Ahl-dhikr — c’est-à-dire « les gens du rappel ».
Répartis en 114 chapitres appelés « sourates », ces textes peuvent dérouter un lecteur non averti. Ils présentent des styles et des contenus variés, souvent sans liens logiques évidents entre eux. Quand les sourates sont courtes, elles constituent une unité littéraire. Mais lorsqu’elles s’allongent, elles deviennent plus composites.
Dans certains chapitres, le prophète Mohamed s’exprime à la première personne en rapportant les injonctions divines. Mais le plus souvent, c’est Dieu qui s’adresse aux croyants (ou aux athées et autres injustes), en utilisant le « Nous » de majesté.
Si le Coran est arrivé jusqu’à nous comme parole de Dieu, c’est grâce à des hommes. Ils se sont appliqués à rassembler les paroles du prophète de l’islam pour éviter leur disparition.
La récitation du Coran, au cœur de la transmission
Le successeur d’Abû Bakr, Omar, reprend le travail, mais c’est sous le règne du troisième calife, Othman (644-656), que le texte sacré prend la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, grâce à sa récitation par cœur.
Le royaume du Maroc a fait de cette tradition un pilier de sa pratique religieuse. Chaque mosquée, petite ou grande, récite un chapitre après la prière de l’aube et un autre après celle du coucher du soleil.
Le Coran est considéré comme la parole de Dieu, parole d’Allah transmise par un canal humain, et « Mohamed n’est qu’un messager, comme beaucoup de messagers qui sont passés avant lui » (sourate Al-Imran).
Si le Coran est parole de Dieu, c’est qu’il y est mentionné, à plusieurs reprises, qu’il est inimitable et parfait ; et c’est bien là la preuve qu’il n’a pas pu être écrit ou même imaginé par un prophète analphabète.
Le rapport aux Ecritures
Pourtant, juifs, chrétiens et musulmans n’ont pas le même rapport aux Écritures et à cette parole de Dieu, et c’est là que réside la différence entre les exégètes chrétiens et les oulémas musulmans.
Si, pour les seconds, il n’y a aucun doute que le Coran est la parole divine, « descendue » sur son messager, la Bible comme parole de Dieu est une thèse qui a été abandonnée par l’Église à la suite du concile Vatican II (1962-1965), qui précisait que si Dieu est bien l’auteur de la Bible, le texte saint avait aussi des auteurs humains qui se comportaient « dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens ».
Ce qui n’empêche pas encore de nombreux chrétiens de continuer de penser que la Bible est bien parole de Dieu, puisque les vérités dictées par celui-ci sont non seulement éternelles, mais toujours d’actualité et applicables. Une autre interprétation, portée par les intellectuels chrétiens, défend une thèse différente. Elle met en avant une image du Christ présent dans la vie et l’expérience intime de chaque croyant.
Néanmoins, le concile Vatican II avait insisté pour rappeler l’estime portée aux musulmans qui « adorent avec nous le Dieu unique ». Les rapports sont beaucoup plus compliqués entre les disciples de la Torah et les adeptes du Coran, dans ces religions monothéistes. À l’heure où Israël commet un génocide sur une population désarmée, il peut paraître incongru d’interroger les textes saints des uns et des autres. Pourtant, des deux côtés, le dialogue, bien qu’assourdi par les bombes, n’a jamais été rompu.
Trois approches de la parole de Dieu dans les religions monothéistes
On peut citer à cet égard les travaux de l’islamologue israélien de renommée internationale Meir Bar-Asher, directeur du département de langues et littérature arabes de l’université hébraïque de Jérusalem.
Dans son fameux Les Juifs dans le Coran, l’auteur insiste sur les similitudes entre la halakha des juifs et la charia des musulmans, des jurisprudences qui jouent un rôle important pour les tenants des deux religions.
L’universitaire explique aussi que les Banû Isrâ’îl, ou « fils d’Israël », sont omniprésents dans le Coran, et considérés comme le « peuple élu ». Mais il faut reconnaître que, malgré le caractère universel des trois révélations divines, issues de la parole de Dieu, d’abord juive, ensuite chrétienne et enfin musulmane, chacune d’elles garde une approche différente du Dieu unique.
S’il s’agit de la même essence spirituelle universelle, celle de la parole de Dieu, l’adaptation et l’interprétation des textes saints, ainsi que leur application, relèvent du génie de chaque peuple. Même si de nombreux théologiens juifs, tels que Moïse Maïmonide (1138-1204) ou Juda Hallévi (1075-1141), n’ont pas hésité à reconnaître que le christianisme et l’islam étaient des religions nécessaires à la rédemption de l’humanité, puisqu’elles avaient converti de nombreux peuples au monothéisme.
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Foire aux questions :
Qu’est-ce que la parole de Dieu dans les religions monothéistes ?
Elle désigne la révélation divine transmise aux prophètes dans le judaïsme, le christianisme et l’islam.
Le Coran est-il différent de la Bible et de la Torah ?
Oui, notamment dans sa forme et sa transmission, mais il partage des figures et des récits communs.
Pourquoi les interprétations diffèrent-elles ?
Parce que chaque religion a développé ses propres traditions, contextes historiques et lectures des textes.
Les trois religions ont-elles des points communs ?
Oui, notamment la croyance en un Dieu unique et des récits partagés.
