Préfet Lallement : La déclaration de trop ?

 Préfet Lallement : La déclaration de trop ?


Le préfet de police de Paris a dans une déclaration assimilé les personnes atteintes du virus à celles qui ne respectent pas le confinement. Des propos qui ont outré les familles de patients, le corps médical et la classe politique. Si le premier flic de France dit les "regretter", il n'en est pas à son premier coup d'essai.



"Il serait plus simple de faire appel au bon sens et à la responsabilté. Il n'y a pas besoin d'être sanctionné pour comprendre que  ceux qui sont aujourd'hui hospitalisés, ceux qu'on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement, ne l'ont pas respectés. C'est très simple. Il y a une corrélation très simple. Vous ne respectez pas le confinement. Vous êtes verbalisés et vous vous mettez en danger car on risque de vous retrouver en réanimation. On risque de retrouver vos proches en réanimation." Ses propos ne sont pas ceux de n'importe qui. Il s'agit bien là du premier flic de France qui face caméra, fait une jonction entre malades du coronavirus et non-respect du confinement.


Très vite, l'appareil médiatique et politique s'est emballé. Les patients et leurs familles s'insurgent précisant qu'ils avaient toujours respecté le confinement. De nombreux médecins jugent ses propos "scandaleux" quand le médecin urgentiste, Patrick Pelloux les estime complétement "faux". Le député Jean-Luc Mélenchon a indiqué dans un tweet qu'''au-delà des bornes, il n'y a plus de limites" alors que sa collègue Danièle Obono a signé un tweet plus direct après les excuses du Préfet : "Lallement. On s'en fout. dégage !"


Le Préfet revient alors sur ses propos en disant les regretter et en présentant ses excuses :  il dit "regretter les propos qu’il a tenus ce matin lors d’une opération de contrôle des mesures de confinement et tient à les rectifier." Il précise ainsi que ''l’intention n’était pas d’établir un lien direct entre le non-respect des consignes sanitaires et la présence de malades en réanimation..mais de rappeler la nécessité d’une stricte application du confinement dans cette période, pour la protection de la santé de chacun"


Dés lors, la question se pose : un préfet peut'il s'exprimer comme il le souhaite sur les médias ?


On sait que ce représentant de l'Etat Républicain n'est censé le faire qu'avec parcimonie et dans le cadre des missions qui lui sont assignés par l'Etat. En dehors des catastrophes naturelles ou des évenements liés au terrorisme, où il peut arriver de les voir réagir, pour expliquer les constats et conséquences d'un tel évenement, il est rare qu'ils donnent leurs opinions ou avis personnels. Ils sont en général tenus par ce qu'on appelle le "droit de réserve".


Sans lui faire offense, qui se rappelle de Michel Cadot, préfet de police de Paris durant les attentats du Bataclan ? Même au plus fort de la crise que traversait notre pays, la parole officielle était laissée au Procureur de la République, François Molins. Dans des périodes compliquées, le citoyen veut supposer que le préfet est à son bureau à gérer les travaux en cours. Il a besoin d'une parole rassurante et posée. Or, le préfet Didier Lallement est tout le contraire. Il ne badine pas avec les "salamecs" et dit tout  haut ce qu'il pense, peu importe les conséquences. 


Alors préfet de Gironde, Il n'a aucun geste  républicain pour le député Loïc Prud'homme qui a reçu des coups de matraque par les forces de l'ordre. Arrivé à Paris, sa gestion de la crise des gilets jaunes, des incidents sur les parcours, des personnes blessés (très bien décrits sur son site dernière sommation par le journaliste et réalisateur David Dufresne), laissent un goût amer dans la capitale. Il le dit très bien d'ailleurs devant une commission du Sénat : "Nous avons rompu avec la procédure ancienne."


C'est au nom de cette "modernité", chérie par le président de la République, Emmanuel Macron que le préfet Lallement se permet même de montrer son opinion politique. Interpellé par une "gilet jaune", il rétorque aussi sec : "Eh ben, Madame, vous n'êtes pas de mon camp !". Une phrase qui marquerait alors que le préfet, censé être républicain, ne l'est plus et se porte comme partisan d'un bord politique.


De nombreuses personnalités ont demandé la démission du premier flic de France, après ses sorties médiatiques au fur et à mesure que le temps passe. Celle-ci devrait laisser une trace indélébile tant les gens ont été choqués. Un hastag #onoublierapas fait d'aillleurs partie des tendances du réseau social Twitter.

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).