Israël : la procureure militaire jette l’éponge après la fuite d’une vidéo de violences sur des détenus palestiniens

 Israël : la procureure militaire jette l’éponge après la fuite d’une vidéo de violences sur des détenus palestiniens

Scène de la vidéo qui a forcé la procureure Yifat Tomer‑Yerushalmi à démissionner. Capture d’écran / TRT ARABI/ X

La démission de la générale Yifat Tomer-Yeroushalmi révèle les fractures internes d’une armée israélienne sous tension. En cause : une vidéo montrant des soldats maltraitant des prisonniers palestiniens, que la procureure assume avoir fait diffuser. « Tsahal est une armée morale », insiste-t-elle, dans une défense de principe qui sonne comme un baroud d’honneur.

 

L’armée israélienne a annoncé vendredi 31 octobre le départ de sa procureure générale militaire. « La procureure en chef de l’armée, la générale Yifat Tomer-Yeroushalmi, a présenté ce matin sa démission au chef d’état-major Eyal Zamir », indique un communiqué.

Aucune explication officielle, mais la chronologie parle d’elle-même : la décision intervient au lendemain de la diffusion d’une vidéo tournée dans une prison militaire israélienne, montrant des soldats frappant et humiliant des détenus palestiniens en 2024.

Une séquence d’une rare brutalité, qui a fait l’effet d’une déflagration dans un pays en guerre.

Agression de soldats israéliens contre un prisonnier palestinien dans le centre de détention de Sde Teiman, le 5-07-2024

En février déjà, l’arrestation puis l’inculpation de cinq soldats avaient provoqué un tollé dans les rangs militaires et au sein d’une droite israélienne vent debout contre toute remise en cause de l’armée israélienne.

Pour Yifat Tomer-Yeroushalmi, il n’était pourtant pas question de transiger : dans sa lettre de démission, rendue publique vendredi, elle reconnaît que ses services ont bien diffusé la vidéo.

« Tsahal (l’armée israélienne, ndlr) est une armée morale et respectueuse du droit et donc même durant une guerre douloureuse (…), elle doit enquêter sur des actes illégaux », écrit-elle.

Une affirmation qui sonne presque dissidente, tant l’appareil sécuritaire israélien se referme sur lui-même depuis le déclenchement de la guerre à Gaza.

La réaction du ministre de la Défense, Israël Katz, ne s’est pas fait attendre.

« Celui qui calomnie les soldats de Tsahal n’a pas sa place dans l’armée », a-t-il déclaré, saluant la démission de la procureure.

Il a ajouté : « Il sera bientôt nécessaire de nommer un procureur militaire en chef, et j’ai l’intention d’entamer le processus de nomination d’un nouveau procureur militaire en chef dès que possible », a-t-il écrit sur X.

Un message limpide : dans une armée en guerre, la loyauté prime sur la transparence.

Les cinq soldats au cœur de l’affaire avaient été inculpés pour mauvais traitements sur un détenu palestinien en juillet 2024, au centre de détention de Sdé Teiman, dans le sud du pays.

Selon l’acte d’accusation, ils auraient « agi contre le détenu avec une grande violence » et lui auraient infligé « de graves blessures », dont des côtes fêlées et un poumon perforé.

Le centre, installé dans une base militaire, accueille depuis octobre 2023 des prisonniers palestiniens arrêtés dans la bande de Gaza, après l’attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien.

En reconnaissant avoir diffusé la vidéo, la procureure Tomer-Yeroushalmi a voulu rappeler que l’État de droit ne s’arrête pas aux portes de l’armée.

Mais son départ illustre l’autre versant de cette réalité : dans le climat d’union sacrée imposé par la guerre, toute critique interne est perçue comme une trahison.

Et derrière les murs de Sdé Teiman, la ligne entre « sécurité » et « abus » semble plus trouble que jamais.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.