Comment expliquez-vous ce manque d’intérêt des sponsors ?
Rafik Arabat : Nous sommes très peu médiatisés, un peu plus cette année, c’est vrai, en raison des Jeux Paralympiques qui ont lieu chez nous. Mais le reste du temps, nos performances intéressent peu ou pas du tout les médias. Pourtant, je m’entraîne aussi dur qu’un Teddy Riner ou qu’un Léon Marchand. Je souffre autant qu’eux. Et vous le savez bien : les sponsors ne s’intéressent à vous que lorsque vous êtes médiatisé. Nous ne demandons pas de traitement de faveur, juste d’être reconnus à notre juste valeur.
Pensez-vous que ces Jeux à domicile peuvent débloquer cette situation ?
Rafik Arabat : Je ne sais pas, je l’espère. Je suis quelqu’un d’optimiste. Même si j’ai peur que la lumière ne s’éteigne trop rapidement après les Jeux. Par contre, je reste persuadé que ces Jeux à domicile sont une bonne occasion de faire évoluer les mentalités sur le handicap, car peu de gens connaissent vraiment notre quotidien. Nous ne sommes pas des victimes. Nous ne voulons plus être infantilisés.
Vous vivez toujours à La Courneuve…
Rafik Arabat : Je suis très attaché à ma ville, à mon département. J’aime le 93. Je vais souvent à la rencontre des plus jeunes pour leur dire que, malgré les obstacles, il faut continuer ; ce n’est pas parce que tu as un handicap que la vie s’arrête. C’est plus compliqué pour nous que pour les autres, il faut juste se battre deux fois plus. Pour beaucoup, la vie est difficile, mais quand on s’accroche, elle peut être très belle.
Vous êtes né avec une malformation de la colonne vertébrale qui vous empêche de marcher. Comment s’est passée votre enfance ?
Rafik Arabat : Comme vous pouvez l’imaginer, certaines choses n’étaient pas simples. Nous sommes six frères et sœurs et je suis le seul à avoir cette maladie. Au quatrième mois de grossesse de ma mère, les médecins ont diagnostiqué une malformation d’origine congénitale. Ma mère manquait de vitamines. En gros, mon épine dorsale est fendue en deux. À Montfermeil, nous habitions au 3e étage sans ascenseur. Nous avons dû déménager, -je n’étais qu’un enfant -, et c’est comme ça que j’ai atterri à La Courneuve, dans un appartement plus adapté à mon handicap. Ensuite, je suis allé dans une école primaire traditionnelle jusqu’au CM1, mais cela devenait trop compliqué, alors j’ai été placé dans un institut d’éducation motrice à Gonesse. Entre les cours, j’avais de la rééducation.
Comment avez-vous découvert l’haltérophilie ?
Rafik Arabat : C’est à l’institut qu’un kinésithérapeute m’a proposé de faire de l’haltérophilie pour muscler le haut de mon corps. Je devais avoir 15 ans, et j’ai tout de suite aimé. En parallèle, je faisais aussi de la natation, de l’équitation, de l’escrime. J’ai toujours aimé me surpasser. Un jour, je participe aux championnats de France où je lève, au développé couché, 105 kilos. Peu de temps après, je reçois un appel de la fédération pour participer à une compétition en Grèce et, depuis, je n’ai cessé de m’entraîner pour m’améliorer.
Vous parlez souvent avec tendresse de votre famille…
Rafik Arabat : Oui, parce que je sais que cela n’a pas été simple pour eux, surtout pour mes parents, qui ont longtemps culpabilisé. Ils ont compris que ce n’était pas de leur faute. Nous sommes croyants dans la famille. Et comme tout musulman, nous acceptons notre sort. Et puis, mes parents ont compris que j’étais quelqu’un d’heureux. Vous savez : même si je pouvais marcher, je le refuserais, car ma vie, je l’ai construite sur ce fauteuil. J’ai transformé mon handicap en une force. Jamais je n’aurais vécu toutes ces belles choses si j’avais été valide.