L’Égypte aide la Chine à traquer les Ouighours sur son territoire

 L’Égypte aide la Chine à traquer les Ouighours sur son territoire

Une des rares images accessibles de minorités ethniques internées dans dans un camp de “rééducation”


Harcèlement, arrestations, internement et parfois même torture : la Chine est accusée de mener une politique de persécutions contre sa minorité musulmane ouïgoure vivant principalement dans la province Xinjiang dans l’ouest du pays. Une situation qui a poussé des milliers de Ouïgours sur les routes de l’exil, notamment vers les pays musulmans, pensant y être bien accueillis.


C’était sans compter sur la capacité d’intervention chinoise, en particulier en Égypte. Les autorités locales aident la police chinoise à opérer sur son sol pour poursuivre la persécution de ses citoyens musulmans. Plusieurs centaines d’étudiants ouïghours, réfugiés en Égypte, ont ainsi été arrêtés et interrogés par des fonctionnaires chinois dans le commissariat du Caire où ils étaient en garde à vue.


Lors d’un coup de filet mené en juillet 2017, plus de 90 personnes ont été interpellées, dont de nombreux étudiants en théologie islamique à l’université religieuse Al-Azhar. La communauté ouïghoure d’Égypte, qui a compté jusqu’à 6000 membres, ne réunit plus que 50 familles, assure Abdulweli Ayup, un linguiste ouïghour basé en Norvège, qui a effectué des recherches sur les Ouïghours en Égypte.


Depuis une série d’attentats sanglants en Chine attribués à des Ouïghours dans les années 2008-2009, de nombreuses organisations de défense des droits humains accusent Pékin d’avoir accentué sa répression contre cette minorité majoritairement musulmane et turcophone du Xinjiang (nord-ouest). Le gouvernement chinois, qui impose des mesures de sécurité strictes dans ce vaste territoire, est soupçonné d’y avoir interné jusqu’à un million de personnes dans des camps de « rééducation ». Pékin dément ce chiffre et parle de « centres de formation professionnelle » destinés à lutter contre la radicalisation islamiste.


 


Droits humains contre investissements ?


En retour des facilités accordées à la police chinoise sur son sol, l’Égypte espère bien bénéficier d’investissement pour financer ses gigantesques projets d’infrastructures, alors que l’économie locale est en crise. Les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint un record de 12,3 milliards d’euros en 2018.


Selon plusieurs ONG, les étudiants ouïghours arrêtés sont envoyés à Tora, une prison au sud du Caire, où sont détenus de nombreux prisonniers politiques. Après 60 jours de détention, plusieurs étudiants ont pu quitter l’Égypte.


« J’avais peur qu’ils nous livrent aux autorités chinoises », affirme Ahmed à l’AFP. Cet étudiant fait partie des jeunes arrêtés en juillet 2017 devant la mosquée Moussa Ibn Nassir et emmenés à Tora. Durant ses 11 jours de garde à vue, des Chinois l’ont interrogé à propos de son père qui vit au Xinjiang. « Où est-il et comment vous envoie-t-il de l’argent ? », lui a-t-on demandé. Relâché, Ahmed s’enfuit pour Istanbul. Il apprend alors que son père a disparu au Xinjiang. « Je ne sais toujours pas s’il est mort ou vivant ».


Pour Darren Byler, spécialiste du Xinjiang, Pékin a déjà tenté d’interroger et de détenir des Ouïghours résidant à l’étranger. Mais « l’autonomie avec laquelle les autorités chinoises ont été autorisées à agir en Égypte est sans précédent », dit-il.


 


Protection de la Turquie


Parmi les exilés contraints à nouveau de fuir, beaucoup quittent l’Égypte pour la Turquie, importante terre d’immigration ouïgoure. Cette ethnie musulmane est en effet turcophone. Alors premier ministre, l’actuel président turc Recep Tayyip Erdoğan, avait qualifié en 2009 la répression des Ouïghours par la Chine comme un « génocide ».


Depuis, la tension entre la Chine et la Turquie autour de la question ouïgoure s’est apaisée, mais le pays continue à accueillir une grande partie des musulmans fuyant les persécutions chinoises.


 


(Avec AFP)

Rached Cherif