Violences policières sur Michel Zecler : deux policiers écroués

 Violences policières sur Michel Zecler : deux policiers écroués

Capture d’écran / @Loopsider

Quatre policiers ont été mis en examen et deux d’entre eux ont été écroués dans la nuit de dimanche à lundi, suite à l’interpellation extrêmement violente du producteur de musique Michel Zecler. Ils sont inculpés pour “violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique” et “faux en écriture publique”.

 

Parmi ces quatre policiers mis en examen par un juge d’instruction, trois l’ont été pour pour “violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique” et “faux en écriture publique”, conformément aux réquisitions du parquet de Paris annoncées par le procureur de la République Rémy Heitz dimanche après-midi.

Lors de la conférence de presse, le procureur de Paris a précisé que « ces quatre policiers – un brigadier de 44 ans et trois gardiens de la paix, âgés respectivement de 23, 31 et 35 ans – présentent de bons, voire très bons états de service et qu’aucun incident particulier n’a à ce jour émaillé leurs carrières respectives ».

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Violences volontaires

Ce sont les trois policiers au cœur de la vidéo de Loopsider, publiée jeudi 26 novembre qui ont été placés en détention provisoire pour “violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique” et “faux en écriture publique”. Cette vidéo a suscité une indignation nationale et provoqué la “honte” du chef de l’Etat Emmanuel Macron, alors que l’Élysée a appelé Michel Zecler samedi.

Le policier soupçonné d’avoir jeté la grenade lacrymogène dans le studio de musique du 17e arrondissement où s’est produite l’agression a lui été mis en examen plus tôt dans la soirée principalement pour des “violences volontaires” par PDAP sur Michel Zecler et sur les neuf jeunes qui se trouvaient dans le sous-sol du studio.

Deux d’entre eux écroués

Après l’ouverture d’une enquête mardi, et deux jours de garde à vue dans les locaux de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN, la « police des polices »), le parquet avait requis la détention provisoire pour les trois premiers et un contrôle judiciaire pour le quatrième, mais le juge des libertés et de la détention en a écroué deux, le brigadier et le gardien de la paix, et laissé deux autres sous contrôle judiciaire. L’avocate de Michel Zecler s’était dite « satisfaite des réquisitions du parquet ».

Me Anne-Laure Compoint qui défend deux policiers et Me Jean-Christophe Ramadier, qui défend un autre policier, n’ont pas souhaité commenter ces mises en cause à l’issue de l’audience du juge des libertés et de la détention, vers 4h30 du matin.

Eviter des pressions sur les témoins

Placer en détention certains des agents soupçonnés d’avoir infligé une pluie de coups au producteur doit permettre “d’éviter un risque de concertation” entre eux “ou de pressions sur les témoins”, avait argué Rémy Heitz en expliquant ses réquisitions de détention provisoire. Dimanche soir, Me Hafida El Ali, avocate du producteur, s’était dite “satisfaite” des réquisitions du parquet, tout comme la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. “Il faut vraiment être absolument décidé à ne laisser passer aucune violence d’où qu’elle vienne”, a-t-elle déclaré sur France 2.

Suite à la publication de la vidéo, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a promis jeudi “la révocation” des policiers qui ont “sali l’uniforme de la République”, “dès que les faits seront établis par la justice”. Quant au chef de l’Etat, il a demandé au gouvernement de lui faire rapidement des propositions « pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations » et pour rétablir la confiance entre les Français et la police.

“Agi principalement sous l’effet de la peur”

En garde à vue face à l’IGPN, les trois principaux mis en cause avaient fini “par admettre que les coups portés n’étaient pas justifiés et qu’ils avaient agi principalement sous l’effet de la peur”, a rapporté le procureur. Ils ont invoqué “la panique” provoquée par le sentiment d’être coincés dans l’entrée du studio de musique de M. Zecler, qui se débattait selon eux.

Ils ont en revanche nié “avoir tenu des propos racistes” alors que Michel Zecler a assuré qu’ils l’avaient traité de “sale nègre”, une insulte entendue également par “l’un des jeunes” présent dans le sous-sol du studio. Ils réfutent également “le caractère mensonger du procès-verbal”. Le procureur a rappelé que les policiers avaient dans un premier temps indiqué avoir contrôlé Michel Zecler pour “absence de port du masque” et en raison d’une “forte odeur de cannabis”. Mais seuls “0,5 g d’herbe de cannabis” seront trouvés dans une sacoche plus tard.

550.000 manifestants dans toute la France

Samedi, des manifestations ont eu lieu dans plus de 70 villes de France contre la loi très controversée de “sécurité globale”. À Paris, alors qu’il couvrait une manifestation place de la Bastille, Ameer Al Halbiun photographe syrien âgé de 24 ans et collaborateur de l’Agence de Presse Française a été blessé au visage par un coup de matraque.

Concernant ces mobilisations, le ministère de l’Intérieur a recensé 133.000 manifestants, tandis que les organisateurs, eux, évoquent 550.000 manifestants dans toute la France, soit quatre fois le chiffre avancé par l’Intérieur.

Avec AFP

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Malika El Kettani