D. Vidal : « La chasse aux Arabes et le silence des médias me font honte »

 D. Vidal : « La chasse aux Arabes et le silence des médias me font honte »

Dominique Vidal, historien et journaliste. Spécialiste des relations internationales et notamment du Proche-Orient.

Jeudi 22 avril, en plein coeur de la vieille ville de Jérusalem, alors que des Palestiniens tentent de s’opposer à une marche des partisans du mouvement juif d’extrême droite « Lehava », qui scandent « Mort aux arabes », les forces israéliennes, mobilisées pour cette marche, bloquent les contre-manifestants. Une centaine de Palestiniens sont alors blessés. Dominique Vidal, journaliste et historien, spécialiste de la question israélo-palestinenne, écoeuré par ces événements, est aussi indigné par « le silence des médias».

LCDA : Ces événements vous surprennent-ils ?

Dominique Vidal : Oui. J’ai assisté à bien des événements horribles mais je n’avais jamais vécu un pogrom à Jérusalem. En même temps, en février dernier, le Likoud, le parti du premier ministre israélien Benjamin Nethanyahu, a signé un accord avec un parti d’extrême droite, ouvertement raciste et homophobe, en vue de la formation du prochain gouvernement. Cet accord a ouvert les vannes. Le regretté historien israélien Zeev Sternhell avait donc – hélas raison d’écrire, il y a trois ans, dans le journal « Le Monde ». Il disait alors : « Il pousse en Israël un racisme proche du nazisme à ses débuts. ». On savait  que Netanyahou était prêt à déclencher une guerre avec l’Iran pour sauver son « trône » et empêcher un accord entre Washington et Téhéran. Visiblement, il rêve aussi d’une troisième Intifada pour imposer le gouvernement d’urgence nationale qu’il n’arrive pas à mettre en place.

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Vous dénoncez le quasi silence des grands médias internationaux…

Dominique Vidal : Les grands médias israéliens en parlent, que ce soit en bien ou en mal, mais au moins, ils en parlent. Les nôtres, à de rares exceptions près, se taisent : c’est comme si que pour eux, des juifs ne pouvaient pas commettre un pogrom. Pourquoi les grands médias occidentaux ne traitent-ils pas – ou si peu – ces événements ? Pourtant, ce qu’il est en train de se passer est très grave. Ont-ils déjà vu des centaines de judéo-nazis tolérés voire aidés par des centaines de policiers « ratonner » dans Jerusalem-Est au cri de « Mort aux Arabes » ? Ces deux spectacles dégradants – la chasse aux Arabes et le silence des grands médias – me font honte. J’ai terriblement honte. D’abord comme Français, puis comme journaliste et aussi comme juif. J’en appelle à mes collègues journalistes : c’est le moment d’être courageux…

Pour vous, le silence des médias internationaux est « dangereux »…

Dominique Vidal : Oui, ces événements sont déjà gravissimes en termes de droits humains. Ils sont aussi un danger pour tout le Proche-Orient, une région dont tout le monde connait l’instabilité. Pourquoi tout se passe comme si le fait d’être israélien autorisait à perpétrer des crimes impunis et « oubliés » par les grands moyens d’information ? Ce silence médiatique alimente l’antisémitisme. Le « lobby » serait donc assez puissant pour faire taire les rédactions ! Et s’il s’agissait plutôt d’auto-censure ? C’est Inacceptable ! Et une question qui me taraude l’esprit : que pèse le « confort » des professionnels face au pogrom de Jérusalem ?
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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.