Première visite de Mahmoud Abbas en France en tant que président de l’État de Palestine

 Première visite de Mahmoud Abbas en France en tant que président de l’État de Palestine

Le président français Emmanuel Macron et le président palestinien Mahmoud Abbas lors du sommet de paix de Charm el-Cheikh, le 13 octobre 2025, coprésidé par Donald Trump et Abdel Fattah al-Sissi, réunissant plus de 20 dirigeants autour du cessez-le-feu à Gaza et de l’échange d’otages. (Photo : Yoan VALAT / POOL / AFP)

Pour la première fois depuis la reconnaissance officielle en septembre dernier de l’État de Palestine par la France à l’ONU, Mahmoud Abbas est reçu ce mardi 11 novembre à 16h à l’Élysée comme président de cet État. Derrière les symboles et les grandes déclarations, la visite du dirigeant palestinien met surtout en lumière les limites d’une diplomatie française qui parle de paix sans jamais nommer l’occupation.

 

Mahmoud Abbas est à Paris. 90 ans, costume sombre, poignée de main protocolaire. Mais cette fois, ce n’est plus seulement le président de l’Autorité palestinienne que la France accueille. C’est, officiellement, le président de l’État de Palestine.

Une première depuis que Paris a reconnu cet État à l’ONU, le 22 septembre dernier. Un geste historique, dit-on. Mais qui, sur le terrain, ne change pas grand-chose.

À l’Élysée, Emmanuel Macron promet la « pleine application du cessez-le-feu à Gaza », la « reconstruction », la « stabilité ». Des mots bien choisis, calibrés pour la conférence de presse.

Mais à Gaza, le silence qui suit les bombardements ne ressemble pas à la paix. Les morts sont toujours là, les ruines aussi.

Et pendant qu’on parle de « sécurité », les colons israéliens continuent de tuer en Cisjordanie occupée : plus de 1 000 Palestiniens ont perdu la vie depuis deux ans.

La France dit vouloir « agir », « accompagner », « reconstruire ». Mais comment reconstruire un pays qu’on n’a jamais vraiment laissé exister ?

Abbas, lui, vient chercher un souffle politique. Dans les rues de Ramallah, beaucoup ne croient plus en lui. Trop de promesses en l’air, trop de compromis. Il incarne une cause qu’il n’a plus vraiment la force de défendre.

Mais pour Paris, il reste l’interlocuteur idéal : raisonnable, prévisible, diplomatique. Macron veut le « soutenir », à condition qu’il réforme son Autorité, qu’il reste docile. La reconnaissance, oui, mais encadrée.

Le plan de paix dont tout le monde parle, celui que les États-Unis relancent sous la houlette de Trump, se dessine sans les Palestiniens.

Force internationale, désarmement du Hamas, retour de l’administration à Gaza… On écrit l’avenir d’un peuple à sa place.

Et la France se félicite d’en être, même modestement. Quelques représentants militaires et civils ont été dépêchés sur place, signe d’un engagement plus symbolique que réel.

Paris parle de « paix pour tous au Moyen-Orient », mais se garde bien d’évoquer le mot qui fâche : occupation.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.