Iran/Israël : la France refuse d’entrer en guerre

 Iran/Israël : la France refuse d’entrer en guerre

Emmanuel Macron devant l’Élysée, le 13 mars 2026, après l’annonce de la mort d’un soldat français dans le cadre du conflit au Moyen‑Orient. (Photo par Ludovic MARIN / POOL / AFP)

Après la mort d’un soldat français dans le Kurdistan irakien, Emmanuel Macron maintient la France à l’écart du conflit Iran-Israël. Entre calculs stratégiques et prudence diplomatique, l’Hexagone refuse de se laisser entraîner dans une spirale guerrière.

Il est tellement rare qu’Emanuel Macron résiste à l’hubris du chef que, pour une fois, sa mesure face à la mort d’un soldat français dans le chaudron du Moyen-Orient est remarquable. Si le chef de l’État, qui juge le décès de l’adjudant-chef Arnaud, tué dans la nuit de jeudi à vendredi dans le Kurdistan irakien, « inacceptable » pour la France, ne change pas d’avis et n’entraîne pas l’Hexagone dans un conflit, c’est pour éviter de se mêler à une spirale guerrière.

La France refuse de se laisser entraîner dans une guerre. « Nous ne sommes engagés en guerre contre qui que ce soit », a martelé le chef de l’État, même si l’on peut s’interroger sur la présence de ces militaires dans une zone aussi explosive.

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Pourquoi la France dit non à la guerre

Au-delà de cette posture morale, il faut dire que derrière ce refus se cachent des calculs stratégiques qui tiennent compte de deux éléments majeurs.

Le premier, c’est que les frappes lancées par Trump et Netanyahou contre l’Iran, présentées comme une promenade de plaisir de quelques jours, ont non seulement entraîné toute la région dans une spirale meurtrière, mais ont aussi provoqué des milliers de morts en Iran (dont celle du guide suprême Ali Khamenei), appelant désormais à une vengeance qui semble décupler les forces iraniennes. Les dégâts immenses infligés à Israël et aux alliés de l’Oncle Sam dans la région en témoignent. Or, jusqu’à présent, ni la France ni les Européens n’ont été consultés pour une guerre qui n’est pas la leur.

Deuxième élément majeur : la France a de gros intérêts dans la région et un grand nombre de Français sont encore coincés dans ce qu’on appelait il y a quelques années les paradis fiscaux que sont les Émirats arabes unis, le Qatar ou le Koweït. Entrer dans une guerre aux conséquences imprévisibles mettrait forcément en danger la vie de ces ressortissants, qui vivaient jusqu’à présent dans le grand luxe et transféraient des sommes colossales en France. Cela reviendrait à tomber dans le piège de Téhéran, qui cherche à régionaliser la guerre au maximum.

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Kurdistan irakien : la base française menacée

D’autant plus que les précautions de l’Hexagone concernent une zone extrêmement explosive : un Irak renvoyé au Moyen Âge par George Bush, un autre « illuminé » qui pensait être envoyé par « le Ciel » pour déclencher la fameuse guerre du Golfe, qui a fait plus d’un million de morts et plongé ce pays dans le chaos.

Depuis, ce pays exsangue s’enfonce dans la déchéance malgré de pseudo-élections organisées en novembre 2025, alors qu’il n’y a toujours pas de Premier ministre tant que Nouri Al-Maliki, ancien chef de gouvernement, n’est pas adoubé par les États-Unis, qui le jugent trop proche de l’Iran.

Pour rappel, la France faisait partie de la coalition qui a dépecé ce pays, d’où la base française du Kurdistan irakien, désormais dans le viseur d’une milice chiite irakienne, Ashab Al-Kahf, qui a menacé de s’en prendre aux intérêts français en Irak.

Même si, jusqu’à présent, Ashab Al-Kahf n’a pas revendiqué explicitement l’opération qui a été fatale au soldat français. Ashab Al-Kahf fait partie d’une nébuleuse de groupes armés chiites proches de Téhéran.