Commémorations du D-Day : l’historienne Armelle Mabon regrette le peu de visibilité donné aux soldats noirs et à ceux des ex-colonies

 Commémorations du D-Day : l’historienne Armelle Mabon regrette le peu de visibilité donné aux soldats noirs et à ceux des ex-colonies


Au lendemain des commémorations des 75 ans du Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, l'historienne Armelle Mabon regrette le peu de visibilité donné aux soldats américains noirs et à ceux des ex-colonies françaises.  


Comment expliquez-vous le peu de visibilité donné aux soldats noirs américains dans les commémorations du débarquement en Normandie ?


Cette absence est liée au racisme institutionnalisé dans l’armée des Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale même si aujourd'hui, les choses se sont améliorées. La ségrégation raciale au sein de l'armée américaine n'est que le reflet de celle vécue à l'époque au quotidien par les Noirs. Il faut lire le magnifique ouvrage de Louis Guilloux "OK Joe !" pour en saisir l'importance.


A l'époque, les soldats noirs américains occupaient uniquement des postes subalternes et étaient dénigrés, considérés comme inaptes pour servir dans les blindés. L'armée américaine ne souhaitait donc pas montrer des Noirs défiler comme des héros de la Libération.


Vous parlez de l'armée américaine, quid du traitement de l'armée française pour ses soldats coloniaux ? 



Ce n'est pas mieux effectivement. Aujourd'hui, on évoque, on commémore sans problème les tirailleurs (NDLR : soldats sénégalais, marocains, algériens) de la Première Guerre mondiale mais beaucoup moins ceux de la Seconde. Par exemple, au mémorial de Caen (NDLR, musée de la Seconde Guerre mondiale), l'image du tirailleur de l'ex empire colonial est très peu représentée. 


Pendant des années, les associations d'anciens combattants des ex-colonies n'étaient plus invitées aux commémorations de la fin de la Seconde Guerre.


Comment l'expliquez-vous ? 


Il y a eu un fait historique majeur – un mensonge d'Etat – qui explique "l'oubli" de la contribution importante des tirailleurs dans la Libération de la France : le massacre d'ex-prisonniers de guerre, originaires de l'Afrique occidentale française à la caserne de Thiaroye près de Dakar le 1er décembre 1944. 


Ils ont été assassinés parce qu'ils avaient osé réclamer leurs droits. Ce massacre a été perpétré par l'armée française. Des hommes – dont certains avaient rejoint la Résistance – ont été spoliés et condamnés à tort par la France libre.


Aujourd'hui, c'est le silence qui prévaut y compris dans la reconnaissance de leurs faits d'arme et de leur sacrifice pour libérer la France. Pour le 75ème anniversaire,  le courage politique devient un impératif pour réhabiliter ces combattants quand bien même cet hommage aux tirailleurs coloniaux ne paie pas électoralement…

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.