Un joueur de football de Ligue 2 victime d’islamophobie

 Un joueur de football de Ligue 2 victime d’islamophobie

Salim Bagdhad


 


Les attentats de Charlie Hebdo ont fait des dommages collatéraux. Salim Bagdhad, joueur de l'AS Nancy-Lorraine ne pourra pas le dire le contraire.  Son témoignage, rapporté jeudi 21 mai par le magazine France Football, fait froid dans le dos.


 


Tout commence quelques jours après la tuerie. A la sortie de son centre d'entraînement, un supporter s'approche de lui et lui crache dessus. Avant de l'insulter copieusement : « Sale Arabe, sale bougnoule, on est tous des Charlie, la France aux Français, dégage à Toulouse Mohamed Merah, on sait que tu t'appelles Bagdhad ». Élégant….



Une fois rentré chez lui, sa femme lui raconte que des gens sont venus frapper à leur porte. « Ils ont laissé une poche. Je regarde à l'intérieur, il y a des imprimés où il est écrit "Salim Bagdhad, né le 11 septembre, est allé dans le même lycée que Mohamed Merah", mais aussi du porc, et le drapeau tricolore », explique Salim. 



Pris de panique, le joueur décide d'en parler  à son coach le lendemain qui lui conseille, à sa grande surprise, de rester le plus discret possible.  « Il m'a dit : "Il ne faut pas en parler, ça va prendre des proportions, et en plus c'est politique au niveau de la France car le climat est tendu". Il me dit aussi que le mercato n'est pas terminé. Je suis choqué, je lui dis que ce n'est pas ce que j'attendais de lui ». 



Mais le "meilleur" est à venir… Il tombe des nues quand il est reçu un peu plus tard, par le directeur sportif du club,  Paul Fischer, qui est accompagné… d'un agent des renseignements généraux (RG). C'est à cet instant qu'il apprend qu’il a été l'objet d'une filature. « Il (l'agent) commence à me parler d'une mosquée où j'allais à Toulouse, celle de Mohamed Merah. Il me sort une photo quand je suis à la mosquée un vendredi. Ce n’est pas une mosquée intégriste du tout. J'y allais avec des joueurs du TFC, du Stade Toulousain et avec les joueurs de Luzenac… Je lui dis que c'est ridicule et ce n’est pas parce que je vais à la mosquée qu'on a le droit de m'insulter de sale arabe, bougnoule ou sarrasin », se défend Salim Baghdad. 



Le joueur de l'AS Nancy Lorraine a mis plusieurs mois pour parler de son affaire. Une affaire qui l'a transformé en profondeur. « Je suis maghrébin, donc un peu bronzé, je regarde derrière moi quand je sors du foot. Je fais maison-foot-maison… J'ai peur de recevoir ma mère chez moi, je suis toujours sur mes gardes quand un supporter vient me parler (…). Je deviens parano. Je me dis qu'il va peut-être me mettre un coup de couteau ».


Salim Baghdad va quitter le club de Nancysans animosité mais enfin déchargé d'un poids. «J'ai passé de super moments quand même avec des supporters. On a fêté des anniversaires dans des salles de futsal.» 


L'un de ses coéquipiers, Samir Fodil, poursuit : « On en parle maintenant car la situation de Nancy est plus limpide. On n'a pas voulu le faire au moment où le club était en grande difficulté sportive. C'est quelque part par respect à l'entité et aux supporters. Mais on veut que les gens sachent qu'il y a une infime minorité de personnes qui s’est très mal comporté avec Salim ». On ne sait pas si Samir Fodil fait seulement référence au supporter raciste…


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.